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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Les yeux du Barde Bleu étaient de la même couleur que ceux de Robert. Ce seul détail suffit à le faire haïr par la reine. « Il est aisé de voir pourquoi vous êtes le favori de lady Margaery.

— Sa jeune Grâce est la bonté même. Elle dit que je lui donne son plein de plaisir.

— Oh, ça, j’en suis persuadée ! Me serait-il permis de voir votre luth ?

— Le serviteur de Votre Grâce. » Derrière sa politesse se perçut comme l’once d’une once de malaise, mais il lui tendit néanmoins l’instrument. On ne repousse en aucun cas la requête expresse d’une reine.

Cersei pinça une corde et le son la fît sourire. « Suave et triste comme l’amour. Dites-moi, Wat, la première fois que vous avez couché avec Margaery, était-ce avant qu’elle épouse mon fils ou après ? »

Pendant un moment, il n’eut pas l’air de comprendre. Quand il le fit, ses yeux s’agrandirent. « On a mal informé Votre Grâce. Je vous le jure, je n’ai jamais…

— Menteur ! » Le luth cingla le visage du chanteur avec tant de violence que son bois peint explosa en mille morceaux déchiquetés. « Lord Orton, appelez mes gardes et conduisez cette créature dans les oubliettes. »

La figure de lord Merryweather était moite de peur. « Ce… Oh, infamie ! Il a eu le front de séduire la reine ?

— Je crains que ce n’ait été plutôt l’inverse, mais il est tout de même un traître. Libre à lui de chanter dorénavant pour lord Qyburn. »

Le Barde Bleu devint livide. « Non ! » Du sang dégouttait de sa lèvre entamée par le luth. « Je n’ai jamais… » Lorsque Merryweather l’empoigna par le bras, il se mit à piauler. « Mère, ayez miséricorde, non !

— Je ne suis pas votre mère », lui décocha Cersei.

Même une fois dans les cellules noires, tout ce qu’ils réussirent à tirer de lui, ce furent des dénégations, des prières et des supplications de l’épargner. Au bout de peu de temps, le sang ruisselait de toutes ses dents brisées le long de son menton, et il mouilla ses chausses bleu sombre à plus de trois reprises, mais il n’en persista pas moins à continuer de mentir. « Est-il possible que nous nous soyons trompés de chanteur ? demanda la reine.

— Il n’est rien d’impossible en ce bas monde, Votre Grâce. N’ayez crainte. Il passera aux aveux avant la fin de la nuit. » Ici, dans les cachots, Qyburn était vêtu de lainages grossiers et d’un tablier de forgeron en cuir. A l’adresse du Barde Bleu, cette fois, il reprit : « Je suis désolé si les gardes vous ont quelque peu malmené. Leur manque de bonnes manières a quelque chose d’affligeant. » Sa voix était empreinte de gentillesse et de sollicitude. « Tout ce que nous souhaitons obtenir de vous, c’est la vérité.

— Je vous ai dit la vérité », sanglota le chanteur. Des chaînes en fer le maintenaient étroitement plaqué contre la rude pierre glacée du mur.

« Nous possédons de meilleures informations. » La main de Qyburn tenait un rasoir dont la lumière des torches faisait miroiter vaguement le fil. Il découpa les vêtements du Barde Bleu jusqu’à ce que celui-ci se retrouve entièrement à poil, exception faite de ses cuissardes bleues.

La toison de son pubis était brune, constata Cersei avec amusement. « Contez-nous comment vous faisiez jouir la petite reine, ordonna-t-elle.

— Je n’ai jamais… Je chantais, voilà tout, je chantais et je jouais. Ses dames vous le confirmeront. Elles étaient toujours avec nous. Ses cousines.

— Avec combien d’entre elles avez-vous eu des relations charnelles ?

— Pas une seule. Je ne suis qu’un chanteur. S’il vous plaît. »

Qyburn intervint : « Votre Grâce, peut-être bien que ce pauvre homme se bornait à jouer pour Margaery pendant qu’elle divertissait d’autres amants.

— Non. S’il vous plaît ! Elle n’a jamais… Je chantais, je chantais seulement… »

Lord Qyburn laissa courir ses doigts de bas en haut sur le torse du Barde Bleu. « Est-ce qu’elle prend vos tétons dans sa bouche pendant vos ébats amoureux ? » Il en saisit un entre le pouce et l’index et le lui tordit. « Il y a des hommes qui adorent ça. Leurs seins sont aussi sensibles que ceux des femmes. » Un éclair fusa du rasoir, et le chanteur poussa un cri strident. Sur sa poitrine béait désormais un œil rouge et chassieux qui pleurait des larmes de sang. Cersei en eut des nausées. Une part de son être n’aspirait qu’à fermer les paupières, qu’à se détourner, qu’à faire cesser cela. Mais elle était la reine, et c’est de trahison qu’il était question. Lord Tywin ne se serait pas détourné.

Finalement, le Barde Bleu leur raconta son existence tout entière en remontant jusqu’à son premier jour. Son père, un marchand de fournitures pour la marine, l’avait éduqué en vue de lui faire pratiquer le même commerce, mais Wat s’était découvert tout gamin plus de talent pour fabriquer des luths que des tonneaux. A l’âge de douze ans, il s’était enfui pour se joindre à une troupe de musiciens qu’il avait entendus se produire au cours d’une foire. Après avoir vagabondé dans une bonne moitié du Bief, il était venu à Port-Réal dans l’espoir de trouver quelque accueil favorable à la Cour.

« Accueil favorable ? » Qyburn se mit à glousser. « Est-ce ainsi que les femmes appellent la chose à présent ? Je crains que vous n’en ayez que par trop trouvé, mon ami, et pas de la part de la bonne reine. La véritable se tient devant vous. »

Oui. Aux yeux de Cersei, la coupable, en l’occurrence, était bel et bien Margaery Tyrell. Sans elle, Wat aurait vécu une existence longue et fructueuse en chantant ses chansonnettes, en couchant avec des gardeuses de porcs et des filles de petits fermiers. C’est par ses machinations d’intrigante qu’elle m’a imposé tout ça. Elle m’a souillée avec sa félonie.

A l’approche de l’aube, les cuissardes bleues du chanteur étaient pleines de sang, et il leur avait conté de quelle manière Margaery se caressait elle-même en regardant ses cousines le faire jouir avec leurs bouches. D’autres fois, il chantait pour elle pendant qu’elle satisfaisait sa lubricité avec d’autres amants. « Qui étaient-ils ? » demanda la reine, et le malheureux Wat désigna nommément ser Tallad le Grand, Lambert Tournebaie, Jalabhar Xho, les jumeaux Redwyne, Osney Potaunoir, Hugh Clifton et le Chevalier des Fleurs.

Cersei fut fort mécontente de ce salmigondis. Elle n’osait vilipender le héros de Peyredragon. Au surplus, aucun des gens qui connaissaient ser Loras n’ajouterait jamais foi à pareille histoire. Les Redwyne ne pouvaient pas non plus y être associés. Sans la Treille et sa flotte, le royaume devrait renoncer à tout espoir de se débarrasser de cet Euron Œil-de-Choucas et de ses maudits Fer-nés. « Vous ne faites là que nous cracher les noms d’hommes que vous avez plus ou moins vus dans ses appartements. Nous exigeons la vérité !

— La vérité… » Wat attacha sur elle le seul œil bleu que lui eût laissé Qyburn. Des bulles de sang crevaient dans les trous qui marquaient l’ancien emplacement de ses dents de devant. « Il se pourrait que j’aie… mal retenu.

— Horas et Hobber n’ont eu nulle part à cela, n’est-ce pas ?

— Non, admit-il. Pas eux.

— Quant à ser Loras, je suis certaine que Margaery se donnait un mal de chien pour cacher ce qu’elle faisait avec son frère.

— En effet. Je me rappelle, maintenant. Une fois, j’ai dû me dissimuler sous le lit quand ser Loras est venu la voir. Il ne doit pas savoir, elle a dit, jamais.

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