Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
Ainsi parla le père Bernier. Mais le juge d’instruction lui répondit que, pendant que nous étions dans ce petit bout de cour, la nuit était bien noire, puisque nous n’avions pu distinguer le visage du garde, et que, pour le reconnaître, il nous avait fallu le transporter dans le vestibule… À quoi le père Bernier répliqua que, si l’on n’avait pas vu «l’autre corps, mort ou vivant», on aurait au moins marché dessus, tant ce bout de cour est étroit. Enfin, nous étions, sans compter le cadavre, cinq dans ce bout de cour et il eût été vraiment étrange que l’autre corps nous échappât… La seule porte qui donnait dans ce bout de cour était celle de la chambre du garde, et la porte en était fermée. On en avait retrouvé la clef dans la poche du garde…
Tout de même, comme ce raisonnement de Bernier, qui à première vue paraissait logique, conduisait à dire qu’on avait tué à coups d’armes à feu un homme mort d’un coup de couteau, le juge d’instruction ne s’y arrêta pas longtemps. Et il fut évident pour tous, dès midi, que ce magistrat était persuadé que nous avions raté «le fuyard» et que nous avions trouvé là un cadavre qui n’avait rien à voir avec «notre affaire». Pour lui, le cadavre du garde était une autre affaire. Il voulut le prouver sans plus tarder, et il est probable que «cette nouvelle affaire» correspondait avec des idées qu’il avait depuis quelques jours sur les mœurs du garde, sur ses fréquentations, sur la récente intrigue qu’il entretenait avec la femme du propriétaire de l’auberge du «Donjon», et corroborait également les rapports qu’on avait dû lui faire relativement aux menaces de mort proférées par le père Mathieu à l’adresse du garde, car à une heure après-midi le père Mathieu, malgré ses gémissements de rhumatisant et les protestations de sa femme, était arrêté et conduit sous bonne escorte à Corbeil. On n’avait cependant rien découvert chez lui de compromettant; mais des propos tenus, encore la veille, à des rouliers qui les répétèrent, le compromirent plus que si l’on avait trouvé dans sa paillasse le couteau qui avait tué «l’homme vert».
Nous en étions là, ahuris de tant d’événements aussi terribles qu’inexplicables, quand, pour mettre le comble à la stupéfaction de tous, nous vîmes arriver au château Frédéric Larsan, qui en était parti aussitôt après avoir vu le juge d’instruction et qui en revenait, accompagné d’un employé du chemin de fer.
Nous étions alors dans le vestibule avec Arthur Rance, discutant de la culpabilité et de l’innocence du père Mathieu (du moins Arthur Rance et moi étions seuls à discuter, car Rouletabille semblait parti pour quelque rêve lointain et ne s’occupait en aucune façon de ce que nous disions). Le juge d’instruction et son greffier se trouvaient dans le petit salon vert où Robert Darzac nous avait introduits quand nous étions arrivés pour la première fois au Glandier. Le père Jacques, mandé par le juge, venait d’entrer dans le petit salon; M. Robert Darzac était en haut, dans la chambre de Mlle Stangerson, avec M. Stangerson et les médecins. Frédéric Larsan entra dans le vestibule avec l’employé de chemin de fer. Rouletabille et moi reconnûmes aussitôt cet employé à sa petite barbiche blonde: «Tiens! L’employé d’Épinay-sur-Orge!» m’écriai-je, et je regardai Frédéric Larsan qui répliqua en souriant: «Oui, oui, vous avez raison, c’est l’employé d’Épinay-sur-Orge.» Sur quoi Fred se fit annoncer au juge d’instruction par le gendarme qui était à la porte du salon. Aussitôt, le père Jacques sortit, et Frédéric Larsan et l’employé furent introduits. Quelques instants s’écoulèrent, dix minutes peut-être. Rouletabille était fort impatient. La porte du salon se rouvrit; le gendarme, appelé par le juge d’instruction, entra dans le salon, en ressortit, gravit l’escalier et le redescendit. Rouvrant alors la porte du salon et ne la refermant pas, il dit au juge d’instruction:
«Monsieur le juge, M. Robert Darzac ne veut pas descendre!
– Comment! Il ne veut pas!… s’écria M. de Marquet.
– Non! il dit qu’il ne peut quitter Mlle Stangerson dans l’état où elle se trouve…
– C’est bien, fit M. de Marquet; puisqu’il ne vient pas à nous, nous irons à lui…»
M. de Marquet et le gendarme montèrent; le juge d’instruction fit signe à Frédéric Larsan et à l’employé de chemin de fer de les suivre. Rouletabille et moi fermions la marche.
On arriva ainsi, dans la galerie, devant la porte de l’antichambre de Mlle Stangerson. M. de Marquet frappa à la porte. Une femme de chambre apparut. C’était Sylvie, une petite bonniche dont les cheveux d’un blond fadasse retombaient en désordre sur un visage consterné.
«M. Stangerson est là? demanda le juge d’instruction.
– Oui, monsieur.
– Dites-lui que je désire lui parler.»
Sylvie alla chercher M. Stangerson.
Le savant vint à nous; il pleurait; il faisait peine à voir.
«Que me voulez-vous encore? demanda celui-ci au juge. Ne pourrait-on pas, monsieur, dans un moment pareil, me laisser un peu tranquille!
– Monsieur, fit le juge, il faut absolument que j’aie, sur-le-champ, un entretien avec M. Robert Darzac. Ne pourriez-vous le décider à quitter la chambre de Mlle Stangerson? Sans quoi, je me verrais dans la nécessité d’en franchir le seuil avec tout l’appareil de la justice.»
Le professeur ne répondit pas; il regarda le juge, le gendarme et tous ceux qui les accompagnaient comme une victime regarde ses bourreaux, et il rentra dans la chambre.
Aussitôt M. Robert Darzac en sortit. Il était bien pâle et bien défait; mais, quand le malheureux aperçut, derrière Frédéric Larsan, l’employé de chemin de fer, son visage se décomposa encore; ses yeux devinrent hagards et il ne put retenir un sourd gémissement.
Nous avions tous saisi le tragique mouvement de cette physionomie douloureuse. Nous ne pûmes nous empêcher de laisser échapper une exclamation de pitié. Nous sentîmes qu’il se passait alors quelque chose de définitif qui décidait de la perte de M. Robert Darzac. Seul, Frédéric Larsan avait une figure rayonnante et montrait la joie d’un chien de chasse qui s’est enfin emparé de sa proie.
M. de Marquet dit, montrant à M. Darzac le jeune employé à la barbiche blonde: