Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
L’obscurité se fit en bas, et le prêtre s’engagea lentement dans l’escalier ; les marches craquaient sous son poids. Fegan entendit le néon de la salle de bains, une braguette qui coulissait. Le père Coulter fredonnait tout en arrosant la cuvette d’un jet puissant, pendant un temps qui parut infiniment long. Enfin, un filet d’eau au lavabo, des mains essuyées sur une serviette… Le prêtre chantonnait toujours, une mélodie qu’on ne pouvait identifier.
Des pas lourds s’approchèrent. Fegan se crispa. Il contrôlait sa respiration, dans le silence de la chambre, alors que le père Coulter soufflait bruyamment. Le prêtre s’arrêta un instant sur le seuil, puis actionna l’interrupteur.
« Eh merde », lâcha-t-il, voyant qu’il n’obtenait aucune lumière. L’ampoule gisait aux pieds de Fegan.
Le père Coulter entra en soupirant, sous les yeux de Fegan et des ombres mouvantes, enleva ses chaussures et se mit au lit. Couché sur le dos, il se débattit mollement avec les boutons de son col blanc, parvint à s’en débarrasser, puis, épuisé, laissa retomber ses bras et demeura immobile sur les couvertures. Quelques minutes plus tard, ses ronflements sonores emplissaient la pièce.
Les trois Anglais sortirent de l’ombre et s’approchèrent du lit en mimant l’exécution du prêtre. Derrière eux, la femme berçait son bébé qui s’accrochait à sa robe de ses petits doigts. Elle sourit à Fegan. Il acquiesça et se leva, serrant dans une poigne ferme le léger couteau de Campbell. À travers la fine membrane des gants en caoutchouc, il ôta la sécurité. La lame émit un léger cliquetis en jaillissant.
Les ronflements se turent. Dans la pénombre, Fegan distinguait le visage du père Coulter et ses yeux qui papillotaient.
Les ombres reculèrent.
La voix du prêtre s’éleva, à peine un murmure. « Qui est là ?
— Tout va bien, mon père, dit Fegan. Vous avez fait un rêve. Rendormez-vous.
— Un rêve ? Je… je…
— Chut. » Fegan leva le couteau.
« Gerry ? Gerry Fegan ? C’est toi ? »
Fegan ne bougea plus. « Oui, mon père.
— Qu’est-ce que tu veux, Gerry ? Que fais-tu ici ?
— Vous vous rappelez ce que vous m’avez dit à propos des rêves, mon père ? »
Le prêtre essaya de se hisser sur un coude. « Qu’est-ce que tu tiens dans la main ? »
Fegan se pencha pour lui lisser les cheveux. « Les Anglais. Vous vous souvenez ? Vous auriez pu agir, mais vous n’avez rien fait. »
Le père Coulter déclara avec lassitude : « C’était il y a tellement longtemps, Gerry. J’avais peur.
— Et là, vous n’avez pas peur ? »
Le prêtre répondit par l’affirmative.
« Vous n’en rêverez plus désormais, dit Fegan.
— Je t’en prie, Gerry… Qu’attends-tu de moi ?
— Rien, répliqua Fegan. Je vous aurais laissé en vie, vous savez. »
Le père Coulter se raidit. « Pardon ?
— J’étais venu pour ça, l’autre soir, mais je me suis dégonflé. J’ai pensé que je pourrais peut-être vivre avec les trois Anglais. Que vous ne le méritiez pas.
— Quelle que soit ton intention, Gerry, je t’en prie, arrête. On va discuter, hein ? » Le prêtre tenta de se redresser, mais Fegan le repoussa doucement.
« Et puis vous avez transmis le message à Marie. Vous l’avez menacée de la part de McGinty.
— Non, je…
— Et vous avez tout raconté à McGinty. Ce que je vous ai confessé.
— Non, ce n’est pas vrai. Je te le jure, je n’ai jamais…
— Taisez-vous, mon père.
— Oh mon Dieu, non… »
Fegan étouffa les cris du prêtre en lui plaquant sa main gauche sur la bouche. Il porta un premier coup, sans hésiter. Le père Coulter n’eut même pas le temps de se défendre. C’était un bon couteau, une lame acérée qui ne rencontra guère de résistance pour traverser le sternum et plonger dans le cœur. Fegan la retira sans effort et frappa encore deux fois.
Le père Coulter le saisit aux épaules, parcouru de soubresauts. Dans la pénombre, Fegan vit que le prêtre le regardait, les yeux grands ouverts, tandis qu’il recevait dans la main le souffle chaud de ses gémissements.
« Tout va bien, mon père, dit Fegan. Ce ne sera pas long. Vous allez bientôt vous évanouir. Vous ne souffrirez pas. »
Fegan retira sa main. Le père Coulter respirait péniblement, ouvrant et fermant la bouche en silence, puis il porta les mains à sa poitrine. Il n’y avait pas beaucoup de sang.
« Que Dieu te pardonne », exhala-t-il.
Fegan essuya la lame du couteau sur les couvertures. « Ce n’est pas son pardon à Lui qu’il me faut, mon père. Je le sais maintenant. »
Il regarda mourir le prêtre. Après l’agitation, l’afflux de sang à la poitrine, et le râle de l’agonie, le silence retomba. Moins de deux minutes, entre le premier coup de couteau et l’ultime expiration du père Coulter. Fegan ôta le manteau qu’il avait pris dans l’armoire et en couvrit le corps.
Il referma le couteau, le rangea dans sa poche, enfila silencieusement ses chaussures qu’il avait laissées près du fauteuil, et passa à son épaule le sac de sport contenant quelques vêtements, ses passeports irlandais et anglais, deux pistolets, cinquante-sept cartouches, et plusieurs milliers de livres assemblées en liasse. Ainsi chargé, il descendit l’escalier, traversa la cuisine et sortit par l’arrière de la maison en refermant sans bruit la porte derrière lui. Le portail du jardin était verrouillé de l’intérieur. Il escalada le mur, se laissa choir dans la ruelle et partit à vive allure. Une longue marche l’attendait pour gagner le centre-ville, l’hôtel Europa et la gare routière. Il devait faire vite s’il voulait attraper la dernière navette pour l’aéroport.
Fegan avançait tête baissée, six ombres sur ses talons.
SIX
31
Marie McKenna était allongée, nue, à côté de lui. C’était son lit, et en même temps, il ne le reconnaissait pas. C’était sa chambre, et en même temps, ça ne l’était pas. Fegan était nu, lui aussi, et il avait honte. Il voulut rabattre les draps pour se couvrir.
« Non, dit-elle en lui attrapant la main.
— Je ne suis pas propre », répondit-il.
Elle lui intima le silence, se rapprocha de lui et l’embrassa. Son corps était chaud, sa bouche douce comme la brise en été.
« Il y a tellement longtemps, dit-il lorsque le baiser prit fin. Je ne sais plus comment on fait. »
Elle lui prit la main et la posa sur son sein. « Comme ça. »
Il sentit sa peau soyeuse, son sein rond et souple, ferme sous la paume. Le souvenir lui revenait. Oui, voilà. C’était doux, chaud… Mais poisseux ?
Il vit que sa main avait répandu des traînées rouges sur le corps de Marie. Elle s’en aperçut à son tour et fit une grimace de dégoût. Il essaya d’essuyer les traces, mais c’était pire, ses doigts laissaient partout leurs empreintes écarlates, sur les seins et le ventre de Marie. Elle s’écarta brusquement.
« Non », dit-il. Il voulut la retenir par les bras, mais à cause du sang, elle lui glissait entre les mains. « Je vous en prie, je vais essuyer. »
Il tenta à nouveau d’effacer les traces de sang et ne réussit qu’à les étaler davantage sur les hanches et les cuisses de Marie. « Je réparerai tout. S’il vous plaît… »
Elle se mit alors à crier et se débattit pour lui échapper. « Laissez-moi tranquille. Allez-vous-en. Au secours ! AU SECOURS ! »