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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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Joey le regarda en silence. « Oui, on s’en fout, on y va ! » s’exclama-t-il enfin.

Christmas lui saisit le bras pour l’arrêter :

« Prenons Chick avec nous, conseilla-t-il à voix basse.

— Ce morpion ?

— S’il reste ici, il finira par parler, expliqua Christmas. S’il vient avec nous, au moins il ne fera pas de dégâts.

— Ah, t’es un cerveau, Diamond ! sourit Joey, satisfait. Tous les deux, on est un duo avec des couilles, pas vrai ?

— Un duo avec des couilles ! confirma Christmas, le sang lui battant dans les tempes.

— Allez, dépêche-toi, Chick ! fit Joey en traversant la route.

— J’peux v’nir ? s’exclama le gamin, surexcité.

— Mais si j’t’entends, j’te fous sous un train !

— Chouette ! T’en fais pas, Sticky, j’dis rien, j’dis rien, j’te l’jure sur la tête de ma mère, j’serai muet comme une carpe…

— Eh ben commence tout d’suite ! » brailla Christmas.

Cela cloua le bec du gosse, qui eut un éclair de peur dans les yeux. Joey rit. Puis ils se remirent en marche, Christmas et Joey devant, Chick derrière, en silence, et sans cesser de sautiller.

Le ciel commençait à s’obscurcir quand, trois blocks plus loin, Joey signala un édifice modeste et bas, un simple baraquement doté d’un toit plat et accolé à un garage. Joey montra du doigt le speakeasy puis, toujours en silence, indiqua à Christmas un grillage métallique tendu entre deux poteaux en fer. « La camionnette est là derrière, dit-il à voix basse. Il devrait y avoir un trou quelque part. »

Rasant les murs, les trois garçons atteignirent la clôture. Une chaîne et un cadenas maintenaient fermé un portail branlant. Joey regarda alentour. « Ça va, je vois pas la voiture de Buggsy. Ça veut dire qu’il n’est pas là. » Puis il s’adressa à Chick : « Va voir si le trou est assez grand ! »

Le jeune garçon serra les poings, écarquilla les yeux et avança jusqu’à l’endroit où le grillage était fixé au mur du speakeasy. Il le secoua et sourit en direction de Joey et Christmas, sautillant d’un pied sur l’autre.

« C’est à nous ! s’exclama Joey en faisant claquer la lame de son couteau. Occupe-toi des roues avant, moi je fais les roues arrière ! »

Christmas avait un nœud dans la gorge qui l’empêchait de déglutir. La main qui serrait le couteau ne bougeait pas, comme pétrifiée. Mais ensuite, la colère qui grandissait en lui finit par l’emporter, et il fit claquer sa lame : « Allons-y ! » lança-t-il plus à lui-même qu’à Joey.

Ils se glissèrent dans le trou que la taupe avait ouvert pour eux, comme promis, et se retrouvèrent dans une espèce de petite cour en terre battue. La camionnette, avec une toile cirée sur le plancher, destinée à recouvrir les marchandises transportées — de l’alcool de contrebande, naturellement — était garée dans un coin de la cour. Joey avança d’un pas résolu vers les roues arrière. Christmas s’approcha de l’avant et planta sa lame dans le premier pneu. Cela provoqua un sifflement qui lui parut incroyablement bruyant, et semblable à un gémissement ou à un cri. Semblable au hurlement qu’il aurait arraché à la gorge de Bill, pensa-t-il en s’acharnant sur le deuxième pneu. Une, deux, trois fois. Avec vigueur, comme s’il enfonçait le couteau dans le corps d’un homme qui s’appelait William Hofflund. Bill. Au quatrième coup, la lame se rompit.

« On y va ! Merde, qu’est-c’tu fais ? » lui lança Joey en le tirant par le bras.

« Sticky ! » s’exclama au même instant Chick, qui était resté à côté et les regardait, en sautillant nerveusement.

« Enculés de mes deux ! J’vous ai chopés ! brailla un petit trentenaire trapu, le nez écrasé sur un visage de boxeur, surgissant de l’arrière du speakeasy un pistolet au poing, suivi de deux autres types armés, à la mine patibulaire.

« On s’tire ! » hurla Joey à Christmas, alors que retentissaient dans l’air les premières détonations et que des nuages de poussière s’élevaient de la terre de la cour, là où atterrissaient les projectiles.

Joey fut le plus rapide et se faufila le premier de l’autre côté du grillage. Christmas parvint devant le trou au même instant que Chick ; saisi de panique, il le poussa et sortit dans la rue. Bousculé par Christmas, Chick trébucha, puis se remit debout et, soudain, se mit à hurler. Alors il s’effondra à terre. Christmas se retourna. Son regard croisa celui de Chick, terrorisé. Christmas revint sur ses pas alors que les balles éraflaient le mur du speakeasy, tendit le bras et tira Chick de l’autre côté du trou.

« J’peux pas marcher ! » pleurnicha Chick.

À ce moment, Joey aussi revint en arrière, il prit Chick par un bras et le releva. « Cours, Chick, sinon c’est moi qui te tue ! » cria-t-il. Christmas saisit le garçon par l’autre bras et ils se mirent à courir, se tenant tous les trois, tandis que le truand à tête de boxeur restait coincé dans les mailles du grillage et poussait des jurons.

Les trois garçons continuèrent à courir le long de deux blocks, mais Chick devenait de plus en plus lourd à soutenir. Ils s’arrêtèrent à bout de souffle dans une rue étroite et sombre. Christmas et Joey se regardèrent, pupilles dilatées et narines frémissantes. Mais aucun des deux n’avait le courage de regarder Chick, qui s’était laissé tomber à terre et gémissait.

« Ça saigne ! » se plaignit-il, et il leva en l’air une main toute rouge.

Alors Christmas et Joey se tournèrent vers lui.

« Merde, t’es blessé où, morpion ? demanda Joey d’une voix tremblante.

— À la jambe, pleura Chick, j’ai mal !… »

Le pantalon du gosse était tout trempé de sang au-dessous du genou. Joey tira de sa poche un chiffon qui avait peut-être été un mouchoir un jour, et il le lia bien serré autour de la maigre cuisse de Chick, juste au-dessus de sa blessure.

« Qu’est-c’qu’on fait ? » demanda Christmas, effrayé.

Joey regarda où ils étaient et passa la tête au coin de la rue. « On va le porter chez Big Head » décida-t-il. Puis il s’adressa à Chick : « Y faut qu’tu marches jusqu’à la salle de billard, p’tit con. Si t’y arrives pas, j’te laisse au milieu de la rue, et Buggsy viendra t’éclater la tête. T’as compris ? Et arrête de chouiner ! »

Chick déglutit et tenta de refouler ses larmes. Christmas se dit que le gosse avait l’air encore plus menu qu’avant et qu’il avait vraiment le regard d’un petit enfant. Une autre pensée commença également à se former dans son esprit mais là il ferma les yeux, comme pour la chasser, et affirma d’une voix dure et résolue : « Allez, marche, femmelette ! »

Quand ils pénétrèrent dans la salle de billard de Sutter Avenue, Chick était très pâle. Christmas et Joey durent le porter pour lui faire monter l’escalier. En les voyant entrer, tous les clients de la salle se retournèrent. C’étaient des délinquants, habitués au sang. Mais ils se figèrent quand même, parce que la première chose que chacun d’entre eux se disait, c’était que le sang attirait presque toujours le sang. Observant les trois garçons, ils se demandaient s’il valait mieux filer tout de suite ou s’ils pouvaient achever leur partie.

« Qu’est-c’que vous foutez là ? » s’écria un gros bonhomme assis à une table dans un coin et occupé à jouer aux dés. Il avait une tête énorme et difforme, une tempe et le front étant plus volumineux d’un côté que de l’autre. C’était pour cela que tout le monde l’appelait Big Head.

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