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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Personne ne vint l’épouser le lendemain, ni le jour suivant. Et Cedra ne revint pas davantage. Arianne essaya de gagner Mellei et Morra de la même manière, mais elle y perdit sa peine. S’il lui avait été possible de se procurer un tête-à-tête avec l’une d’entre elles, peut-être se serait-elle bercée de quelque espoir, mais ensemble, les sœurs formaient un vrai mur. A peu près à cette époque, la princesse aurait volontiers tâté du fer rouge ou d’une soirée sur le chevalet. Son isolement menaçait de la rendre folle. Je mérite la hache du bourreau pour ce que j’ai fait, mais Père ne m’accordera même pas cela. Il aimerait mieux m’expédier au diable et oublier que j’aie jamais existé. Elle se demanda si mestre Caleotte était en train de rédiger une proclamation destinée à désigner officiellement son frère Quentyn comme héritier de Dorne.

Les jours arrivaient et passaient, l’un après l’autre, et si nombreux qu’Arianne en perdit le compte et finit par ne plus savoir depuis combien de temps durait son incarcération. Elle s’aperçut qu’elle passait de plus en plus d’heures au lit, puis elle en vint à la longue au point de ne plus se lever du tout, sauf pour utiliser les lieux d’aisances. Les repas que lui apportaient les serviteurs se refroidissaient sans qu’elle y touchât. Elle dormait et se réveillait et se rendormait, ce qui ne l’empêchait pas de se sentir trop lasse pour se lever. Elle priait la Mère de lui faire miséricorde et le Guerrier de lui donner du courage, puis elle dormait un peu plus. Des repas frais remplaçaient les précédents, mais elle n’en mangeait pas une miette non plus. Une fois où elle se sentit particulièrement forte, elle emporta tous les plats jusqu’à la fenêtre et les balança dans la cour, de manière à ne pas risquer de se laisser tenter. Cet effort l’épuisa tellement qu’elle se traîna ensuite jusqu’à son lit pour s’y refourrer et dormit douze heures d’affilée.

Puis survint un jour où une main rude la réveilla en la secouant par l’épaule. « Petite princesse, dit une voix qu’elle connaissait depuis sa plus tendre enfance. Debout, et habillez-vous. Le prince vous réclame. » Areo Hotah la dominait de toute sa hauteur. Son vieil ami et protecteur. Il lui parlait. Arianne sourit d’un air endormi. Il était réconfortant de voir cette figure couturée de cicatrices, d’entendre cette voix grave et bougonne, avec son formidable accent de Norvos. « Qu’avez-vous fait de Cedra ?

— Le prince l’a envoyée aux Jardins Aquatiques, répondit-il. Il vous racontera. Mais il vous faut d’abord faire votre toilette et manger. »

Elle devait avoir l’air d’une misérable créature. Elle abandonna tant bien que mal son lit, faiblarde comme un chaton. « Donne l’ordre à Mellei et Morra de préparer un bain, lui dit-elle, et à Timoth de me monter de quoi me restaurer. Rien de lourd. Un peu de bouillon froid, un morceau de pain et des fruits.

— Ouais », fit Hotah. Jamais elle n’avait entendu de sonorité plus suave.

Le capitaine attendit au-dehors pendant qu’elle se baignait, se brossait les cheveux et grignotait un bout de fromage et quelques quartiers des fruits qu’on lui avait apportés. Elle but deux doigts de vin pour se caler l’estomac. J’ai la frousse, saisit-elle subitement, pour la première fois de ma vie, mon père me fiche la frousse. Cette idée la fit s’étouffer de rire au point que le vin ressortit par ses narines. Le moment venu de s’habiller, elle choisit une robe de lin ivoire toute simple, dont le corsage et le pourtour des manches étaient brodés de motifs de rameaux de vigne et de grappes violettes. Elle ne mit pas de bijoux. Je dois être chaste et modeste et contrite. Je dois me précipiter à ses pieds et le conjurer de me pardonner, sans quoi je risque de ne plus jamais entendre de voix humaine.

Quand elle fut prête, le soir était tombé. Arianne s’était figuré qu’Hotah l’escorterait à la tour du Soleil pour y écouter la sentence de son père. Au lieu de cela, il la conduisit à la loggia du prince, et ils l’y trouvèrent installé devant une table de cyvosse, ses jambes goutteuses étendues sur un repose-pieds garni de coussins. Il s’amusait à tripoter un éléphant d’onyx qu’il tournait et retournait entre ses mains rougies et enflées. Il paraissait dans un pire état qu’elle ne l’avait jamais vu. Sa figure était blême et bouffie, ses articulations tellement enflammées que leur seule vue lui fit mal. Devant le spectacle qu’il offrait, le cœur d’Arianne bondit vers lui… Et cependant quelque chose l’empêcha de se résoudre à s’agenouiller et à parler d’un ton suppliant, contrairement à tous ses projets. « Père », se borna-t-elle à proférer.

Lorsqu’il leva la tête pour la regarder, ses yeux sombres étaient plombés de souffrance. Est-ce à cause de la goutte ? se demanda-telle. Ou est-ce à cause de moi ? « Etranges et subtiles gens que ces Volantiens, marmonna-t-il, tout en reposant l’éléphant. J’ai vu Volantis autrefois, quand je me rendais à Norvos, où Mellario et moi nous sommes rencontrés pour la première fois. Les cloches sonnaient, et les ours dansaient en descendant les escaliers. Areo se rappellera sûrement ce jour-là.

— Je m’en souviens, lui fit écho Areo Hotah de sa voix profonde. Les ours dansaient et les cloches sonnaient, et le prince était vêtu de rouge et d’orange et d’or. Ma dame me demanda qui était cet inconnu qui brillait avec tant éclat. »

Le prince Doran eut un sourire blême. « Laissez-nous, capitaine. »

Hotah frappa le sol avec la hampe de sa hallebarde, pivota sur ses talons puis se retira.

« J’ai donné l’ordre de placer une table de cyvosse dans tes appartements, lâcha son père une fois qu’ils se retrouvèrent seul à seul.

— Avec qui étais-je censée jouer ? » Pourquoi me parle-t-il d’un jeu ? La goutte l’a-t-elle privé de tous ses esprits ?

« Toi-même. Il est parfois préférable d’étudier un jeu avant de tenter d’y jouer. Tu connais bien le jeu, Arianne ?

— Assez bien pour jouer.

— Mais pas pour gagner. Mon frère adorait se battre pour le seul plaisir intrinsèque au combat, mais moi, je ne joue qu’aux jeux qui me permettent de gagner. Celui de cyvosse n’est pas fait pour moi. » Il la dévisagea un long moment avant de reprendre : « Pourquoi ? Dis-moi cela, Arianne. Dis-moi pourquoi ?

— Pour l’honneur de notre maison. » La voix de son père la mettait en colère. Elle rendait un son tellement triste, tellement épuisé, tellement débile… Vous êtes un prince ! avait envie de hurler Arianne. Vous devriez être fou de rage ! « Votre docilité fait honte à Dorne tout entière, Père. Votre frère est parti pour Port-Réal à votre place, et ils l’ont tué !

— Crois-tu que je ne le sais pas ? Oberyn est avec moi chaque fois que je ferme les yeux.

— Vous enjoignant de les ouvrir, sans doute. » Elle prit place à la table de cyvosse, face à son père.

« Je ne t’ai pas donné la permission de t’asseoir.

— Alors, rappelez Hotah et faites-moi fouetter pour châtier mon insolence. Vous êtes le prince de Dorne. Libre à vous d’en agir ainsi. » Elle toucha l’une des pièces de cyvosse, le cheval massif. « Avez-vous capturé ser Gerold ? »

Il secoua la tête. « Plût aux dieux que nous l’ayons fait. Tu as été une gourde de le faire participer à cette aventure. Sombre astre est l’individu le plus dangereux de Dorne. Toi et lui nous avez fait un mal énorme à tous. »

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