Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
«-Est-ce qu’on sait?… Est-ce qu’on sait, dans une affaire pareille?… Il y a vingt-quatre heures, j’aurais juré qu’il n’y avait pas de complice!…»
«Et il me laissa en m’annonçant qu’il quittait le château sur-le-champ pour se rendre à Épinay.»
Rouletabille avait fini son récit. Je lui demandai:
«Eh bien? Que conclure de tout cela?… Quant à moi, je ne vois pas!… je ne saisis pas!… Enfin! Que savez-vous?
– Tout! s’exclama-t-il… Tout!»
Et je ne lui avais jamais vu figure plus rayonnante. Il s’était levé et me serrait la main avec force…
«Alors, expliquez-moi, priai-je…
– Allons demander des nouvelles de Mlle Stangerson», me répondit-il brusquement.
XXIV Rouletabille connaît les deux moitiés de l’assassin
Mlle Stangerson avait failli être assassinée pour la seconde fois. Le malheur fut qu’elle s’en porta beaucoup plus mal la seconde que la première. Les trois coups de couteau que l’homme lui avait portés dans la poitrine, en cette nouvelle nuit tragique, la mirent longtemps entre la vie et la mort, et quand, enfin, la vie fut plus forte et qu’on pût espérer que la malheureuse femme, cette fois encore, échapperait à son sanglant destin, on s’aperçut que, si elle reprenait chaque jour l’usage de ses sens, elle ne recouvrait point celui de sa raison. La moindre allusion à l’horrible tragédie la faisait délirer, et il n’est point non plus, je crois bien, exagéré de dire que l’arrestation de M. Robert Darzac, qui eut lieu au château du Glandier, le lendemain de la découverte du cadavre du garde, creusa encore l’abîme moral où nous vîmes disparaître cette belle intelligence.
M. Robert Darzac arriva au château vers neuf heures et demie. Je le vis accourir à travers le parc, les cheveux et les habits en désordre, crotté, boueux, dans un état lamentable. Son visage était d’une pâleur mortelle. Rouletabille et moi, nous étions accoudés à une fenêtre de la galerie. Il nous aperçut; il poussa vers nous un cri désespéré:
«J’arrive trop tard!…»
Rouletabille lui cria:
«Elle vit!…»
Une minute après, M. Darzac entrait dans la chambre de Mlle Stangerson, et, à travers la porte, nous entendîmes ses sanglots.
…
«Fatalité! gémissait à côté de moi, Rouletabille. Quels Dieux infernaux veillent donc sur le malheur de cette famille! Si l’on ne m’avait pas endormi, j’aurais sauvé Mlle Stangerson de l’homme, et je l’aurais rendu muet pour toujours… et le garde ne serait pas mort!»
…
M. Darzac vint nous retrouver. Il était tout en larmes. Rouletabille lui raconta tout: et comment il avait tout préparé pour leur salut, à Mlle Stangerson et à lui; et comment il y serait parvenu en éloignant l’homme pour toujours «après avoir vu sa figure»; et comment son plan s’était effondré dans le sang, à cause du narcotique.
«Ah! si vous aviez eu réellement confiance en moi, fit tout bas le jeune homme, si vous aviez dit à Mlle Stangerson d’avoir confiance en moi!… Mais ici chacun se défie de tous… la fille se défie du père… et la fiancée se défie du fiancé… Pendant que vous me disiez de tout faire pour empêcher l’arrivée de l’assassin, elle préparait tout pour se faire assassiner!… Et je suis arrivé trop tard… à demi endormi… me traînant presque, dans cette chambre où la vue de la malheureuse, baignant dans son sang, me réveilla tout à fait…»
Sur la demande de M. Darzac, Rouletabille raconta la scène. S’appuyant aux murs pour ne pas tomber, pendant que, dans le vestibule et dans la cour d’honneur, nous poursuivions l’assassin, il s’était dirigé vers la chambre de la victime… Les portes de l’antichambre sont ouvertes; il entre; Mlle Stangerson gît, inanimée, à moitié renversée sur le bureau, les yeux clos; son peignoir est rouge du sang qui coule à flots de sa poitrine. Il semble à Rouletabille, encore sous l’influence du narcotique, qu’il se promène dans quelque affreux cauchemar. Automatiquement, il revient dans la galerie, ouvre une fenêtre, nous clame le crime, nous ordonne de tuer, et retourne dans la chambre. Aussitôt, il traverse le boudoir désert, entre dans le salon dont la porte est restée entrouverte, secoue M. Stangerson sur le canapé où il s’est étendu et le réveille comme je l’ai réveillé, lui, tout à l’heure… M. Stangerson se dresse avec des yeux hagards, se laisse traîner par Rouletabille jusque dans la chambre, aperçoit sa fille, pousse un cri déchirant… Ah! il est réveillé! il est réveillé!… Tous les deux, maintenant, réunissant leurs forces chancelantes, transportent la victime sur son lit…
Puis Rouletabille veut nous rejoindre, pour savoir… «pour savoir…» mais, avant de quitter la chambre, il s’arrête près du bureau… Il y a là, par terre, un paquet… énorme… un ballot… Qu’est-ce que ce paquet fait là, auprès du bureau?… L’enveloppe de serge qui l’entoure est dénouée… Rouletabille se penche… Des papiers… des papiers… des photographies… Il lit: «Nouvel électroscope condensateur différentiel… Propriétés fondamentales de la substance intermédiaire entre la matière pondérable et l’éther impondérable.»… Vraiment, vraiment, quel est ce mystère et cette formidable ironie du sort qui veulent qu’à l’heure où «on» lui assassine sa fille, «on» vienne restituer au professeur Stangerson toutes ces paperasses inutiles, «qu’il jettera au feu!… au feu!… au feu!… le lendemain».
…
Dans la matinée qui suivit cette horrible nuit, nous avons vu réapparaître M. de Marquet, son greffier, les gendarmes. Nous avons tous été interrogés, excepté naturellement Mlle Stangerson qui était dans un état voisin du coma. Rouletabille et moi, après nous être concertés, n’avons dit que ce que nous avons bien voulu dire. J’eus garde de rien rapporter de ma station dans le cabinet noir ni des histoires de narcotique. Bref, nous tûmes tout ce qui pouvait faire soupçonner que nous nous attendions à quelque chose, et aussi tout ce qui pouvait faire croire que Mlle Stangerson «attendait l’assassin». La malheureuse allait peut-être payer de sa vie le mystère dont elle entourait son assassin… Il ne nous appartenait point de rendre un pareil sacrifice inutile… Arthur Rance raconta à tout le monde, fort naturellement – si naturellement que j’en fus stupéfait – qu’il avait vu le garde pour la dernière fois vers onze heures du soir. Celui-ci était venu dans sa chambre, dit-il, pour y prendre sa valise qu’il devait transporter le lendemain matin à la première heure à la gare de Saint-Michel «et s’était attardé à causer longuement chasse et braconnage avec lui»! Arthur-William Rance, en effet, devait quitter le Glandier dans la matinée et se rendre à pied, selon son habitude, à Saint-Michel; aussi avait-il profité d’un voyage matinal du garde dans le petit bourg pour se débarrasser de son bagage.
Du moins je fus conduit à le penser car M. Stangerson confirma ses dires; il ajouta qu’il n’avait pas eu le plaisir, la veille au soir, d’avoir à sa table son ami Arthur Rance parce que celui-ci avait pris, vers les cinq heures, un congé définitif de sa fille et de lui. M. Arthur Rance s’était fait servir simplement un thé dans sa chambre, se disant légèrement indisposé.
Bernier, le concierge, sur les indications de Rouletabille, rapporta qu’il avait été requis par le garde lui-même, cette nuit-là, pour faire la chasse aux braconniers (le garde ne pouvait plus le contredire), qu’ils s’étaient donné rendez-vous tous deux non loin de la chênaie et que, voyant que le garde ne venait point, il était allé, lui, Bernier, au-devant du garde… Il était arrivé à hauteur du donjon, ayant passé la petite porte de la cour d’honneur, quand il aperçut un individu qui fuyait à toutes jambes du côté opposé, vers l’extrémité de l’aile droite du château; des coups de revolver retentirent dans le même moment derrière le fuyard; Rouletabille était apparu à la fenêtre de la galerie; il l’avait aperçu, lui Bernier, l’avait reconnu, l’avait vu avec son fusil et lui avait crié de tirer. Alors, Bernier avait lâché son coup de fusil qu’il tenait tout prêt… et il était persuadé qu’il avait mis à mal le fuyard; il avait cru même qu’il l’avait tué, et cette croyance avait duré jusqu’au moment où Rouletabille, dépouillant le corps qui était tombé sous le coup de fusil, lui avait appris que ce corps «avait été tué d’un coup de couteau»; que, du reste, il restait ne rien comprendre à une pareille fantasmagorie, attendu que, si le cadavre trouvé n’était point celui du fuyard sur lequel nous avions tous tiré, il fallait bien que ce fuyard fût quelque part. Or, dans ce petit coin de cour où nous nous étions tous rejoints autour du cadavre, «il n’y avait pas de place pour un autre mort ou pour un vivant» sans que nous le vissions!