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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Je ne l’aurais jamais fait.

— Tu n’aurais pas pu le faire ! Chham et Athimin te surveillaient constamment. Si tu avais levé la main sur moi, ils t’auraient découpé en morceaux !

Thu-kimnibol but une grande rasade de vin, le vin doux et fort de la région, qu’il n’avait pas eu l’occasion de goûter depuis de longues années. Il regarda le roi à la dérobée, par-dessus son gobelet. Il ne restait plus personne d’autre dans la salle que quelques danseuses épuisées et affalées contre le mur du fond. Les détestables fils de Salaman étaient-ils tapis derrière les tentures, prêts à bondir pour laver dans le sang l’affront lointain qu’il avait fait à leur père ? Ou bien les danseuses allaient-elles se relever brusquement, armées de poignards et de cordes pour l’étrangler ?

Non, décida-t-il, Salaman est simplement en train de s’amuser avec moi.

— Toi aussi, tu m’as menacé, reprit-il. Tu m’as annoncé que je serais déchu de mon rang et de mes privilèges et que tu m’enverrais balayer le marché.

— J’ai dit cela sous l’empire de la colère. Si j’avais eu toute ma présence d’esprit, j’aurais décidé d’envoyer un grand gaillard comme toi travailler sur le mur, et non au marché.

Les yeux du roi se mirent à pétiller. Il semblait enchanté de son propre humour.

Il vaut mieux ne pas relever l’insulte, se dit Thu-kimnibol.

— Pourquoi ressuscites-tu ces vieux souvenirs ? demanda-t-il.

Salaman se caressa le menton en souriant. De longues touffes de poils blancs y poussaient, qui lui donnaient une apparence étrangement débonnaire et presque comique, ce qui n’était certainement pas volontaire.

— Nous ne nous sommes pas parlé depuis… Combien, vingt ans ? Vingt-cinq ? Nous pourrions au moins essayer de clarifier les choses.

— C’est ce que tu veux faire ? Clarifier les choses ?

— Bien sûr. Crois-tu que nous pouvons faire comme s’il ne s’était rien passé ? Comme si de rien n’était ?

Salaman remplit son verre et celui de Thu-kimnibol. Puis il se pencha vers lui et le regarda au fond des yeux.

— Voulais-tu vraiment devenir roi à ma place ? demanda-t-il à voix basse.

— Jamais. Je revendiquais seulement les honneurs qui m’étaient dus en tant que fils de Harruel.

— On m’avait dit que tu avais l’intention de me renverser.

— Qui t’avait dit cela ?

— Peu importe. Ils sont tous morts maintenant… Si, c’était Bruikkos. Te souviens-tu de lui ? Konya aussi.

— Oui, dit Thu-kimnibol. Ils m’en ont voulu, quand je suis devenu adulte, parce que j’avais rang avant eux. Qu’espéraient-ils d’autre ? Ils n’étaient que des guerriers, quand j’étais le fils d’un roi.

— J’oubliais Minbain, dit Salaman.

— Ma mère ? dit Thu-kimnibol en clignant des yeux.

— Oui, ta mère. Elle est venue me voir et elle m’a dit : « Thu-kimnibol est très agité. Thu-kimnibol est avide de pouvoir. » Elle redoutait que tu ne commettes une bêtise et que je ne sois dans l’obligation de te faire mettre à mort, ce qui lui aurait naturellement causé un profond chagrin. Elle m’a dit aussi : « Parle-lui, Salaman, tranquillise-le, donne-lui au moins l’impression qu’il a ce qu’il désire, afin qu’il ne lui arrive rien. »

Et le roi sourit.

Thu-kimnibol se demanda quelle part de vérité il y avait dans tout cela et dans quelle mesure c’était une invention tortueuse et cruelle. Certes, il se pouvait fort bien que Minbain eût été inquiète au sujet de son fils et qu’elle eût pris les devants pour éviter une issue fatale. Mais cela ne lui ressemblait guère ; elle lui aurait d’abord parlé. En tout cas, il n’était plus question de lui demander ce qui s’était réellement passé.

— Je n’ai jamais rien fait pour te déposer, Salaman. Tu peux me croire. Je t’avais fait serment d’allégeance… Pourquoi l’aurais-je rompu ? Je savais que j’étais trop jeune et trop impétueux pour être roi et tu étais indélogeable.

— Je te crois.

— Si tu m’avais accordé les titres et les honneurs que je revendiquais, il n’y aurait jamais eu le moindre nuage entre nous. Je te le dis en toute sincérité, Salaman.

— Oui, dit le roi d’une voix changée, d’où la dureté et l’irritation avaient disparu. J’ai commis une erreur en te traitant comme je l’ai fait.

Thu-kimnibol se mit aussitôt sur ses gardes.

— Parles-tu sérieusement ?

— Je suis toujours sérieux, Thu-kimnibol.

— C’est vrai. Mais depuis quand un roi reconnaît-il ses erreurs ?

— Cela m’arrive parfois. Pas souvent, mais de temps en temps. C’est le cas aujourd’hui.

Sur ce, Salaman se leva, s’étira et se mit à rire.

— Ce que je voulais, c’était te harceler, te pousser jusqu’à tes limites pour que tu décides de quitter Yissou. Je te trouvais trop encombrant, tu étais un rival trop dangereux et qui le serait devenu encore plus au fil du temps. Mais je me suis trompé. J’aurais dû te cultiver, t’honorer, t’adoucir. Et utiliser ta force à bon escient. Je l’ai compris après ton départ, mais il était trop tard. Enfin, je suis heureux de te revoir, mon cher cousin.

Puis une expression bizarre, mi-joviale, mi-soupçonneuse, passa dans le regard du roi.

— Tu n’es pas revenu pour me prendre mon trône, n’est-ce pas ?

Thu-kimnibol lui lança un regard glacial, mais il parvint à émettre un petit rire et à esquisser un pâle sourire.

— Mon cher vieil ami, dit Salaman en lui tendant la main. Jamais je n’aurais dû te chasser. Je me réjouis de ton retour, même s’il n’est que provisoire. Et si nous allions nous reposer, ajouta-t-il en étouffant un bâillement.

— Excellente idée.

Le roi tourna la tête vers les danseuses assoupies, toujours vautrées dans la même position.

— Aimerais-tu que l’une de ces jeunes filles réchauffe ta couche cette nuit ?

Une nouvelle surprise. L’image de Naarinta, disparue depuis quelques semaines seulement, lui vint aussitôt à l’esprit. Mais il eût été impolitique de refuser la proposition de Salaman. Et puis un accouplement de plus ou de moins, quand on était si loin de chez soi, quelle importance ? Il était fatigué, sur les nerfs après cette conversation bizarre. Un corps jeune et chaud dans son lit, pour la nuit, un peu de réconfort avant de passer aux choses sérieuses… Pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas ? Il n’avait pas l’intention de passer le reste de ses jours dans la chasteté.

— Oui, dit-il. Oui, je crois que cela me ferait plaisir.

— Que penses-tu de celle-ci ? dit Salaman en poussant de son chausson une jeune fille à la fourrure châtain. Debout, petite ! Allez, réveille-toi ! Tu seras au prince Thu-kimnibol cette nuit !

Et le roi s’éloigna à pas lents, d’une démarche légèrement vacillante.

Sans un mot, la jeune danseuse fit signe à Thu-kimnibol de le suivre et elle le précéda jusqu’à la chambre garnie de tentures et de coussins qu’on lui avait préparée à l’autre extrémité du palais. Elle était petite et robuste, avec des épaules très larges pour une jeune fille. Son menton était volontaire et ses yeux gris très écartés. La forme de son visage était familière à Thu-kimnibol qui sentit un affreux soupçon s’insinuer en lui.

— Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il.

— Weiawala.

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