Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
– Beaucoup, et j’aime aussi M. Fouquet.
– N’est-ce pas qu’il est charmant?
– On ne saurait plus.
– On dit que le roi a commencé par lui battre froid, et que Sa Majesté s’est radoucie?
– Vous n’avez donc pas vu, que vous dites: «On dit»?
– Non; je m’occupais, avec ces messieurs qui viennent de sortir, de la représentation et du carrousel de demain.
– Ah çà! vous êtes ordonnateur des fêtes, ici, vous?
– Je suis, comme vous savez, ami des plaisirs de l’imagination: j’ai toujours été poète par quelque endroit, moi.
– Je me rappelle vos vers. Ils étaient charmants.
– Moi, je les ai oubliés, mais je me réjouis d’apprendre ceux des autres, quand les autres s’appellent Molière, Pélisson, La Fontaine, etc.
– Savez-vous l’idée qui m’est venue ce soir en soupant, Aramis?
– Non. Dites-la-moi; sans quoi, je ne la devinerais pas; vous en avez tant!
– Eh bien! l’idée m’est venue que le vrai roi de France n’est pas Louis XIV.
– Hein! fit Aramis en ramenant involontairement ses yeux sur les yeux du mousquetaire.
– Non, c’est M. Fouquet.
Aramis respira et sourit.
– Vous voilà comme les autres: jaloux! dit-il. Parions que c’est M. Colbert qui vous a fait cette phrase-là?
D’Artagnan, pour amadouer Aramis, lui conta les mésaventures de Colbert à propos du vin de Melun.
– Vilaine race que ce Colbert! fit Aramis.
– Ma foi, oui!
– Quand on pense, ajouta l’évêque, que ce drôle-là sera votre ministre dans quatre mois.
– Bah!
– Et que vous le servirez comme Richelieu, comme Mazarin.
– Comme vous servez Fouquet, dit d’Artagnan.
– Avec cette différence, cher ami, que M. Fouquet n’est pas M. Colbert.
– C’est vrai.
Et d’Artagnan feignit de devenir triste.
– Mais, ajouta-t-il un moment après, pourquoi donc me disiez-vous que M. Colbert sera ministre dans quatre mois?
– Parce que M. Fouquet ne le sera plus, répliqua Aramis.
– Il sera ruiné, n’est-ce pas? dit d’Artagnan.
– À plat.
– Pourquoi donner des fêtes, alors? fit le mousquetaire d’un ton de bienveillance si naturel, que l’évêque en fut un moment la dupe. Comment ne l’en avez-vous pas dissuadé, vous?
Cette dernière partie de la phrase était un excès. Aramis revint à la défiance.
– Il s’agit, dit-il, de se ménager le roi.
– En se ruinant?
– En se ruinant pour lui, oui.
– Singulier calcul!
– La nécessité.
– Je ne la vois pas, cher Aramis.
– Si fait, vous remarquez bien l’antagonisme naissant de M. de Colbert.
– Et que M. Colbert pousse le roi à se défaire du surintendant.
– Cela saute aux yeux.
– Et qu’il y a cabale contre M. Fouquet.
– On le sait de reste.
– Quelle apparence que le roi se mette de la partie contre un homme qui aura tout dépensé pour lui plaire?
– C’est vrai, fit lentement Aramis, peu convaincu, et curieux d’aborder une autre face du sujet de conversation.
– Il y a folies et folies, reprit d’Artagnan. Je n’aime pas toutes celles que vous faites.
– Lesquelles?
– Le souper, le bal, le concert, la comédie, les carrousels, les cascades, les feux de joie et d’artifice, les illuminations et les présents, très bien, je vous accorde cela; mais ces dépenses de circonstance ne suffisaient-elles point? Fallait-il…
– Quoi?
– Fallait-il habiller de neuf toute une maison, par exemple?
– Oh! c’est vrai! J’ai dit cela à M. Fouquet; il m’a répondu que, s’il était assez riche, il offrirait au roi un château neuf des girouettes aux caves, neuf avec tout ce qui tient dedans, et que, le roi parti, il brûlerait tout cela pour que rien ne servît à d’autres.
– C’est de l’espagnol pur!
– Je le lui ai dit. Il a ajouté ceci: «Sera mon ennemi, quiconque me conseillera d’épargner.»
– C’est de la démence, vous dis-je, ainsi que ce portrait.
– Quel portrait? dit Aramis.
– Celui du roi, cette surprise…
– Cette surprise?
– Oui, pour laquelle vous avez pris des échantillons chez Percerin.
D’Artagnan s’arrêta. Il avait lancé la flèche. Il ne s’agissait plus que d’en mesurer la portée.
– C’est une gracieuseté, répondit Aramis.
D’Artagnan vint droit à son ami, lui prit les deux mains, et, le regardant dans les yeux:
– Aramis, dit-il, m’aimez-vous encore un peu?
– Si je vous aime!
– Bon! Un service, alors. Pourquoi avez-vous pris des échantillons de l’habit du roi chez Percerin?
– Venez avec moi le demander à ce pauvre Le Brun, qui a travaillé là dessus deux jours et deux nuits.
– Aramis, cela est la vérité pour tout le monde, mais pour moi…
– En vérité, d’Artagnan, vous me surprenez!
– Soyez bon pour moi. Dites-moi la vérité: vous ne voudriez pas qu’il m’arrivât du désagrément, n’est-ce pas?
– Cher ami, vous devenez incompréhensible. Quel diable de soupçon avez vous donc?
– Croyez-vous à mes instincts? Vous y croyiez autrefois. Eh bien! un instinct me dit que vous avez un projet caché.
– Moi, un projet?
– Je n’en suis pas sûr.
– Pardieu!
– Je n’en suis pas sûr, mais j’en jurerais.
– Eh bien! d’Artagnan, vous me causez une vive peine. En effet, si j’ai un projet que je doive vous taire, je vous le tairai, n’est-ce pas? Si j’en ai un que je doive vous révéler, je vous l’aurais déjà dit.
– Non, Aramis, non, il est des projets qui ne se révèlent qu’au moment favorable.
– Alors, mon bon ami, reprit l’évêque en riant, c’est que le moment favorable n’est pas encore arrivé.
D’Artagnan secoua la tête avec mélancolie.
– Amitié! amitié! dit-il, vain nom! Voilà un homme qui, si je le lui demandais, se ferait hacher en morceaux pour moi.
– C’est vrai, dit noblement Aramis.
– Et cet homme, qui me donnerait tout le sang de ses veines, ne m’ouvrira pas un petit coin de son cœur. Amitié, je le répète, tu n’es qu’une ombre et qu’un leurre, comme tout ce qui brille dans le monde!
– Ne parlez pas ainsi de notre amitié, répondit l’évêque d’un ton ferme et convaincu. Elle n’est pas du genre de celles dont vous parlez.
– Regardez-nous, Aramis. Nous voici trois sur quatre. Vous me trompez, je vous suspecte, et Porthos dort. Beau trio d’amis, n’est-ce pas? beau reste!
– Je ne puis vous dire qu’une chose, d’Artagnan, et je vous l’affirme sur l’évangile. Je vous aime comme autrefois. Si jamais je me défie de vous, c’est à cause des autres, non à cause de vous ni de moi. Toute chose que je ferai et en quoi je réussirai, vous y trouverez votre part. Promettez-moi la même faveur, dites!