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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]

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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
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Legolas et Gimli allaient à présent sur le même coursier ; et ils demeuraient auprès de Gandalf, car Gimli avait peur du bois.

« Il fait chaud ici, dit Legolas à Gandalf. Je sens un grand courroux tout autour de moi. Ne le sentez-vous pas, l’air qui vibre à vos oreilles ? »

« Si », dit Gandalf.

« Que sont devenus ces misérables Orques ? » demanda Legolas.

« Je crois bien que personne ne le saura jamais », répondit Gandalf.

Ils chevauchèrent en silence pendant quelque temps ; mais Legolas regardait toujours de côté et d’autre, et il se serait souvent arrêté pour écouter les sons, si Gimli le lui avait permis.

« Ces arbres sont les plus étranges que j’aie jamais vus, dit-il ; et j’ai vu bien des chênes pousser depuis le gland jusqu’à un âge délabré. Si seulement j’avais le loisir de marcher parmi eux : ils ont des voix, et, avec le temps, je parviendrais peut-être à comprendre leurs pensées. »

« Non, non ! objecta Gimli. Laissons-les ! Leurs pensées, je les devine déjà : c’est la haine de tous ceux qui vont sur deux jambes ; et ils parlent de broyer et d’étrangler. »

« Pas tous ceux qui vont sur deux jambes, dit Legolas. Là, je crois que tu fais erreur. Ce sont les Orques qu’ils détestent. Car ils ne viennent pas d’ici, et ils ne savent pas grand-chose des Elfes et des Hommes. De lointaines vallées les ont vus germer. Les profonds replis de Fangorn, Gimli : c’est de là qu’ils viennent, je pense. »

« Eh bien, c’est le bois le plus dangereux de toute la Terre du Milieu, dit Gimli. Je devrais leur savoir gré du rôle qu’ils ont joué, mais je ne les aime pas. Tu les trouves peut-être merveilleux, mais j’ai vu en ce pays une merveille plus grande, plus belle qu’aucun bosquet ou bocage ayant jamais poussé : mon cœur en déborde encore.

« Les Hommes ont d’étranges façons, Legolas ! Ils ont ici l’un des joyaux du Monde Septentrional, et qu’en disent-ils ? Des grottes, qu’ils disent ! Des grottes ! Des trous pour servir d’abris en temps de guerre, de greniers à fourrage ! Mon bon Legolas, sais-tu que les cavernes de la Gorge de Helm sont vastes et somptueuses ? Il y aurait un pèlerinage ininterrompu de Nains simplement pour venir les contempler, s’il était connu que de telles choses existent. Oui, certes : ils paieraient de l’or pur pour un simple coup d’œil ! »

« Et moi, je donnerais de l’or pour être exempté ; et le double pour qu’on me laisse sortir, si par erreur j’y mettais les pieds ! »

« Tu n’as pas vu, alors je te pardonne cette boutade, reprit Gimli. Mais tu dis des bêtises. Trouves-tu qu’elles sont belles, ces salles sous la colline à Grand’Peur où votre roi a sa résidence, et que les Nains ont aidé à bâtir il y a longtemps ? Ce ne sont que des taudis, comparées aux cavernes que j’ai vues ici : des salles incommensurables, où sonne l’éternelle musique de l’eau tintant dans des lacs, aussi beaux que le Kheled-zâram à la lueur des étoiles.

« Et Legolas, quand les torches s’allument et que les hommes arpentent les sols sablonneux sous les dômes remplis d’échos, ah ! alors, Legolas, les gemmes, cristaux et veines de précieux minerais scintillent sur les luisantes parois ; et la lumière flamboie au travers de marbres plissés en coquillages, diaphanes, telles les vivantes mains de la reine Galadriel. Il y a des colonnes blanches, safran et rose aurore, Legolas, cannelées et torsadées en des formes de rêve : elles jaillissent de sols multicolores à la rencontre des riches pendentifs de la voûte : ailes et franges, voiles aussi fins que le frimas ; lances, bannières et pinacles de palais suspendus ! Des lacs immobiles les reflètent : un monde étincelant nous regarde du fond d’étangs sombres nappés de cristal : des cités, que Durin lui-même n’aurait guère pu imaginer dans son sommeil, s’étalent à travers mille et une arcades et avenues, jusque dans les sombres recoins où aucune lumière ne parvient. Et ploc ! il tombe une goutte argentine, et les rides sur le cristal font chanceler toutes les tours, qui ondoient comme des algues et des coraux dans une crypte au fond des mers. Puis le soir vient : elles jettent un dernier miroitement et s’estompent ; les torches passent dans une autre salle et un autre rêve. Il y a salle après salle, Legolas : l’une s’ouvre sur l’autre, dôme après dôme, escalier sur escalier ; et toujours les chemins continuent de sinuer vers le cœur des montagnes. Des grottes ! Les Cavernes de la Gorge de Helm ! Heureux fut le hasard qui m’y conduisit ! Je pleure de devoir les quitter. »

« Eh bien, Gimli, dit l’Elfe, pour ton réconfort, je vais te souhaiter cette bonne fortune : que tu puisses réchapper de la guerre et revenir les voir. Mais ne le dis pas à tous tes semblables ! Ils semblent assez désœuvrés, si j’en crois tes dires. Peut-être les hommes de ce pays font-ils preuve de sagesse en restant discrets : une famille de nains affairés, armés de marteaux et de ciseaux, pourrait causer plus de mal que de bien. »

« Non, tu ne comprends pas, dit Gimli. Aucun nain ne pourrait rester insensible à une telle beauté. Aucun du peuple de Durin ne songerait à exploiter ces grottes pour la pierre ou le minerai, quand bien même il y aurait de l’or et des diamants. Vous viendrait-il à l’idée de couper des bouquets d’arbres en pleine floraison printanière pour en faire du bois de chauffage ? Au lieu de les exploiter, nous entretiendrions ces clairières de pierre florissante. Avec un prudent savoir-faire, un petit coup à la fois – au plus un mince éclat de roche, peut-être, dans toute une impatiente journée – pour que nous puissions travailler ; et au fil des ans, nous ouvririons de nouvelles voies, et de lointaines salles encore sombres, jusque-là de simples vides entraperçus entre les fissures du roc, seraient mises au jour. Et des lampes, Legolas ! Nous ferions des lampes, brillantes comme il s’en trouvait jadis à Khazad-dûm ; et quand l’envie nous en prendrait, nous chasserions la nuit qui gît là-bas depuis le façonnement des collines ; mais si nous voulions le repos, nous la laisserions revenir. »

« Tu m’émeus, Gimli, dit Legolas. C’est la première fois que je t’entends parler de la sorte. Tu me fais presque regretter de n’avoir pas vu ces grottes. Allons ! Faisons donc ce marché : si nous réchappons tous deux des périls qui nous attendent, nous voyagerons un moment ensemble. Tu visiteras Fangorn avec moi, puis j’irai voir avec toi la Gorge de Helm. »

« Ce n’est certes pas le chemin que je choisirais pour rentrer, dit Gimli. Mais je vais souffrir Fangorn si tu me promets de revenir visiter les grottes, pour découvrir avec moi leurs merveilles. »

« Tu as ma promesse, dit Legolas. Mais hélas ! Il faut maintenant quitter et la grotte et le bois pour quelque temps. Regarde ! Voici venir la fin des arbres. À quelle distance se trouve Isengard, Gandalf ? »

« À quinze lieues environ, si l’on vole comme les corbeaux de Saruman, dit Gandalf : cinq de l’entrée de cette Combe jusqu’aux Gués ; et dix autres de là jusqu’aux portes d’Isengard. Mais nous ne ferons pas tout le trajet en une nuit. »

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