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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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Assis sur quoi ? Le geôlier s’avança d’un ou deux pas, leva plus haut sa lanterne.

« Mon Dieu », murmura le Petit Napoléon.

L’Américain était assis sur un gros bloc de pierre du mur, à côté d’un trou qui menait directement dans la rue. Aucun homme n’aurait pu soulever et dégager un tel moellon à mains nues – comment même le saisir ? Mais le plus fort, c’est qu’après avoir réussi à le déloger, cet imbécile d’Américain n’avait rien trouvé de mieux que s’asseoir dessus et attendre ! Pourquoi ne s’était-il pas enfui ?

L’Américain lui fit un grand sourire, puis il se leva, sans cesser de sourire, sans cesser de le regarder, et plongea les mains carrément jusqu’aux coudes dans la pierre, aussi facilement que si le moellon avait été une cuvette d’eau.

Le geôlier hurla et se précipita vers la porte.

L’Américain retira les mains du bloc ; l’une des deux était refermée sur un bout de caillou. Il le tendit au Petit Napoléon qui le prit, qui le soupesa. C’était de la pierre, bien dure comme il se devait, mais elle gardait à sa surface l’empreinte d’une paume et de doigts humains. Par on ne savait quel moyen, ce gars était capable de s’enfoncer dans du roc solide et d’en ramener une poignée comme s’il s’agissait d’argile.

Le Petit Napoléon fouilla sa mémoire et retrouva quelques notions d’anglais de ses années d’école. « Quel… est… votre… nom ? demanda-t-il.

— Calvin Maker ; en français : Calvin le Faiseur.

— Vous parlez… le français ?

— Quasiment pas.

— Aller… avec… moi, fit toujours en anglais le Petit Napoléon. Aller… ?

— Venir, répondit obligeamment Calvin. Venir avec vous.

— Yes. Oui. »

L’Empereur avait fini par envoyer chercher le jeune homme. Mais à présent le Petit Napoléon avait de sérieux doutes. Rien dans ses guérisons de mendiants ne laissait entendre que l’Américain aurait du pouvoir sur la pierre. Et si ce Calvin le Faiseur tentait quelque chose pour l’embarrasser ? Et si – chose inimaginable, pourtant il fallait bien l’envisager quand même –, et s’il tuait l’oncle Napoléon ?

Mais l’Empereur avait demandé à le voir. Ça, on n’y pouvait rien changer. Il allait faire quoi ? Dire à son oncle que le gars qu’il lui ramenait pour guérir sa goutte risquait de vouloir plonger les mains dans le sol de marbre, en retirer un morceau et l’assommer avec ? Ce serait un suicide politique. Il se retrouverait en Corse à garder les moutons en un rien de temps. Si on ne lui offrait pas le spectacle du monde faisant la culbute lorsque sa tête roulerait dans le panier de la guillotine.

« Venir, venir, venir, fit le Petit Napoléon. Avec moi. »

Le geôlier se blottissait plus loin dans une encoignure du couloir. Le Petit Napoléon lança un coup de pied dans sa direction. L’homme était dans un tel état d’hébétude qu’il ne l’esquiva même pas. Le coup porta et le geôlier roula sur lui-même comme un chou-fleur.

Le jeune Américain éclata d’un grand rire. Le Petit Napoléon n’aima pas son rire. Il caressait l’idée de sortir son couteau et de tuer le prisonnier sur place. Mais l’explication à l’Empereur s’avérerait dangereuse. « Alors comme ça tu m’as poussé pendant des semaines à le voir, et c’était un assassin ? » Non, quoi qu’il arrive, l’Américain verrait l’Empereur.

Calvin le Faiseur verrait Napoléon Bonaparte… et le Petit Napoléon, lui, verrait si Dieu allait répondre à une prière des plus ferventes.

XII

Les hommes de loi

« Vous connaissez que le fils du meunier, Alvin, est en prison à Hatrack River ? » L’étranger s’accouda sur le comptoir et sourit.

« M’est avis qu’on en a entendu causer, fit Armure-de-Dieu Weaver.

— Je suis icitte pour aider à faire la vérité sur Alvin, comme ça les jurés rendront un jugement équitable à Hatrack. Ils ne connaissent pas Alvin aussi bien que les gens de par icitte. J’ai seulement besoin de quelques déclarations sous serment sur sa personnalité. » L’étranger sourit encore.

Armure-de-Dieu hocha la tête. « M’est avis qu’vous êtes bien tombé, icitte, pour les déclarations sous serment, si vous cherchez après la vérité sus Alvin.

— C’est ce que… après ça que je cherche. Si je comprends bien, vous connaissez personnellement ce jeune homme ?

— Assez bien. » Armure-de-Dieu se disait qu’en attendant de découvrir à quoi jouait l’inconnu, mieux valait ne pas lui apprendre qu’il était marié à la sœur d’Alvin. « M’est avis, pourtant, qu’vous connaissez pas dans quoi vous vous lancez, l’ami. Vous aurez bien plusse que les déclarations qui vous intéressent.

— Oh, j’ai entendu parler du massacre de la Tippy-Canoe et de la malédiction qui frappe les habitants d’icitte. Je suis avocat. J’ai l’habitude d’entendre les histoires horribles des gens que je défends.

— Qu’vous défendez, hein ? demanda Armure. Vous êtes un avocat qui défend l’monde, c’est ça ?

— C’est surtout pour ça qu’on me connaît, chez moi, à Carthage City. »

Armure hocha encore la tête. Il vivait peut-être à Carthage City, mais son accent trahissait la Nouvelle-Angleterre. Et il avait beau s’efforcer de parler comme les villageois, ça restait une imitation d’avocat pour tromper la vigilance des gens. Ce gars-là pouvait parler comme dans la Bible, s’il le voulait. Il pouvait parler comme Milton. Mais Armure ne révéla pas qu’il se méfiait de l’homme. Pas encore. « Alors quand les genses d’icitte vont vous raconter qu’ils ont massacré des Rouges qu’avaient jamais rien fait à personne, vous pourrez les entendre sans même battre des paupières, c’est ça ?

— Je vous garantis que je ne battrai même pas des paupières, monsieur Weaver. Mais je les écouterai, et quand ce sera terminé, je m’occuperai de l’affaire qui m’amène. »

Le moment était venu. « Et c’est quoi, cette affaire-là ? » demanda Armure.

L’homme cilla. Il bat déjà des paupières, songea Armure. Ce fut très rapide.

« Je vous l’ai dit, monsieur Weaver. Je viens pour des déclarations sous serment au sujet d’Alvin, le fils du meunier.

— Pour faire connaître son vrai caractère aux résidents d’Hatrack River, je m’rappelle. Mais vous voyez, durant les huit années écoulées, Alvin en a passé sept à Hatrack et seulement une chez nous autres à Vigor Church. On l’a connu tout drôle, pour sûr, mais moi, j’dirais qu’ces derniers temps, c’est les genses d’Hatrack River qui l’connaissent le mieux. Alors, si j’comprends bien, vous venez icitte pour glaner une image d’Alvin que les genses d’Hatrack connaissent pas. Et la seule raison pour ça, c’est par rapport que vous avez b’soin d’changer leur opinion sus lui. Et comme j’connais d’source sûre qu’on respecte Alvin à Hatrack, vous êtes forcément icitte pour déterrer des calomnies sus l’gamin et y causer du tort. J’ai pas raison ? L’ami ? »

Le sourire engageant de l’avocat disparut tout soudain : Armure n’avait pas besoin d’autre confirmation. « Loin de moi l’idée de m’intéresser aux ragots, monsieur Weaver. Je viens chez vous sans parti pris.

— Sans parti pris, mais avec du boniment. Vous racontez qu’vous défendez les genses, comme ça ils s’imaginent qu’vous êtes du bord d’Alvin, qu’on vous a pas engagé pour démolir autant qu’possible la bonne opinion que l’monde a d’lui. Alors m’est avis, asteure qu’vous êtes icitte, qu’les amis d’Alvin feraient mieux de trouver quèqu’un d’autre pour chercher après des déclarations sous serment en sa faveur, vu qu’vous s’rez content seul’ment quand vous aurez déniqué des menteries. »

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