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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]

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Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
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« Je vous avais suivis, histoire de chasser le sommeil, dit Gimli ; mais quand j’ai vu les hommes des collines, j’ai trouvé qu’ils étaient trop gros pour moi, alors je me suis assis contre une pierre pour observer votre jeu d’épée. »

« Il me sera difficile de vous rendre la pareille », dit Éomer.

« Vous pourriez avoir maintes occasions d’ici à la fin de la nuit, dit Gimli en riant. Mais je suis content. Je n’avais plus fendu que du bois depuis la Moria. »

« Deux ! » dit Gimli, tapotant sa hache. Il venait de regagner sa place sur la muraille.

« Deux ? dit Legolas. J’ai fait mieux, même s’il me faut maintenant tâtonner à la recherche de vieilles flèches : les miennes sont épuisées. Il reste que, pour moi, le compte est d’au moins vingt. Mais ce ne sont là que quelques feuilles au milieu d’une forêt. »

Le ciel se dégageait rapidement, et la lune déclinante brillait d’une vive clarté. Mais sa lumière n’apporta que peu d’espoir aux Cavaliers de la Marche. Le nombre de leurs assaillants semblait s’accroître et non diminuer, et d’autres encore montaient de la vallée et se pressaient à travers la brèche. La sortie sur le Rocher ne leur avait valu qu’un bref répit. L’assaut contre les portes redoubla. Au pied de la Muraille de la Gorge, les armées d’Isengard rugissaient comme les flots marins. Orques et hommes des collines fourmillaient d’un bout à l’autre. Des cordes munies de grappins surgissaient par-dessus le parapet, plus vite qu’on ne pouvait les trancher ou les renvoyer au sol. De longues échelles se dressaient par centaines. Beaucoup étaient renversées et jetées bas, mais bien d’autres venaient les remplacer, et les Orques s’y élançaient comme des grands singes des sombres forêts du Sud. Au pied du mur, les morts et les estropiés s’empilaient comme des galets dans la tempête : ces affreux monticules ne cessaient de s’élever, et toujours l’ennemi poursuivait son assaut.

Les hommes du Rohan se fatiguaient. Toutes leurs flèches étaient tirées, tous leurs hasts jetés ; leurs épées étaient ébréchées, leurs boucliers fendus. Trois fois, Aragorn et Éomer les rallièrent, et trois fois, Andúril flamba lors d’une charge désespérée qui repoussa l’ennemi des murs.

Puis une clameur s’éleva derrière eux, à l’intérieur de la Gorge. Des Orques, nageant comme des rats, s’étaient immiscés par le conduit où passait la rivière. Ils s’étaient alors rassemblés dans l’ombre des escarpements, jusqu’à ce que l’assaut du dessus fût au plus violent et que tous les défenseurs ou presque eussent accouru au haut de la muraille. À ce moment, ils passèrent à l’attaque. Certains avaient déjà pénétré entre les mâchoires de la Gorge, sévissant parmi les chevaux et se battant avec les gardes.

Gimli se jeta du haut de la muraille avec un cri féroce qui résonna parmi les rochers. « Khazâd ! Khazâd ! » Il eut bientôt suffisamment d’ouvrage.

« Aï-oï ! cria-t-il. Les Orques sont derrière le mur. Aï-oï ! Allons, Legolas ! Il y en a assez pour nous deux. Khazâd ai-mênu ! »

Gamling le Vieux regarda du haut de la Ferté-au-Cor, entendant la puissante voix du nain dominant le tumulte. « Les Orques sont dans la Gorge ! cria-t-il. Helm ! Helm ! Forth Helmingas ! En avant ! » appela-t-il, dévalant l’escalier du Rocher avec de nombreux hommes de l’Ouestfolde à sa suite.

Leur offensive, violente et soudaine, fit reculer les Orques. Bientôt, ils furent pris dans l’étranglement des parois, et tous furent tués ou précipités dans le gouffre de la Gorge, tombant avec un cri aigu devant les gardiens des grottes secrètes.

« Vingt et un ! » s’écria Gimli. Il porta un coup à deux mains et étendit le dernier Orque à ses pieds. « Maintenant, mon compte dépasse à nouveau celui de maître Legolas. »

« Il faut boucher ce trou à rats, dit Gamling. On dit que les Nains sont habiles avec la pierre. Prêtez-nous assistance, maître ! »

« Nous ne taillons pas la pierre avec des haches de guerre, ni avec nos ongles, dit Gimli. Mais je vais vous aider de mon mieux. »

Ils rassemblèrent toutes les grosses pierres et les fragments de roche qu’ils purent trouver à proximité ; alors, sous les directives de Gimli, les hommes de l’Ouestfolde bloquèrent l’orifice intérieur du canal jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un étroit goulet. Puis la Rivière de la Gorge, gonflée par la pluie, se mit à bouillonner et à gémir dans son lit obstrué, et elle se répandit peu à peu en étangs froids, d’un escarpement à l’autre.

« Là-haut, nous serons plus au sec, dit Gimli. Venez, Gamling. Allons voir ce qui se passe sur le mur ! »

Il gravit les marches et trouva Legolas auprès d’Aragorn et d’Éomer. L’elfe était en train d’affûter son long poignard. Il y avait un moment d’accalmie, la tentative d’intrusion par le canal ayant été déjouée.

« Vingt et un ! » dit Gimli.

« Bien ! dit Legolas. Mais j’en suis maintenant à deux douzaines. J’ai dû jouer du couteau, ici. »

Éomer et Aragorn, harassés de fatigue, étaient appuyés sur leur épée. Sur leur gauche, fracas et clameurs de guerre s’élevaient de nouveau sur le Rocher. Mais la Ferté-au-Cor résistait toujours, comme une île au milieu des mers. Ses portes étaient en ruine ; mais aucun ennemi n’avait encore franchi la barricade de poutres et de pierres que les défenseurs avaient élevée derrière elles.

Aragorn leva les yeux vers les pâles étoiles, et vers la lune, laquelle glissait à présent derrière les collines qui enfermaient la vallée à l’ouest. « Cette nuit me dure autant que des années, dit-il. Le jour tardera-t-il encore longtemps ? »

« L’aube n’est pas loin, dit Gamling, maintenant à ses côtés. Mais j’ai bien peur qu’elle ne puisse nous aider. »

« Pourtant, l’aube a toujours été l’espoir des hommes », dit Aragorn.

« Mais ces créatures d’Isengard, ces semi-orques et ces hommes-gobelins que les infâmes artifices de Saruman ont engendrés, ils ne trembleront pas devant le soleil, dit Gamling. Pas plus que les sauvages des collines. N’entendez-vous pas leurs voix ? »

« Si, je les entends, dit Éomer ; mais ce ne sont à mes oreilles que des cris d’oiseaux et des beuglements de bêtes. »

« Pourtant, ils sont nombreux à crier dans la langue de Dunlande, dit Gamling. Je la connais. C’est un ancien parler des hommes, autrefois usité dans plusieurs vallées de l’ouest de la Marche. Écoutez-les ! Ils nous haïssent, et ils sont contents ; car notre perte leur semble certaine. “Le roi, le roi ! crient-ils. Nous prendrons leur roi. Mort aux Forgoil ! Mort aux Têtes-de-Paille ! Mort aux voleurs du Nord !” Ce sont les noms qu’ils nous donnent. Cinq cents ans ne leur ont pas permis d’oublier leur grief, depuis que les seigneurs du Gondor ont donné la Marche à Eorl le Jeune et scellé une alliance avec lui. Saruman n’aura eu qu’à attiser cette haine ancienne. Ces gens peuvent être féroces si on les échauffe. Ce ne sont pas l’aurore ni le crépuscule qui les feront reculer maintenant, pas avant que Théoden soit capturé ou qu’ils aient péri eux-mêmes. »

« Le jour me redonnera espoir néanmoins, dit Aragorn. N’est-il pas dit qu’aucun assaillant n’a jamais pris la Ferté-au-Cor, quand il y avait des hommes pour la défendre ? »

« C’est ce que chantent les ménestrels », dit Éomer.

« Alors défendons-la, et espérons ! » dit Aragorn.

Tandis même qu’ils parlaient, une sonnerie de trompettes retentit. Puis il y eut un grondement, et un éclair de flamme et de fumée. Les eaux de la Rivière de la Gorge se répandirent en un sifflement écumeux : elles n’étaient plus retenues ; un trou béant venait d’être soufflé dans le mur. Une armée de formes sombres se déversa à l’intérieur.

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