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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Ah !

Il y eut un silence, si pesant que les respirations devenaient perceptibles. D’un geste furieux, Duchamp brisa un masque d’escrime, en le saisissant et en l’expédiant à l’autre bout de la salle dans un trophée d’armes qui s’écroula avec un bruit d’Apocalypse. Alors Hortense, le pensant un peu calmé, osa avancer :

— Ce n’est peut-être qu’un contretemps ? Notre premier projet ne prévoyait pas la participation du chevalier. Je devais vous rejoindre et partir avec vous.

Duchamp eut pour elle un regard d’une infinie tendresse et trouva le courage de sourire :

— Et j’en serais infiniment heureux ! Ce voyage avec vous, c’était mon plus beau rêve mais vous savez bien que le prince refuse de partir sans son ami…

— Quelle sottise ! s’insurgea Felicia. Prokesch nous rejoindra plus tard. Quand nous aurons réussi, il obtiendra sans peine le poste d’ambassadeur en France. Revenons à notre premier projet et tâchons de joindre le prince au plus vite…

Mais Duchamp hocha la tête et se mit à tirailler sa moustache. Son visage était plus sombre encore s’il était possible.

— Ce n’est pas tout. Le bruit court que, pour apaiser les troubles qui agitent Modène, l’empereur François songerait à y envoyer son petit-fils et l’on dit le prince séduit par cette idée d’aller régner en Italie…

— Je peux le comprendre, dit Felicia avec amertume. Tout, plutôt que continuer à étouffer ici ! Mais tout de même ! Entre le trône de France et celui de Modène…

— L’un est aléatoire, dit Hortense. Si l’autre est sûr, on peut comprendre que le prince s’y attache. Cela le rapprocherait de sa mère par laquelle il pourrait tenir Parme et ensuite… qui peut savoir ?

— Vous pensez que Napoléon a commencé par l’Italie ? s’écria Felicia, une flamme dans les yeux. Au fond, ces mauvaises nouvelles ne le seraient pas autant que nous le pensons ? Depuis la péninsule, on gagne facilement la France…

— Je suis d’accord avec vous, soupira Duchamp. Mais je vous l’avoue, j’ai peine à croire à cette histoire de Modène, justement parce que l’Empereur a commencé ses conquêtes par là. Je vois mal Metternich envoyant son prisonnier régner sur une poudrière…

— Ne soyez donc pas si pessimiste ! Vous nous annoncez une nouvelle et, tout de suite après, vous la démentez. Donnez-moi plutôt ma leçon… cela vous calmera.

L’instant d’après, le cliquetis des épées accompagnait la rêverie d’Hortense assise dans un fauteuil au coin du feu. Elle avait quelque peine à se défendre d’un vague sentiment de soulagement qu’elle jugea écœurant :

— Décidément, je n’ai vraiment rien d’une héroïne, pensa-t-elle en regardant ferrailler Felicia qui bondissait avec la souple grâce d’une panthère noire. Et pas davantage d’une amazone…

S’y joignait cependant un regret. Elle avait tellement envie de rentrer en France !

Mais il était écrit que ce jour-là serait celui des mauvaises nouvelles. Quand les deux femmes rentrèrent à la Schenkenstrasse, elles trouvèrent, avec un mot de Prokesch exprimant des regrets qui n’excluaient tout de même pas l’espérance, un court billet de Maria Lipona : Patrick Butler avait profité d’une des absences de son hôtesse pour s’enfuir de chez elle sans même un mot d’excuses ou de remerciements pour les soins prodigués.

— Et c’est malheureusement un Français ! soupira Felicia. De quoi avons-nous l’air ?

CHAPITRE IX

L’ATTENTAT

Le battement des éventails agitait doucement l’air alourdi par les parfums des visiteurs et les suaves odeurs de chocolat, de vanille, de café, de brioches chaudes et de crème fraîche qui emplissaient le salon. On se serait cru chez Demel, le grand pâtissier du Kohlmarkt, et non dans la demeure d’une duchesse régnante. Mais les friandises étaient le péché mignon de Wilhelmine et de ses sœurs ; aussi l’heure du thé, dans l’aile droite du palais Palm, attirait-elle toujours nombre d’amis soucieux de voler à la maussaderie du temps un agréable moment de chaude convivialité en compagnie de charmantes femmes sachant admirablement recevoir. Felicia et Hortense se laissaient elles-mêmes prendre volontiers à cette séduction et il n’était pas rare de les trouver dans le beau salon des laques où Wilhelmine aimait à recevoir à l’heure du goûter.

Ce soir-là, il y avait beaucoup de monde chez les Trois Grâces de Courlande, comme cela se produisait chaque fois que le prince de Metternich abandonnait le Ballhausplatz pour venir visiter ses amies. C’était alors comme si quelque courant mystérieux parcourait les palais viennois pour avertir leurs habitants que le prince-chancelier se rendait chez la duchesse de Sagan. Là, sur un parterre de Kinsky, de Palfy, d’Esterhazy, de Zichy panaché d’un ou deux Dietrichstein, d’une Schönborn, d’un Kevenhüller et de Trautsmandorff tout en velours, satins, poults-de-soie, fins draps anglais aux nuances différentes, fourrures précieuses, plumes et turbans, Metternich aimait à faire triompher son élégance, stricte et même un peu sévère, comme il aimait à laisser sa voix chaude moduler des phrases auxquelles tous demeuraient suspendus. L’âge venant, il prenait plaisir à tenir sous le charme de sa parole ceux qu’il séduisait jadis par sa seule beauté, celle d’un homme dont le visage et le corps semblaient calqués sur une statue d’Antinoüs.

Assis dans une haute bergère à oreilles, une tasse de chocolat à la main et ses longues jambes croisées, il tenait une sorte de conférence à deux voix avec l’autre pôle d’attraction du salon : le chevalier von Gentz, son plus ancien et fidèle conseiller, l’homme dont on disait qu’il avait dans sa main tous les secrets de l’Europe. Dieu sait pourtant que cette éminence grise du pouvoir ne payait pas de mine ! Penché en avant, sa frêle carcasse agitée d’un tremblement continu, son visage sans âge mais fripé abrité sous une perruque rousse, Gentz portait des lunettes noires qui servaient surtout à lui donner une contenance commode et abritaient un regard plutôt timide qui se posait rarement sur quelqu’un. Ses vêtements étaient corrects mais retardaient d’au moins deux modes et il était outrageusement parfumé.

Ancien journaliste et polémiste acharné, rédacteur du Congrès de Vienne, il avait manié sans doute la plume la plus féroce et la plus empoisonnée qui fût au monde. Les Français, en général, et Napoléon en particulier, avaient eu à souffrir de Frédéric von Gentz qui avait poussé la Prusse à la guerre contre la France. Homme étrange, s’il en fut, aimant l’argent et le faste, on lui prêtait pour les jeunes garçons un goût qui s’accordait bizarrement avec la passion que lui inspirait la danseuse Fanny Elssler, de quarante-six ans sa cadette et dont on disait qu’il faisait pour elle les pires folies.

Hortense n’avait pas aimé le mince sourire aveugle que Gentz avait posé sur elle au moment des présentations.

— Une Française, hein ? Nous voyons trop rarement des Françaises à Vienne, en dehors de celles qui viennent y apporter les modes de Paris ! Qu’est-ce qui peut attirer une femme du monde jeune et belle si loin des bords de la Seine ?

— La musique, monsieur. C’est ici le rendez-vous des mélomanes et je ne sais ce que j’aime le mieux, des offices de la cathédrale ou de vos merveilleuses valses…

— La musique et la gourmandise, renchérit Felicia en pêchant, sur le plateau qu’un valet lui présentait, une part d’un superbe moka praliné. Nulle part ailleurs on ne mange de si bons gâteaux !

— Et c’est afin de pouvoir en manger tout à votre aise sans rien perdre de votre finesse de taille que vous faites chaque matin des armes, princesse ?

— Rien n’est plus vrai. Mais je constate, chevalier, que votre réputation d’homme le mieux renseigné d’Europe n’est véritablement pas usurpée ! Vous en remontreriez au chef de la police.

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