Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
– Si je ne m’abuse, Aramis, voilà des paroles qui sont, au moment où vous les prononcez, pleines de générosité.
– C’est possible.
– Vous conspirez contre M. Colbert. Si ce n’est que cela, mordioux! dites le-moi donc, j’ai l’outil, j’arracherai la dent.
Aramis ne put effacer un sourire de dédain, qui glissa sur sa noble figure.
– Et, quand je conspirerais contre M. Colbert, où serait le mal?
– C’est trop peu pour vous, et ce n’est pas pour renverser Colbert que vous avez été demander des échantillons à Percerin. Oh! Aramis, nous ne sommes pas ennemis, nous sommes frères. Dites-moi ce que vous voulez entreprendre, et, foi de d’Artagnan, si je ne puis pas vous aider, je jure de rester neutre.
– Je n’entreprends rien, dit Aramis.
– Aramis, une voix me parle, elle m’éclaire; cette voix ne m’a jamais trompé. Vous en voulez au roi!
– Au roi? s’écria l’évêque en affectant le mécontentement.
– Votre physionomie ne me convaincra pas. Au roi, je le répète.
– Vous m’aiderez? dit Aramis, toujours avec l’ironie de son rire.
– Aramis, je ferai plus que de vous aider, je ferai plus que de rester neutre, je vous sauverai.
– Vous êtes fou, d’Artagnan.
– Je suis le plus sage de nous deux.
– Vous, me soupçonner de vouloir assassiner le roi!
– Qui est-ce qui parle de cela? dit le mousquetaire.
– Alors, entendons-nous, je ne vois pas ce que l’on peut faire à un roi légitime comme le nôtre, si on ne l’assassine pas.
D’Artagnan ne répliqua rien.
– Vous avez, d’ailleurs, vos gardes et vos mousquetaires ici, fit l’évêque.
– C’est vrai.
– Vous n’êtes pas chez M. Fouquet, vous êtes chez vous.
– C’est vrai.
– Vous avez, à l’heure qu’il est, M. Colbert qui conseille au roi contre M. Fouquet tout ce que vous voudriez peut-être conseiller si je n’étais pas de la partie.
– Aramis! Aramis! par grâce, un mot d’ami!
– Le mot des amis, c’est la vérité. Si je pense à toucher du doigt au fils d’Anne d’Autriche, le vrai roi de ce pays de France, si je n’ai pas la ferme intention de me prosterner devant son trône, si, dans mes idées, le jour de demain, ici, à Vaux, ne doit pas être le plus glorieux des jours de mon roi, que la foudre m’écrase! j’y consens.
Aramis avait prononcé ces paroles le visage tourné vers l’alcôve de sa chambre, où d’Artagnan, adossé d’ailleurs à cette alcôve, ne pouvait soupçonner qu’il se cachât quelqu’un. L’onction de ces paroles, leur lenteur étudiée, la solennité du serment, donnèrent au mousquetaire la satisfaction la plus complète. Il prit les deux mains d’Aramis et les serra cordialement.
Aramis avait supporté les reproches sans pâlir, il rougit en écoutant les éloges. D’Artagnan trompé lui faisait honneur. D’Artagnan confiant lui faisait honte.
– Est-ce que vous partez? lui dit-il en l’embrassant pour cacher sa rougeur.
– Oui, mon service m’appelle. J’ai le mot de la nuit à prendre.
– Où coucherez-vous?
– Dans l’antichambre du roi, à ce qu’il paraît. Mais Porthos?
– Emmenez-le-moi donc; car il ronfle comme un canon.
– Ah!… il n’habite pas avec vous? dit d’Artagnan.
– Pas le moins du monde. Il a son appartement je ne sais où.
– Très bien! dit le mousquetaire, à qui cette séparation des deux associés ôtait ses derniers soupçons.
Et il toucha rudement l’épaule de Porthos. Celui-ci répondit en rugissant.
– Venez! dit d’Artagnan.
– Tiens! d’Artagnan, ce cher ami! par quel hasard? Ah! c’est vrai, je suis de la fête de Vaux.
– Avec votre bel habit.
– C’est gentil de la part de M. Coquelin de Volière, n’est-ce pas?
– Chut! fit Aramis, vous marchez à défoncer les parquets.
– C’est vrai, dit le mousquetaire. Cette chambre est au-dessus du dôme.
– Et je ne l’ai pas prise pour salle d’armes, ajouta l’évêque. La chambre du roi a pour plafond les douceurs du sommeil. N’oubliez pas que mon parquet est la doublure de ce plafond-là. Bonsoir, mes amis, dans dix minutes je dormirai.
Et Aramis les conduisit en riant doucement. Puis, lorsqu’ils furent dehors, fermant rapidement les verrous et calfeutrant les fenêtres, il appela:
– Monseigneur! monseigneur!
Philippe sortit de l’alcôve en poussant une porte à coulisse placée derrière le lit.
– Voilà bien des soupçons chez M. d’Artagnan, dit-il.
– Ah! vous avez reconnu d’Artagnan, n’est-ce pas?
– Avant que vous l’eussiez nommé.
– C’est votre capitaine des mousquetaires.
– Il m’est bien dévoué, répliqua Philippe en appuyant sur le pronom personnel.
– Fidèle comme un chien, mordant quelquefois. Si d’Artagnan ne vous reconnaît pas avant que l’autre ait disparu, comptez sur d’Artagnan à toute éternité; car alors, s’il n’a rien vu, il gardera sa fidélité. S’il a vu trop tard, il est Gascon et n’avouera jamais qu’il s’est trompé.
– Je le pensais. Que faisons-nous maintenant?
– Vous allez vous mettre à l’observatoire et regarder, au coucher du roi, comment vous vous couchez en petite cérémonie.
– Très bien. Où me mettrai-je?
– Asseyez-vous sur ce pliant. Je vais faire glisser le parquet. Vous regarderez par cette ouverture qui répond aux fausses fenêtres pratiquées dans le dôme de la chambre du roi. Voyez-vous?
– Je vois le roi.
Et Philippe tressaillit comme à l’aspect d’un ennemi.
– Que fait-il?
– Il veut faire asseoir auprès de lui un homme.
– M. Fouquet.
– Non, non pas; attendez…
– Les notes, mon prince, les portraits!
– L’homme que le roi veut faire s’asseoir ainsi devant lui, c’est M. Colbert.
– Colbert devant le roi? s’écria Aramis. Impossible!
– Regardez.
Aramis plongea ses regards dans la rainure du parquet.
– Oui, dit-il, Colbert lui-même. Oh! monseigneur, qu’allons-nous entendre, et que va-t-il résulter de cette intimité?
– Rien de bon pour M. Fouquet, sans nul doute.
Le prince ne se trompait pas. Nous avons vu que Louis XIV avait fait mander Colbert, et que Colbert était arrivé. La conversation s’était engagée entre eux par une des plus hautes faveurs que le roi eût jamais faites. Il est vrai que le roi était seul avec son sujet.
– Colbert, asseyez-vous.
L’intendant, comblé de joie, lui qui craignait d’être renvoyé, refusa cet insigne honneur.