Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Ne parlez pas ainsi ! répondit-elle. Chaque jour qui passera d’ici à votre retour me sera une année. » Mais, ce disant, ses yeux se posèrent sur Aragorn qui se tenait tout près.
« Le roi reviendra, dit-il. N’ayez crainte ! C’est à l’est, et non à l’ouest, que nous attend notre destin. »
Le roi emprunta alors l’escalier avec Gandalf à ses côtés. Les autres suivirent. Comme ils descendaient vers les murs, Aragorn se retourna. Éowyn se tenait seule devant les portes de la maison, au haut de l’escalier : l’épée tenait debout devant elle, et ses mains reposaient sur la poignée. À présent vêtue de mailles, elle brillait comme l’argent au soleil.
Gimli marchait en compagnie de Legolas, sa hache posée sur son épaule. « Voilà que nous partons enfin ! dit-il. Les Hommes ont bien des choses à dire avant de passer aux actes. Ma hache s’impatiente entre mes mains. Mais je suis sûr qu’ils ont la main redoutable, ces Rohirrim, le moment venu. Reste que cette forme de guerre ne me convient pas. Comment vais-je me présenter au combat ? Je voudrais pouvoir marcher, au lieu d’être ballotté comme un sac accroché aux arçons de Gandalf. »
« Cette place est plus sûre que bien d’autres, m’est avis, dit Legolas. Mais Gandalf te déposera volontiers quand les coups viendront, ou Scadufax s’en chargera. Un cavalier ne saurait s’armer d’une hache. »
« Et un Nain ne saurait aller à cheval. Je veux faire sauter des têtes d’Orques, non raser des crânes d’Hommes », dit Gimli, tapotant le manche de sa hache.
Ils trouvèrent à la porte un grand rassemblement d’hommes, jeunes et vieux, armés et en selle. Ils étaient plus d’un millier, leurs lances telle une forêt surgie de terre. De hauts cris de joie s’élevèrent dans la foule quand Théoden arriva. Quelques hommes gardaient sa monture, Snawmana, Crins-de-Neige ; tandis que d’autres amenaient les chevaux d’Aragorn et de Legolas. Gimli, les sourcils froncés, ne semblait pas à l’aise ; mais Éomer vint le trouver, menant son cheval par la bride.
« Salut, Gimli fils de Glóin ! cria-t-il. Je n’ai pas eu le temps d’apprendre la manière gracieuse sous votre férule, comme vous me l’aviez promis. Mais ne devrions-nous pas mettre notre querelle de côté ? À tout le moins, je ne dirai plus aucun mal de la Dame du Bois. »
« Je vais oublier ma colère pour un temps, Éomer fils d’Éomund, dit Gimli ; mais si jamais il vous est donné de voir la dame Galadriel de vos yeux, alors vous la reconnaîtrez comme la plus belle des dames, ou ce sera la fin de notre amitié. »
« Soit ! dit Éomer. Mais d’ici là, pardonnez-moi, et en gage de pardon, chevauchez avec moi, je vous prie. Gandalf ira en tête avec le Seigneur de la Marche ; mais mon cheval Fyrfot, Pied-de-Feu, nous portera tous deux, si vous le voulez bien. »
« Je vous remercie infiniment, dit Gimli, très content. Il me fera plaisir de monter avec vous, si Legolas, mon camarade, peut chevaucher à nos côtés. »
« Il en sera ainsi, dit Éomer. Legolas sur ma gauche, Aragorn sur ma droite, et nul n’osera nous faire front ! »
« Où est Scadufax ? demanda Gandalf.
« Il court librement sur la plaine, répondirent-ils. Personne ne peut l’approcher. Le voilà qui s’élance : là en bas, près du gué, comme une ombre parmi les saules. »
Gandalf siffla et appela l’animal par son nom. Celui-ci hennit au loin, rejetant la tête en arrière, puis fit volte-face et fila comme une flèche en direction de l’ost.
« Le souffle du Vent d’Ouest prendrait-il un corps visible qu’il n’apparaîtrait pas autrement », dit Éomer alors que le cheval accourait ; et bientôt il se tint devant le magicien.
« C’est comme si le cadeau était déjà fait, dit Théoden. Mais écoutez tous ! Je nomme ici mon invité, Gandalf Grismantel, le plus sage des conseillers, le plus bienvenu des vagabonds, un seigneur de la Marche, un chef des Eorlingas tant que dureront les nôtres ; et je lui donne Scadufax, prince des chevaux. »
« Je vous en remercie, Théoden Roi », dit Gandalf. Puis soudain, il se défit de son vieux chapeau, rejeta sa cape grise en arrière et monta en selle d’un seul bond. Il ne portait ni casque ni mailles. Sa chevelure neigeuse volait librement au vent, sa robe blanche luisait d’un éclat aveuglant sous le soleil.
« Voyez le Cavalier Blanc ! » s’écria Aragorn, et tous reprirent ses mots.
« Notre Roi et le Cavalier Blanc ! crièrent-ils. Forth Eorlingas ! »
Les trompettes retentirent. Les chevaux hennirent et se cabrèrent. La lance sonna sur l’écu. Alors le roi leva une main et, d’un irrésistible élan, comme un soudain assaut du vent, le dernier ost du Rohan partit vers l’ouest dans un tonnerre de sabots.
Éowyn vit leurs lances miroiter au loin sur la plaine, debout, seule, aux portes de la maison silencieuse.
7La Gorge de Helm
Tandis qu’ils quittaient Edoras, le soleil passait déjà à l’ouest et sa lumière les aveuglait, muant les prés ondoyants du Rohan en une brume dorée. Un chemin battu longeait les contreforts des Montagnes Blanches en direction du nord-ouest, et ils le suivirent à travers un pays verdoyant et vallonné, traversant maints rapides cours d’eau par de nombreux passages à gué. Loin en avant et sur leur droite se dressaient les Montagnes de Brume – toujours plus sombres et plus hautes au fur et à mesure que les milles passaient. Le soleil baissa lentement devant eux. Derrière, le soir les rejoignait.
Ils poursuivirent leur cavalcade. La nécessité les pressait. Craignant d’arriver trop tard, ils chevauchaient avec toute la hâte possible et s’arrêtaient rarement. Les coursiers du Rohan étaient rapides, et d’une grande endurance, mais il y avait de nombreuses lieues à parcourir. Il fallait en compter au moins quarante à vol d’oiseau entre Edoras et les gués de l’Isen, où ils espéraient trouver les hommes du roi chargés de contenir les armées de Saruman.
L’obscurité les enveloppa. Enfin, ils s’arrêtèrent pour la nuit. Ils étaient loin sur la plaine de l’ouest, ayant chevauché cinq heures durant ; mais ils n’étaient pas encore à la moitié du voyage. Sous le ciel étoilé et la lune croissante, ils établirent leur bivouac, formant un grand cercle. Ils s’abstinrent d’allumer des feux, car ils étaient encore incertains de la tournure des affrontements ; mais ils postèrent des gardes à cheval, disposés en anneau autour du campement, et des éclaireurs s’en furent au loin, se coulant comme des ombres entre les plis du terrain. La lente obscurité passa sans qu’aucune nouvelle ou alarme ne leur parvienne. À l’aube, les cors retentirent, et en l’espace d’une heure, ils avaient repris la route.
Les nuages demeuraient absents, mais on sentait dans l’air une pesanteur : il faisait chaud pour la saison. Le soleil émergea d’un lit de brume, et une masse sombre se leva derrière lui et le suivit lentement dans le ciel, comme un grand orage surgissant de l’Est. Et loin au nord-ouest, on eût dit que d’autres ténèbres s’étendaient au pied des Montagnes de Brume, une ombre se glissant petit à petit hors du Val du Magicien.
Gandalf ralentit l’allure et se trouva bientôt à la hauteur de Legolas chevauchant auprès d’Éomer. « Vous avez les yeux perçants du beau peuple, Legolas, dit-il ; et je sais qu’ils distinguent les moineaux des pinsons à une lieue de distance. Alors dites-moi, voyez-vous quelque chose là-bas au loin, vers Isengard ? »
« De nombreux milles nous en séparent, dit Legolas, se tournant dans cette direction et s’abritant les yeux de sa longue main. Je vois une noirceur. Des formes s’y déplacent, de grandes formes lointaines, au bord de la rivière ; mais je ne puis dire ce qu’elles sont. Ce ne sont ni les brumes ni les nuages qui confondent mes yeux : un voile d’ombre s’étend sur le pays, issu de quelque pouvoir, et il s’avance lentement le long de la rivière. C’est comme si la pénombre d’une vaste forêt était descendue des collines. »