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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Elle ne faisait que se nuire à ruminer sans fin ni cesse à propos de ser Arys, comprit-elle. Afin de se donner le change, elle se contraignit à penser aux Aspics des Sables, à Tyerne en particulier. Elle aimait toutes ses cousines bâtardes, d’Obara l’épineuse et la colérique à Loreza, la benjamine, qui n’avait que six ans. Mais Tyerne avait toujours été sa préférée, la sœur chérie qu’elle n’avait pas eue. Arianne n’avait jamais eu d’intimité avec ses propres frères ; Quentyn habitait au diable, à Ferboys, et Trystan était trop jeune. Non, ç’avait toujours été elle et Tyerne, avec Garin, Drey et Sylva Mouchette. Il arrivait quelquefois que Nym se joigne à leurs divertissements, et Sarella ne ratait aucune occasion de s’immiscer là où elle n’avait pas sa place mais, somme toute, leur groupe s’était essentiellement composé de cinq membres. Ils barbotaient en s’aspergeant mutuellement dans les bassins et les fontaines des Jardins Aquatiques et se livraient à des batailles de cavaliers juchés sur le dos nu les uns des autres. Arianne et Tyerne avaient appris ensemble à lire, appris ensemble l’équitation, appris ensemble à danser. Quand elles étaient âgées de dix ans, Arianne avait volé un flacon de vin, et c’est ensemble qu’elles s’étaient toutes les deux soûlées. Elles partageaient leurs repas, leurs lits et leurs bijoux. Elles auraient également partagé leur premier homme si Drey, dans sa surexcitation, n’avait giclé partout sur les doigts de Tyerne au moment même où elle extirpait sa queue de ses chausses. Elle a des mains dangereuses. Le souvenir la fit sourire.

Plus elle songeait à ses cousines, plus elles lui manquaient. Pour autant que je sache, elles doivent se trouver juste au-dessous de moi. Cette nuit-là, elle essaya de marteler le dallage avec le talon de sa sandale. Faute d’avoir obtenu la moindre réponse, elle se pencha à la fenêtre pour regarder vers le bas. Elle y distingua d’autres fenêtres, plus petites que la sienne, certaines aussi modestes que de simples archères rondes. « Tyerne ! appela-t-elle. Tyerne, tu es là ? Obara ? Nym ? Vous pouvez m’entendre ? Ellaria ? Quelqu’un ? TYERNE ? » Elle passa la moitié de la nuit le buste en suspens hors de la fenêtre à appeler, appeler jusqu’à en avoir la gorge en feu, mais sans qu’aucun cri lui parvienne en retour. Cela l’effara beaucoup plus qu’elle n’aurait su dire. Si les Aspics des Sables se trouvaient bien emprisonnées dans la tour Lance, ils auraient sûrement entendu ses appels forcenés. Pourquoi ses cousines n’avaient-elles pas répondu ? Si Père leur a fait du mal, je ne le lui pardonnerai jamais, jamais, songea-t-elle.

Au bout d’une quinzaine écoulée dans ces conditions, sa patience fut réduite à l’épaisseur d’un papier de soie. « Je veux parler tout de suite à mon père, dit-elle à Bors, et de son ton le plus impérieux cette fois. Tu vas me conduire auprès de lui. » Il se garda de l’y conduire. « Je suis prête à rencontrer le prince », dit-elle à Timoth, mais il tourna les talons pour se retirer comme s’il n’avait pas entendu. Le matin suivant, Arianne attendait plantée près de la porte quand celle-ci s’ouvrit. Elle dépassa Belandra en trombe en expédiant un plateau d’œufs épicés s’écraser contre le mur, mais les gardes la rattrapèrent avant qu’elle n’eût fait trois pas. Elle les connaissait eux aussi, mais ils accueillirent ses supplications par une surdité totale. Et ils lui firent réintégrer sa cellule en l’y traînant de vive force, en dépit de ses ruades et de tous ses tortillements.

Elle décida qu’il lui fallait se montrer plus astucieuse. Cedra était son meilleur espoir ; elle était toute jeune, naïve et crédule. Garin s’était vanté d’avoir couché avec elle une fois, se souvint la princesse. Dès qu’elle reprit un bain, elle se mit à bavarder de tout et de rien pendant que Cedra lui savonnait les épaules. « Je sais qu’on t’a donné l’ordre de ne pas m’adresser la parole, dit-elle, mais moi, personne ne m’a interdit de te parler. » Elle l’entretint de la chaleur qu’il faisait ce jour-là, de ce qu’elle avait eu pour souper la veille et de cette pauvre Belandra qui devenait si lente et si raide. Le prince Oberyn avait armé chacune de ses propres filles afin qu’elles soient toujours en mesure de se défendre, mais Arianne Martell ne possédait pas d’autre arme que la ruse. Et c’est pourquoi elle souriait, charmeuse, sans rien exiger en retour de Cedra, pas plus un mot qu’un hochement de tête.

Le lendemain soir, elle reprit ses papotages à l’adresse de la jeune fille, pendant que celle-ci la servait à table. Cette fois, elle s’arrangea pour prononcer le nom de Garin. Aussitôt, Cedra releva timidement les yeux et faillit renverser le vin dont elle était en train de remplir une coupe. Ainsi donc, voici le bon bout, n’est-ce pas ?

Au cours de son bain suivant, Arianne parla de ses amis emprisonnés, de Garin tout spécialement. « C’est celui pour lequel je m’inquiète le plus, confia-t-elle à la servante. Les orphelins de la Rivière sont l’incarnation même de la liberté, le vagabondage est le but de leur existence. Garin a besoin de soleil et de grand air. Si on l’enferme à Griseffroy dans une cellule de pierre humide, comment y survivra-t-il ? Il sera mort dans moins d’un an. » Cedra s’abstint de tout commentaire, mais elle était toute pâle lorsque Arianne sortit de l’eau, et elle serrait si violemment l’éponge que du savon dégoulinait sur le tapis de Myr.

Malgré cela, il fallut quatre jours de plus et deux bains supplémentaires pour l’amener à reddition. « S’il vous plaît », finit par chuchoter Cedra, après qu’Arianne lui eut représenté avec la dernière vivacité Garin se précipitant dans le vide par la fenêtre de sa cellule afin de jouir une dernière fois de la liberté avant de mourir. « Il faut absolument lui porter secours. S’il vous plaît, ne le laissez pas mourir.

— Je ne peux rien faire et moins que rien pour lui tant que je suis claquemurée ici, lui chuchota-t-elle en retour. Mon père ne veut pas me voir. La seule personne qui puisse sauver Garin, c’est toi. Tu l’aimes ?

— Oui, murmura Cedra, rougissante. Mais en quoi puis-je être de quelque aide ?

— En me suppléant pour faire sortir clandestinement une lettre, répondit la princesse. Veux-tu bien t’en charger ? Veux-tu bien prendre ce risque… en faveur de Garin ? »

Les yeux de Cedra s’agrandirent. Elle hocha la tête.

Je tiens mon corbeau, songea Arianne, triomphante, mais à qui vais-je l’expédier ? Le seul de ses conjurés qui eût échappé aux filets de Doran Martell était ser Gerold Sombre astre. Il pouvait toutefois s’être fait attraper entre-temps ; dans le cas contraire, il avait sûrement quitté Dorne au plus vite. Elle eut ensuite l’idée de s’adresser à la mère de Garin et aux orphelins de la Sang-vert. Non, pas eux. Il faut que ce soit quelqu’un doté d’un pouvoir réel, quelqu’un qui n’ait pas trempé dans notre complot mais qui puisse avoir des motifs d’éprouver de la sympathie pour nous. Elle envisagea de faire appel à sa propre mère, mais lady Mellario se trouvait au diable, à Norvos. En outre, cela faisait des années que le prince n’écoutait plus dame son épouse. Pas elle non plus. Ce dont j’ai besoin, c’est d’un grand seigneur, et d’un grand seigneur qui soit assez influent pour inciter mon froussard de père à me relâcher.

Le plus puissant des lords de Dorne était Anders Ferboys, le Sangderoy, sire de Ferboys et Gardien de la Voie de Pierre, mais Arianne était trop avisée pour requérir le soutien de l’homme qui avait adopté pour pupille son frère Quentyn. Non. Le frère cadet de Drey, ser Deziel Dalt, avait autrefois aspiré à la prendre pour femme, mais il avait une conscience beaucoup trop scrupuleuse de ses devoirs pour jamais oser affronter son prince. Au surplus, si le chevalier de Boycitre avait de quoi intimider tel ou tel hobereau, il n’était pas de force à ébranler le prince de Dorne. Non. Le même genre d’inconvénient s’appliquait au père de Sylva Mouchette. Non. Arianne décida finalement qu’elle ne pouvait fonder d’espoir véritable que sur deux hommes : Harmen Uller, sire du Fourré l’Enfer, et Franklyn Poulet, sire de Touche-au-Ciel et Gardien du Pas-du-Prince.

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