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L'homme des jeux [The Player of Games - fr]

Электронная книга - «L'homme des jeux [The Player of Games - fr]». Краткое содержание книги:

Gurgeh est l’un des plus célèbres joueurs de jeux que la Culture ait jamais connu. Il joue, gagne, enseigne, théorise. La Culture est une immense société galactique, pacifiste, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences Artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs. Elle cultive les loisirs et les jeux qui ont le statut d’un art majeur.
Le Contact, service de la Culture spécialisé dans l’évaluation et l’infiltration de civilisations étrangères nouvellement découvertes, considère l’Empire d’Azad, terrifiant de puissance et de cruauté, comme un danger potentiel. L’Empire repose, historiquement, sur un jeu infiniment complexe dont le gagnant devient Empereur.
Si bien que Gurgeh, contre son gré, manipulé mais fasciné par le défi, se retrouve à cent mille années-lumière de sa confortable demeure, devenu un pion des IA qui régissent la Culture et lancé dans le formidable jeu d’Azad.
Avec la série de la Culture, Iain Banks renouvelle avec panache et humour l’aventure spatiale. Comme dans L’usage des armes, il construit une société d’envergure galactique, bigarrée, baroque et attachante qui deviendra une référence dans l’histoire des futurs.
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« Non merci, fit Gurgeh. N’organisez rien du tout. »

Il ne voyait vraiment pas ce qu’il aurait à apprendre à ces gens. Il n’y avait rien à dire. Il avait gagné la partie ; il avait toutes les chances de remporter la manche. Pourtant, il se sentait un peu mal à l’aise à l’idée que son image et sa voix allaient être diffusées dans tous les coins de l’Empire, et qu’on allait donner à son histoire un tour sensationnel qui la déformerait de plus en plus à mesure qu’on la raconterait.

« Mais il le faut ! protesta Péquil. Tout le monde voudra vous voir ! Vous n’avez pas l’air de comprendre ce que vous avez fait ; même si vous perdez la manche, vous avez réalisé un exploit ! Personne n’a jamais rattrapé un tel retard ! C’est tout à fait exceptionnel !

« Cela ne change rien à l’affaire, répliqua Gurgeh qui se sentit brusquement très fatigué. Je ne veux pas être dérangé. Il faut que je me concentre. Que je prenne du repos.

« Ma foi, dit Péquil, l’air tout déconfit, je vous comprends. Mais laissez-moi vous avertir : vous êtes en train de commettre une erreur. Les gens vont vouloir entendre ce que vous avez à dire, et chez nous, la presse donne toujours au public ce qu’il veut, quels que soient les problèmes que cela pose. Alors, ils vont inventer. Il vaudrait beaucoup mieux pour vous que vous fassiez vos propres déclarations. »

Gurgeh secoua négativement la tête et reporta son regard sur la circulation qui envahissait le boulevard.

« Si ces gens veulent raconter des mensonges sur moi, cela les regarde. Ils les auront sur la conscience. Au moins, cela m’évite de leur parler. Si vous saviez comme je me moque de ce qu’ils pourront bien dire ! »

Péquil contempla Gurgeh d’un air stupéfait, mais ne répliqua pas. Flère-Imsaho émit un équivalent de gloussement qui couvrit momentanément sa vibration incessante.

Gurgeh discuta de la partie avec le vaisseau ; celui-ci déclara qu’il aurait pu gagner de façon plus élégante, mais que sa démarche se situait tout au bout du spectre des possibilités infimes qu’il avait tenté de lui résumer la nuit précédente. Puis le Facteur limite lui présenta ses félicitations. Il avait mieux joué qu’il ne l’aurait cru possible. Il lui demanda également pourquoi il avait cessé de l’écouter lorsqu’il lui avait répondu qu’il voyait bien une issue.

« Tout ce que je voulais savoir, c’était s’il en existait une. »

(De nouveau ce décalage, le poids du temps qui se faisait sentir pendant que, acheminées par leur rayon, ses paroles filaient sous la surface mouchetée de matière qu’était l’espace réel.)

« Pourtant, j’aurais pu vous aider, répondit enfin le vaisseau. Lorsque vous avez refusé mon aide, j’y ai vu un mauvais signe. J’ai commencé à croire que vous aviez déjà renoncé, sinon sur le terrain, du moins dans votre tête.

« Je ne voulais pas qu’on m’aide, vaisseau. (Il tripotait le bracelet-Orbitale en se demandant distraitement s’il représentait un monde bien précis ? et si oui, lequel ?) Je voulais de l’espoir.

« Je vois », finit par répondre le vaisseau.

Chapitre 13

« Moi, je n’accepterais pas, déclara le drone.

« Vous n’accepteriez pas quoi ? s’enquit Gurgeh en levant les yeux de sa planche de jeu en affichage holo.

« L’invitation de Za. »

La minuscule machine s’approcha en flottant ; comme ils étaient à l’intérieur de leur module, elle avait abandonné son déguisement encombrant.

Gurgeh lui jeta un regard glacial.

« Je n’avais pas compris qu’elle vous était également adressée. »

Shohobohaum Za avait fait parvenir à Gurgeh un message de félicitations en lui proposant de passer la soirée avec lui.

« J’admets que ce n’est pas le cas ; cependant, je suis censé contrôler toutes vos…

« Ah oui, vraiment ? (Gurgeh se retourna vers l’holojeu posé devant lui.) Eh bien, vous n’aurez qu’à rester ici et contrôler tout ce que vous voudrez pendant que moi je sors en ville avec Shohobohaum Za ce soir.

« Vous le regretterez, lui dit le drone. Vous avez eu raison de rester à l’écart, mais si vous vous mettez à faire des folies, un jour vous vous en mordrez les doigts.

« Dites donc, drone ! Vous vous prenez pour ma mère ? »

Gurgeh regarda fixement la machine en songeant tout à coup qu’il était décidément difficile de toiser une créature qui ne mesurait que quelques centimètres de haut.

« J’essaie seulement de me montrer raisonnable, répliqua la machine en haussant le ton. Vous vous trouvez au sein d’une société que vous connaissez mal, vous n’avez pas particulièrement l’expérience du monde, et Za n’est pas l’idéal en matière de…

« Espèce de tas de ferraille pontifiant ! » fit d’une voix forte Gurgeh qui se leva et éteignit l’holoécran.

Le drone sursauta et battit prestement en retraite.

« Voyons, Jernau Gurgeh…

« Épargnez-moi les « Voyons, Jernau Gurgeh » ainsi que vos airs paternalistes, espèce de machine à calculer ! Si j’ai envie de prendre ma soirée, je la prendrai. Et, pour être tout à fait sincère, l’idée de fréquenter des humains m’attire de plus en plus. (Il pointa l’index sur la machine.) À partir d’aujourd’hui, interdiction formelle de lire mon courrier, et ne prenez pas la peine de nous escorter ce soir, Za et moi. (Il se dirigea vivement vers sa cabine, laissant la machine derrière lui.) Et maintenant, je vais prendre une douche. Allez donc observer les oiseaux. »

Sur ces mots, il quitta le salon du module. Le petit drone resta quelques instants immobile dans les airs.

« Aïe », dit-il finalement.

Puis il fit un petit bond sur place – équivalent d’un haussement d’épaules – et, les champs vaguement teintés de rose, s’esquiva.

« Goûtez-moi ça », dit Za.

La voiture filait dans les rues de la ville sous les deux érubescents du crépuscule. Gurgeh prit la fiasque qu’on lui tendait et but.

« Cette boisson est nettement inférieure au grif, reprit Za, mais elle remplit son office. (Il lui reprit la fiasque. Gurgeh toussa un peu.) En parlant de grif, j’espère que vous l’avez laissé agir, l’autre soir au bal ?

« Non, avoua Gurgeh. Je voulais garder les idées claires.

« Oh, non ! s’exclama Za, l’air soudainement abattu. Autrement dit, j’aurais pu en boire davantage ! (Puis il haussa les épaules ; son visage s’éclaira et il tapota le bras de Gurgeh au niveau du coude.) Au fait, je ne vous l’ai pas encore dit : bravo, pour le jeu.

« Merci.

« C’est bien fait pour eux. Ça alors, quel choc vous leur avez donné ! (Za secoua la tête d’un air admiratif ; sa longue chevelure brune dansa sur le col de son ample tunique comme une volute d’épaisse fumée.) Moi qui vous avais classé dans la catégorie des grands perdants, J-G… Finalement, vous avez un sacré sens de la mise en scène ! »

Il lança un clin d’œil à Gurgeh et lui sourit de toutes ses dents. Ce dernier le regarda un moment sans comprendre, puis éclata de rire. Il lui reprit la fiasque et la porta à ses lèvres.

« Aux bêtes de scène, fit-il avant d’avaler une lampée.

« Amen, maestro. »

Jadis le Trou s’était trouvé dans les faubourgs de la ville, mais à présent il était intégré comme le reste à une zone urbaine parmi tant d’autres. Le Trou était constitué d’une série d’immenses grottes artificielles creusées dans la craie, des siècles auparavant, pour stocker le gaz naturel ; celui-ci était épuisé depuis longtemps, la ville utilisait d’autres formes d’énergie, et cet ensemble d’énormes cavernes reliées entre elles avait été investi tout d’abord par les pauvres de Groasnachek, puis (selon un lent processus d’osmose et de transfert, comme si, en fin de compte, gaz ou humains, rien ne changeait jamais) par ses délinquants et autres hors-la-loi, et pour finir (encore que de façon incomplète) par les habitants d’origine extraplanétaire proprement confinés au ghetto avec la caste d’autochtones qui les soutenaient.

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