Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« À l’improviste ? fit Gandalf. J’ai pourtant dit que je viendrais vous rejoindre ici. »
« Mais vous n’aviez pas annoncé l’heure, ni la manière de votre venue. Vous apportez d’étranges secours. Vous êtes fort en magie, Gandalf le Blanc ! »
« Peut-être bien. Mais si tel est le cas, je ne l’ai pas encore montré. J’ai donné de bons conseils à qui en avait besoin, et je me suis servi de la rapidité de Scadufax, voilà tout. Votre propre valeur a accompli davantage, ainsi que les solides jambes des hommes de l’Ouestfolde à travers la nuit. »
Tous regardèrent alors Gandalf avec une surprise plus grande encore. Certains jetèrent des regards noirs vers le bois et se passèrent la main sur le front, comme s’ils pensaient que leurs yeux voyaient autrement que les siens.
Gandalf eut un long rire plein de gaieté. « Les arbres ? dit-il. Non, je les vois tout aussi bien que vous. Mais ce n’est pas mon œuvre. C’est une chose qui dépasse le conseil des sages. Les choses ont pris une tournure meilleure qu’aucun de mes desseins, meilleure même que tout ce que j’avais pu espérer. »
« Mais de qui donc est cette magie, sinon de vous ? dit Théoden. Elle ne vient pas de Saruman, cela est clair. Est-il un sage plus puissant que nous ne connaissons pas encore ? »
« Il ne s’agit pas de magie, mais d’un pouvoir beaucoup plus ancien, dit Gandalf : un pouvoir qui arpentait la terre avant que l’elfe n’entonne ou que le marteau ne sonne. »
Avant que fût trouvé le fer, ou le tronc entamé,
Quand les montagnes sous la lune n’étaient pas si âgées ;
Avant que fût forgé l’anneau, ou le malheur ourdi,
Il arpentait les bois au temps jadis.
« Et quelle peut être la réponse à votre énigme ? » demanda Théoden.
« Si vous voulez la connaître, il n’y a qu’à m’accompagner à Isengard », répondit Gandalf.
« À Isengard ? » s’écria-t-on.
« Oui, dit Gandalf. Je retourne à Isengard, et ceux qui le veulent peuvent venir avec moi. Nous pourrions y voir d’étranges choses. »
« Mais il n’est pas assez d’hommes dans la Marche, fussent-ils tous rassemblés ici, et délivrés des blessures et de toute lassitude, pour assaillir la forteresse de Saruman », dit Théoden.
« Néanmoins, c’est à Isengard que je vais, dit Gandalf. Je n’y resterai pas longtemps. Ma route mène à présent vers l’est. Attendez-moi à Edoras, avant le déclin de la lune ! »
« Non ! dit Théoden. À l’heure sombre avant l’aube, j’ai douté, mais nous ne nous séparerons pas maintenant. Je viendrai avec vous si tel est votre conseil. »
« Je désire m’entretenir avec Saruman aussitôt que possible, à présent, dit Gandalf, et comme il vous a causé grand tort, votre présence serait indiquée. Mais quand pourrez-vous chevaucher, et à quelle vitesse ? »
« Mes hommes sont fatigués d’avoir combattu, dit le Roi ; et je suis las également. Car j’ai longuement chevauché et peu dormi. Hélas ! Ma vieillesse n’est pas feinte, ni entièrement due aux murmures de Langue de Serpent. C’est un mal que nul ne peut complètement guérir, pas même Gandalf. »
« Alors, que tous ceux qui doivent venir avec moi se reposent à présent, dit Gandalf. Nous voyagerons dans l’ombre du soir. Ce sera aussi bien comme cela ; car si vous suivez mon conseil, toutes nos allées et venues devront être aussi secrètes que possible, dorénavant. Mais n’amenez pas plus d’une poignée d’hommes, Théoden. Nous allons parlementer, non guerroyer. »
Le Roi choisit alors des hommes indemnes et pourvus de rapides coursiers, et il les envoya claironner la victoire du Rohan dans tous les vaux de la Marche ; et il fit mander à tous les hommes, jeunes et vieux, de se rendre en hâte à Edoras. Là, trois jours après la pleine lune, le Seigneur de la Marche procéderait au rassemblement de tous ceux à même de porter les armes. Mais pour l’escorter à Isengard, le Roi choisit Éomer et vingt hommes de sa maison. Avec Gandalf iraient Aragorn, Legolas et Gimli. Malgré sa blessure, le nain ne voulait pas rester en arrière.
« Ce n’était qu’un faible coup, et le casque l’a détourné, dit-il. Il faudra plus qu’une écorchure d’orque pour me garder ici. »
« Je vais la soigner pendant que vous vous reposez », dit Aragorn.
Le roi rentra alors à la Ferté-au-Cor et dormit d’un sommeil tranquille, un sommeil comme il n’en avait pas connu depuis maintes années ; et le reste de son escorte se reposa de même. Mais les autres, tous ceux qui n’avaient ni mal ni blessure, entreprirent un grand labeur ; car bien des hommes étaient morts au combat et gisaient sur le champ de bataille ou dans les renfoncements de la Gorge.
Aucun des Orques ne demeurait en vie ; leurs corps étaient innombrables. Mais bon nombre des hommes des collines s’étaient rendus : ils avaient peur et demandaient merci.
Les Hommes de la Marche leur ôtèrent leurs armes et les mirent au travail.
« Maintenant, aidez à réparer le mal auquel vous avez pris part, dit Erkenbrand ; ensuite, vous jurerez de ne plus jamais passer les Gués de l’Isen en armes, ni marcher avec les ennemis des Hommes ; et alors, vous irez librement retrouver vos terres. Car vous avez été floués par Saruman. Maints d’entre vous ont trouvé la mort pour lui avoir fait confiance ; mais eussiez-vous vaincu que votre rémunération n’eût guère été meilleure. »
Les hommes de Dunlande furent grandement étonnés ; car Saruman leur avait dit que les hommes du Rohan étaient cruels, et que tous leurs prisonniers étaient brûlés vifs.
Au milieu du champ de bataille, devant la Ferté-au-Cor, deux monticules furent élevés, et tous les Cavaliers de la Marche tombés dans la défense de la place furent allongés en dessous, ceux des Vaux de l’Est d’un côté, ceux de l’Ouestfolde de l’autre. Mais les hommes de Dunlande furent enterrés à part, sous un monticule en deçà du Fossé. Seul dans une sépulture à l’ombre de la Ferté-au-Cor gisait Háma, capitaine de la garde du Roi. Il était tombé devant la Porte.
Les Orques furent amoncelés en de grands charniers, à l’écart des tertres des Hommes, non loin de l’orée de la forêt. Et un trouble s’installa dans l’esprit des gens ; car les amas de charogne étaient trop grands pour être enterrés ou brûlés. On manquait de bois pour la crémation, et nul n’eût osé porter la hache aux étranges arbres, même si Gandalf n’avait averti de ne pas en blesser l’écorce ou les branches sous peine d’un grave danger.
« Laissez les Orques où ils sont, dit Gandalf. Demain pourrait changer la donne. »
Dans l’après-midi, la compagnie du Roi s’apprêta au départ. Les inhumations ne faisaient alors que commencer ; et Théoden pleura la perte de Háma, son capitaine, et il jeta la première pelletée de terre sur sa tombe. « C’est un tort irréparable que Saruman nous a causé, à moi et à ce pays tout entier, dit-il ; et je m’en souviendrai quand nous nous rencontrerons. »
Le soleil approchait déjà des collines à l’ouest de la Combe quand Théoden, Gandalf et leurs compagnons descendirent à cheval depuis le Fossé. Derrière eux se massait une grande foule, non seulement de Cavaliers mais de gens de l’Ouestfolde, jeunes et vieux, femmes et enfants, sortis des grottes. D’une voix claire, ils entonnèrent un chant de victoire ; puis ils tombèrent dans le silence, se demandant ce qu’il adviendrait, car leurs yeux étaient fixés sur les arbres et ils les craignaient.
Les Cavaliers s’avancèrent jusqu’au bois et firent halte ; cheval et cavalier, tous deux hésitaient à y entrer. Les arbres paraissaient gris et menaçants, et ils étaient entourés d’ombre ou de brume. Les extrémités de leurs longues branches onduleuses pendaient comme des doigts tâtonnants ; leurs racines sortaient de terre comme les pattes de monstres étranges, tandis que de sombres cavernes s’ouvraient sous elles. Mais Gandalf poursuivit son chemin, prenant la tête du cortège ; et à l’endroit où la route de la Ferté-au-Cor rejoignait les arbres, ils virent maintenant une ouverture, tel un portail en arc surmonté de vastes branches. Gandalf y entra, et ils le suivirent. Puis, à leur grand étonnement, ils virent que la route se poursuivait, longeant la Rivière de la Gorge ; et le ciel était visible au-dessus d’eux, baigné d’une lumière dorée. Mais de part et d’autre, les grandes allées du bois, déjà enveloppées de nuit, se perdaient au loin dans des ombres impénétrables ; et là, sous les branches grinçantes et gémissantes, ils entendaient des cris lointains, et la rumeur de voix sans paroles murmurant avec colère. Aucun Orque ne se voyait, ni aucun autre être vivant.