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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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La princesse en la tour

Sa propre prison était une prison douillette.

Arianne puisait dans ce fait une espèce de soulagement. Pourquoi son père se serait-il donné tant de mal pour lui procurer du confort dans sa captivité s’il avait été résolu à lui réserver le supplice des traîtres ? Il ne peut pas vouloir ma mort, se répéta-t-elle cent fois. Faire preuve d’une telle cruauté n’est pas dans son caractère. Je suis son sang, sa semence et son héritière, sa fille unique. En cas de nécessité, elle se jetterait sous les roues de son fauteuil, confesserait ses torts et le conjurerait de les lui pardonner. Et elle pleurerait. Quand il verrait les larmes ruisseler sur ses joues, il lui accorderait forcément son pardon.

Elle était en revanche moins persuadée de réussir à se pardonner elle-même.

« Areo, avait-elle dit d’un ton suppliant à son ravisseur, pendant la longue chevauchée aride qui les ramenait des bords de la Sang-vert jusqu’à Lancehélion, jamais je n’ai voulu qu’il arrive le moindre mal à la petite. Vous devez me croire. »

Hotah ne lui répondit que par un grognement. Il était en proie à une fureur noire, Arianne le sentait. Sombre astre lui avait échappé, le plus dangereux de toute la petite bande de conjurés constituée par elle. Il avait distancé au galop tous ses poursuivants et s’était évaporé dans les profondeurs du désert avec son épée sanglante.

« Vous me connaissez, capitaine, avait-elle insisté, tandis que les lieues succédaient aux lieues du trajet. Vous me connaissez depuis ma petite enfance. Vous avez constamment veillé à ma sauvegarde, comme vous avez veillé à celle de dame ma mère lorsque vous êtes arrivé avec elle de Grand Norvos pour lui servir de bouclier dans une contrée étrangère. J’ai besoin de vous maintenant. J’ai besoin de votre aide. Je n’ai jamais eu l’intention…

— Vos intentions n’ont aucune importance, petite princesse, déclara Areo Hotah. Seul compte ce que vous avez fait. » Sa physionomie paraissait taillée dans la pierre. « Je regrette. C’est à mon prince qu’il appartient de donner les ordres, à Hotah d’y obéir aveuglément. »

Alors qu’Arianne s’attendait à être conduite sur-le-champ devant le haut siège de son père, sous la coupole de verre à résille de plomb dans la tour du Soleil, ce fut au contraire à la tour Lance qu’Hotah la mena pour la confier à la garde de Ricasso, sénéchal du prince, et du gouverneur, ser Manfrey Martell. « Princesse, dit le premier, vous voudrez bien ne pas tenir rigueur à un vieil aveugle tel que moi de ne pas vous accompagner jusqu’en haut. Mes jambes ne me permettent pas de gravir tant de marches. On a préparé une chambre pour vous. Ser Manfrey va vous y escorter, dans l’attente du bon plaisir du prince.

— Du déplaisir du prince, vous voulez dire. Mes amis se verront-ils aussi relégués ici ? » Elle avait été séparée de Garin, de Drey et des autres après leur capture, et Hotah s’était refusé à lui dire ce qu’il allait advenir d’eux. « C’est au prince d’en décider », fut tout ce que le capitaine trouva à répondre sur ce chapitre. Ser Manfrey se révéla un peu moins laconique. « On les a emmenés à Bourg-Cabanes, puis ils seront convoyés par bateau jusqu’à Griseffroy, où ils résideront tant que le prince Doran n’aura pas tranché sur leur sort. »

Juché sur un rocher dans la mer de Dorne, Griseffroy était un vieux château croulant qui servait de prison lugubre et terrifiante à la lie des criminels qu’on y envoyait pourrir et crever. « Est-ce que mon père entend les tuer ? » Arianne ne pouvait croire une chose pareille. « Tout ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait pour l’amour de moi. S’il faut absolument du sang à mon père, c’est le mien qu’il devrait verser.

— En effet, princesse.

— Je veux lui parler.

— Il s’y attendait. » Ser Manfrey lui prit le bras et lui fit escalader les marches. Et ils montèrent, montèrent, montèrent tant et tant qu’elle finit par en avoir le souffle court. La tour Lance avait cent cinquante pieds de haut, et la cellule annoncée se situait presque au sommet. Arianne épiait à la dérobée chacune des portes qu’ils dépassaient au cours de leur ascension, se demandant si l’un ou l’autre des Aspics des Sables se trouvait enfermé derrière.

Une fois sa porte personnelle fermée et barrée, Arianne entreprit d’explorer son nouveau logis. Sa cellule était claire et spacieuse, et elle n’était pas dénuée de confort. Il y avait des tapis de Myr sur le sol, du vin rouge pour se désaltérer, des livres pour se distraire. Dans un angle était installée une somptueuse table de cyvosse, dont les différentes pièces étaient ciselées dans l’ivoire et l’onyx, mais eût-elle été tentée d’y jouer qu’elle n’avait pas de partenaire à sa disposition. Elle avait un lit de plume pour dormir, et un lieu d’aisances muni d’un siège de marbre et d’une corbeille pleine d’herbes qui aromatisaient l’atmosphère. Grâce à l’altitude, elle jouissait de vues splendides. L’une des fenêtres ouvrait sur l’est et lui permettait de contempler le lever du soleil sur la mer. L’autre, qui dominait la tour du Soleil, déroulait aussi sous ses yeux le panorama des Remparts lacis et de la Triple Porte au-delà.

L’exploration des lieux lui prit moins de temps qu’il n’en aurait fallu pour lacer ses sandales, mais elle présenta l’avantage en tout cas de l’aider à refouler provisoirement ses pleurs. Elle découvrit une cuvette et une cruche d’eau fraîche pour se débarbouiller le visage et les mains, mais le récurage le plus minutieux n’aurait pas eu le pouvoir de la décrasser de tout son chagrin. Arys, songea-t-elle, mon blanc chevalier. Des larmes lui emplirent les yeux, et elle se retrouva subitement en train de pleurer, ravagée de sanglots de la tête aux pieds. Elle se ressouvint de la facilité avec laquelle la lourde hallebarde d’Hotah s’était frayé passage à travers la chair et les os de son amant, de la façon dont la tête de celui-ci s’était envolée dans l’espace en tournoyant sur elle-même. Qu’est-ce qui vous a pris d’agir de la sorte ? Pourquoi ce sacrifice insensé de votre existence ? Je ne vous ai jamais demandé de le faire, je ne l’ai jamais désiré, je voulais simplement… je voulais… je voulais…

Elle s’endormit à force de pleurer, cette nuit-là, pour la première fois, sinon la dernière. Elle ne trouva pas de paix même dans ses rêves. Elle rêva d’Arys du Rouvre en train de la caresser, de lui sourire, de lui dire qu’il l’adorait… mais les carreaux étaient cependant déjà fichés dans son corps, et ses plaies suintaient, teignant peu à peu d’écarlate, inexorablement, ses blancs. Une part d’elle-même avait conscience qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar, alors même qu’elle en était la proie. Le matin venu, tout cela s’évanouira, se disait-elle, mais lorsque survint le matin, elle se trouvait toujours dans sa cellule, ser Arys était toujours bel et bien mort, et Myrcella… Jamais je n’ai voulu cela, jamais. Je ne voulais aucun mal à la petite. Tout ce que je voulais, c’était qu’elle soit reine. Si nous n’avions pas été trahis…

« Quelqu’un a bavardé », avait dit Hotah. Ce souvenir la rendait encore furieuse. Elle s’y cramponnait pour entretenir la flamme dans son cœur. La fureur valait mieux que les larmes, mieux que le chagrin, mieux que les remords. Quelqu’un avait bavardé, quelqu’un en qui elle avait eu confiance. Arys du Rouvre était mort à cause de cela, victime des chuchotements du traître autant que de la hallebarde du capitaine. Le sang qui ruisselait sur la figure de Myrcella, ç’avait été, cela aussi, l’ouvrage du traître. Quelqu’un avait bavardé, quelqu’un qu’Arianne avait aimé. Et c’était, de toutes les blessures, la plus cruelle.

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