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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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L’interpellé ôta son chapeau. « A vos ordres, messire. »

Aucun d’entre eux ne pipa mot, pendant qu’ils retournaient au bac, le chanteur de ser Ryman dans leur sillage. Mais lorsqu’ils commencèrent à s’écarter de la berge et à voguer vers la rive méridionale de la Culbute, Edmure Tully empoigna le bras de Jaime. « Pourquoi ? »

Un Lannister paie toujours ses dettes, songea-t-il, et vous êtes la seule pièce qu’il me reste en poche. « Considérez qu’il s’agit là d’un cadeau de noces. »

Edmure le dévisagea d’un air circonspect. « Un… cadeau de noces ?

— Je me suis laissé dire que votre épouse était jolie. Il fallait qu’elle le soit vraiment, pour que vous couchiez avec elle pendant qu’on assassinait votre sœur et votre roi.

— Je n’en savais rien. » Edmure lécha ses lèvres crevassées. « Il y avait des violoneux sur le palier de la chambre à coucher…

— Et lady Roslin vous distrayait.

— Elle… ils l’y ont contrainte, lord Walder et les autres. Roslin n’a jamais été consentante… elle pleurait, mais je me suis figuré que c’était…

— La vue de votre exubérante virilité ? Ouais, ça ferait pleurer n’importe quelle femme, je suis sûr.

— Elle porte mon enfant. »

Non, songea Jaime, c’est votre mort qui se développe dans ses entrailles. De retour à son pavillon, il congédia le Sanglier et ser Ilyn, mais pas le chanteur. « Je risque d’avoir incessamment besoin d’une chanson, lui dit-il. Lou, fais chauffer un bain pour mon hôte. Pia, trouve-lui des vêtements propres. Sans effigie de lion sur aucun, s’il te plaît. Becq, du vin pour lord Tully. Avez-vous faim, messire ? »

Edmure acquiesça d’un hochement de tête, mais ses yeux conservaient leur expression soupçonneuse.

Jaime s’installa sur un tabouret pendant que Tully prenait son bain. La crasse se résolvait dans l’eau en nuages gris. « Une fois que vous vous serez restauré, mes hommes vous escorteront jusqu’à Vivesaigues. La suite des événements dépend uniquement de vous.

— Qu’entendez-vous par là ?

— Votre oncle est un homme âgé. Valeureux, certes, mais la meilleure partie de son existence est terminée. Il n’a pas d’épouse pour le pleurer, pas d’enfants à défendre. Une bonne mort est tout ce qu’il peut espérer. Tandis que vous, il vous reste des années à vivre, Edmure. Et c’est vous, le seigneur et maître légitime de Vivesaigues, pas lui. Lui est au service de votre bon plaisir. Le sort de Vivesaigues repose entre vos mains. »

Le regard d’Edmure fixa le vide. « Le sort de Vivesaigues…

— Rendez la place, et personne ne meurt. Libre à vos gens de partir en paix ou de rester pour servir lord Emmon. Ser Brynden sera autorisé à prendre le noir, ainsi que ceux de vos garnisaires, si nombreux soient-ils, qui choisiraient de se joindre à lui. Vous aussi, si le Mur vous tente. Sans quoi, vous pourrez vous rendre à Castral Roc où vous serez mon prisonnier et jouirez de tout le confort et de toute la courtoisie que mérite un otage de votre rang. J’enverrai votre épouse vous y rejoindre, si cela vous sied. Si son enfant est un garçon, il servira la maison Lannister en qualité de page et d’écuyer, et lorsqu’il accédera à la dignité de chevalier, nous lui conférerons des terres. Au cas où Roslin vous donnerait en revanche une fille, je veillerai personnellement à bien la doter lorsqu’elle sera d’âge à se marier. En ce qui vous concerne, vous pourrez même vous voir libéré sur parole, une fois la guerre achevée. Tout ce que vous avez à faire est de rendre le château. »

Edmure leva ses mains hors de la baignoire et regarda l’eau ruisseler entre ses doigts. « Et si je refuse la reddition ? »

Vous faut-il absolument m’obliger à le dire ? Pia se tenait près de la portière de la tente, les bras chargés de vêtements. Les écuyers étaient eux aussi tout oreilles, de même que le chanteur. Qu’ils entendent, songea Jaime. Que le monde entende. Cela n’a aucune importance. Il se força à sourire. « Vous avez eu tout loisir de contempler l’importance de nos effectifs, Edmure. Vous avez vu les échelles, les tours, les trébuchets, les béliers. Si j’en donne l’ordre, mon cousin lancera un pont par-dessus votre douve et démolira vos portes. Il y aura des centaines de victimes, pour la plupart des hommes à vous. La première vague d’assaillants sera composée de vos anciens bannerets, de sorte que vous commencerez votre journée en tuant les pères et les frères de ceux qui sont morts pour vous aux Jumeaux. La deuxième vague sera lancée par les Frey, dont j’ai plus qu’à suffisance. Mes gens de l’Ouest suivront lorsque vos archers se trouveront à court de flèches et que vos chevaliers seront tellement vannés qu’à peine auront-ils encore la force de soulever leurs lames. Lorsque le château tombera, tous ceux qu’il recèlera seront passés au fil de l’épée. Votre bétail sera massacré, votre bois sacré livré à la hache, le feu ravagera vos tours et vos fortins. Je détruirai vos murailles et détournerai la Culbute sur les ruines. Quand j’en aurai terminé, plus jamais personne ne se doutera qu’une forteresse s’élevait là auparavant. » Il se mit debout. « Votre femme risque d’avoir accouché entre-temps. Vous tiendrez à avoir votre enfant, je présume. Je vous le ferai parvenir quand il sera né. Par l’intermédiaire d’un trébuchet. »

Un silence de mort suivit sa tirade. Edmure était pétrifié dans son bain. Pia étreignait les vêtements contre sa poitrine. Le chanteur retendait une corde de son instrument. Petit Lou s’échinait à évider une miche de pain rassis pour en faire un tranchoir, tout en affectant n’avoir rien entendu. Par l’intermédiaire d’un trébuchet, songea Jaime. Si sa tante s’était tenue là, aurait-elle encore persisté à prétendre que le véritable fils de Tywin, c’était Tyrion ?

Edmure Tully retrouva finalement sa voix. « Je pourrais enjamber le bord de cette baignoire et vous tuer là, sur place, Régicide.

— Vous pourriez essayer. » Jaime attendit de pied ferme. Constatant qu’Edmure ne faisait nullement mine de se lever, il reprit : « Je vais vous laisser déguster votre repas. Toi, le chanteur, joue donc pour notre hôte pendant qu’il mange. Tu connais la chanson, j’imagine.

— Celle sur les pluies ? Ouais, messire. Je la connais. »

Edmure eut l’air de découvrir tout à coup la présence de ce dernier. « Non. Pas lui. Débarrassez-moi de sa personne.

— Hé, mais c’est simplement une chanson, dit Jaime. Il n’a peut-être pas une voix si désagréable que ça. »

Cersei

Le Grand Mestre Pycelle avait toujours eu beau n’être qu’un vieillard depuis le temps fou qu’elle le connaissait, il semblait avoir pris cent ans de plus au cours des trois dernières nuits. Il lui fallut une éternité pour ployer un genou craquant devant elle et, après avoir réalisé cette prouesse, il se trouva dans l’incapacité totale de se relever jusqu’à ce que ser Osmund le replante assez brutalement sur ses pieds.

Cersei le dévisagea d’un air mécontent. « Lord Qyburn m’informe que lord Gyles a toussé sa dernière quinte.

— En effet, Votre Grâce. J’ai fait de mon mieux pour adoucir son trépas.

— Vraiment ? » La reine se tourna vers lady Merryweather « J’avais bien dit que j’exigeais que lord Gyles demeure en vie, n’est-ce pas ?

— Oui, Votre Grâce.

— Ser Osmund, quel souvenir conservez-vous personnellement de la conversation ?

— Vous avez formellement donné l’ordre au Grand Mestre Pycelle de sauver son patient, Votre Grâce. Nous l’avons tous entendu. »

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