Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
Ce fut un beau moment pour l’artiste, ce fut un douloureux moment pour M. Percerin, qui, lui aussi, marchait derrière Fouquet, et admirait dans la peinture de Le Brun l’habit qu’il avait fait pour Sa Majesté, objet d’art, disait-il, qui n’avait son pareil que dans la garde-robe de M. le surintendant.
Sa douleur et ses cris furent interrompus par le signal qui fut donné du sommet de la maison. Par-delà Melun, dans la plaine déjà nue, les sentinelles de Vaux avaient aperçu le cortège du roi et des reines: Sa Majesté entrait dans Melun avec sa longue file de carrosses et de cavaliers.
– Dans une heure, dit Aramis à Fouquet.
– Dans une heure! répliqua celui-ci en soupirant.
– Et ce peuple qui se demande à quoi servent les fêtes royales! continua l’évêque de Vannes en riant de son faux rire.
– Hélas! moi, qui ne suis pas peuple, je me le demande aussi.
– Je vous répondrai dans vingt-quatre heures, monseigneur. Prenez votre bon visage, car c’est jour de joie.
– Eh bien! croyez-moi, si vous voulez, d’Herblay, dit le surintendant avec expansion, en désignant du doigt le cortège de Louis à l’horizon, il ne m’aime guère, je ne l’aime pas beaucoup, mais je ne sais comment il se fait que, depuis qu’il approche de ma maison…
– Eh bien! quoi?
– Eh bien! depuis qu’il se rapproche, il m’est plus sacré, il m’est le roi, il m’est presque cher.
– Cher? oui, fit Aramis en jouant sur le mot, comme, plus tard, l’abbé Terray avec Louis XV.
– Ne riez pas, d’Herblay, je sens que, s’il le voulait bien, j’aimerais ce jeune homme.
– Ce n’est pas à moi qu’il faut dire cela, reprit Aramis, c’est à M. Colbert.
– À M. Colbert! s’écria Fouquet. Pourquoi?
– Parce qu’il vous fera avoir une pension sur la cassette du roi, quand il sera surintendant.
Ce trait lancé, Aramis salua.
– Où allez-vous donc? reprit Fouquet, devenu sombre.
– Chez moi, pour changer d’habits, monseigneur.
– Où vous êtes-vous logé, d’Herblay?
– Dans la chambre bleue du deuxième étage.
– Celle qui donne au-dessus de la chambre du roi?
– Précisément.
– Quelle sujétion vous avez prise là! Se condamner à ne pas remuer!
– Toute la nuit, monseigneur, je dors ou je lis dans mon lit.
– Et vos gens?
– Oh! je n’ai qu’une personne avec moi.
– Si peu!
– Mon lecteur me suffit. Adieu, monseigneur, ne vous fatiguez pas trop. Conservez-vous frais pour l’arrivée du roi.
– On vous verra? on verra votre ami du Vallon?
– Je l’ai logé près de moi. Il s’habille.
Et Fouquet, saluant de la tête et du sourire, passa comme un général en chef qui visite des avant-postes, quand on lui a signalé l’ennemi.
Chapitre CCXVIII – Le vin de Melun
Le roi était entré effectivement dans Melun avec l’intention de traverser seulement la ville. Le jeune monarque avait soif de plaisirs. Durant tout le voyage, il n’avait aperçu que deux fois La Vallière, et, devinant qu’il ne pourrait lui parler que la nuit, dans les jardins, après la cérémonie, il avait hâte de prendre ses logements à Vaux. Mais il comptait sans son capitaine des mousquetaires et aussi sans M. Colbert.
Semblable à Calypso, qui ne pouvait se consoler du départ d’Ulysse, notre Gascon ne pouvait se consoler de n’avoir pas deviné pourquoi Aramis faisait demander à Percerin l’exhibition des habits neufs du roi.
«Toujours est-il, se disait cet esprit flexible dans sa logique, que l’évêque de Vannes, mon ami, fait cela pour quelque chose.»
Et de se creuser la cervelle bien inutilement.
D’Artagnan, si fort assoupli à toutes les intrigues de cour; d’Artagnan, qui connaissait la situation de Fouquet mieux que Fouquet lui-même, avait conçu les plus étranges soupçons à l’énoncé de cette fête qui eût ruiné un homme riche, et qui devenait une œuvre impossible, insensée, pour un homme ruiné. Et puis, la présence d’Aramis, revenu de Belle-Île et nommé grand ordonnateur par M. Fouquet, son immixtion persévérante dans toutes les affaires du surintendant, les visites de M. de Vannes chez Baisemeaux, tout ce louche avait profondément tourmenté d’Artagnan depuis quelques semaines.
«Avec des hommes de la trempe d’Aramis, disait-il, on n’est le plus fort que l’épée à la main. Tant qu’Aramis a fait l’homme de guerre, il y a eu espoir de le surmonter; depuis qu’il a doublé sa cuirasse d’une étole, nous sommes perdus. Mais que veut Aramis?»
Et d’Artagnan rêvait.
«Que m’importe! après tout, s’il ne veut renverser que M. Colbert?… Que peut-il vouloir autre chose?»
D’Artagnan se grattait le front, cette fertile terre d’où le soc de ses ongles avait tant fouillé de belles et bonnes idées.
Il eut celle de s’aboucher avec M. Colbert, mais son amitié, son serment d’autrefois, le liaient trop à Aramis. Il recula. D’ailleurs, il haïssait ce financier.
Il voulut s’ouvrir au roi. Mais le roi ne comprendrait rien à ses soupçons, qui n’avaient pas même la réalité de l’ombre.
Il résolut de s’adresser directement à Aramis, la première fois qu’il le verrait.
«Je le prendrai entre deux chandelles, directement, brusquement, se dit le mousquetaire. Je lui mettrai la main sur le cœur, et il me dira… Que me dira-t-il? oui, il me dira quelque chose, car, mordioux! il y a quelque chose là-dessous!»
Plus tranquille, d’Artagnan fit ses apprêts de voyage, et donna ses soins à ce que la maison militaire du roi, fort peu considérable encore, fût bien commandée et bien ordonnée dans ses médiocres proportions. Il résulta, de ces tâtonnements du capitaine, que le roi se mit à la tête des mousquetaires, de ses Suisses et d’un piquet de gardes-françaises, lorsqu’il arriva devant Melun. On eût dit d’une petite armée. M. Colbert regardait ces hommes d’épée avec beaucoup de joie. Il en voulait encore un tiers en sus.
– Pourquoi? disait le roi.
– Pour faire plus d’honneur à M. Fouquet, répliquait Colbert.
«Pour le ruiner plus vite», pensait d’Artagnan.
L’armée parut devant Melun, dont les notables apportèrent au roi les clefs, et l’invitèrent à entrer à l’Hôtel de Ville pour prendre le vin d’honneur.
Le roi, qui s’attendait à passer outre et à gagner Vaux tout de suite, devint rouge de dépit.
– Quel est le sot qui m’a valu ce retard? grommela-t-il entre ses dents, pendant que le maître échevin faisait son discours.
– Ce n’est pas moi, répliqua d’Artagnan; mais je crois bien que c’est M. Colbert.
Colbert entendit son nom.
– Que plaît-il à M. d’Artagnan? demanda-t-il.
– Il me plaît savoir si vous êtes celui qui a fait entrer le roi dans le vin de Brie?