Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [- Tome 2 - Les deux tours]». Краткое содержание книги:
« Et il vient derrière nous un véritable orage du Mordor, dit Gandalf. La nuit sera noire. »
Au deuxième jour de leur chevauchée, la pesanteur de l’air s’accentua. Dans l’après-midi, les nuages noirs finirent par les rattraper : une voûte sombre, bordée d’immenses tourbillons et striée d’une lumière aveuglante. Le soleil descendit, rouge sang, dans une brume fumante. Une flamme luisait au bout des lances des Cavaliers, tandis que les derniers rayons embrasaient la face abrupte des cimes du Thrihyrne : elles se dressaient, à présent très proches, sur le bras septentrional des Montagnes Blanches, trois cornes dentelées contemplant le couchant. Dans le dernier rougeoiement, les hommes à l’avant-garde virent se dessiner un point noir, un cavalier qui revenait vers eux. Ils attendirent son arrivée.
Il arriva, guerrier fatigué au casque cabossé et au bouclier fendu. Il mit lentement pied à terre et se tint là un moment, reprenant son souffle. Puis il parla. « Éomer est-il parmi vous ? demanda-t-il. Vous arrivez enfin, mais trop tard, et en force insuffisante. Les choses ont mal tourné depuis que Théodred est tombé. Hier, nous avons été repoussés derrière l’Isen avec de grandes pertes : beaucoup ont péri dans la traversée des gués. Puis, à la nuit tombée, des forces fraîches ont franchi la rivière jusqu’à notre campement. Tout Isengard doit être vidé ; et Saruman a armé les hommes sauvages des collines et les éleveurs de Dunlande, par-delà les rivières : eux aussi, il les a lâchés sur nous. Nous avons été submergés. Le mur de boucliers a été rompu. Erkenbrand de l’Ouestfolde s’est replié, avec tous ceux qu’il a pu rassembler, vers sa place forte de la Gorge de Helm. Les autres sont dispersés.
« Où est Éomer ? Dites-lui qu’il n’y a pas d’espoir devant nous. Il ferait mieux de retourner à Edoras avant que les loups d’Isengard ne l’assiègent. »
Théoden, resté en silence derrière ses gardes, caché à la vue de l’homme, pressa alors sa monture en avant. « Viens donc devant moi, Ceorl ! dit-il. Je suis ici. Le dernier ost des Eorlingas a pris le chemin de la guerre. Il ne rentrera pas sans avoir combattu. »
La joie et la surprise éclairèrent le visage de l’homme, qui se redressa. Puis il ploya le genou, offrant au roi sa lame ébréchée. « Commandez-moi, sire ! s’écria-t-il. Et pardonnez-moi ! Je vous croyais… »
« Tu me croyais encore à Meduseld, courbé comme un vieil arbre sous la neige hivernale. Il en était ainsi quand tu es parti en guerre. Mais un vent d’ouest a secoué les branches, dit Théoden. Que cet homme reçoive un cheval frais ! Nous allons au secours d’Erkenbrand ! »
Tandis que le roi parlait, Gandalf amena son cheval un peu à l’écart et se tint seul, tournant les yeux au nord vers Isengard et à l’ouest vers le soleil couchant. À présent, il rejoignit les autres.
« Partez, Théoden ! À la Gorge de Helm ! N’allez pas aux Gués de l’Isen, et ne vous attardez pas dans la plaine ! Je dois vous quitter pour quelque temps. Scadufax doit m’emmener vers une urgente mission. » Se tournant vers Aragorn et Éomer, et ceux de la maison du roi, il cria d’une voix forte : « Gardez bien le Seigneur de la Marche jusqu’à mon retour. Attendez-moi à la Porte de Helm ! Adieu ! »
Il souffla un mot à Scadufax, et le grand cheval s’élança comme une flèche partant de l’arc. Il disparut sous leurs yeux, éclair d’argent dans le couchant, souffle de vent sur l’herbe, ombre fuyant hors de vue. Snawmana s’ébroua et se cabra, avide de le suivre ; mais seul un oiseau en vol eût pu le rattraper.
« Qu’est-ce que cela signifie ? » demanda l’un des gardes à Háma.
« Que Gandalf Grismantel a grand’hâte, répondit Háma. Toujours il va et vient à l’improviste. »
« Langue de Serpent, s’il était ici, n’aurait pas de mal à l’expliquer », dit l’autre.
« C’est juste, dit Háma ; mais pour ma part, j’attendrai le retour de Gandalf. »
« Vous pourriez attendre longtemps », dit l’autre.
Ils quittèrent alors la route des Gués de l’Isen et se dirigèrent vers le sud, poursuivant leur chevauchée malgré la nuit tombante. Les collines se rapprochaient, mais les hautes cimes du Thrihyrne s’effaçaient déjà devant le ciel crépusculaire. À quelques milles encore, sur le versant éloigné du Val de l’Ouestfolde, une grande échancrure des montagnes, se trouvait une combe verdoyante au fond de laquelle s’ouvrait une fissure dans les collines. Les hommes de ce pays l’appelaient Gorge de Helm, du nom d’un ancien héros de guerre qui y avait trouvé refuge. Elle s’enfonçait, toujours plus abrupte et étroite, dans la face nord de la montagne à l’ombre du Thrihyrne, si bien que ses escarpements s’élevaient de part et d’autre comme d’imposantes tours hantées par les corbeaux, et bloquant toute lumière.
À la Porte de Helm, devant l’ouverture de la Gorge, il y avait une saillie rocheuse projetée par l’escarpement nord. Au sommet de cet éperon se dressaient de hautes murailles de pierre ancienne, au milieu desquelles pointait une grande tour. Les Hommes racontaient qu’à l’époque reculée de la gloire du Gondor, les rois de la mer avaient fait bâtir cette place forte de la main de géants. On l’appelait la Ferté-au-Cor, car si quelqu’un sonnait de la trompe du haut de la tour, les échos se répercutaient dans la Gorge en arrière, comme si des armées oubliées se portaient à l’assaut, sortant des grottes sous les collines. De même, les hommes d’autrefois avaient construit un mur qui s’étendait de la Ferté-au-Cor jusqu’à l’escarpement sud, fermant ainsi l’entrée de la Gorge. Sous ce mur s’écoulait, par un large conduit, la Rivière de la Gorge. Elle contournait le pied du Rocher-au-Cor, après quoi elle traversait, au fond d’une ravine, une vaste langue de terre verte qui descendait en pente douce de la Porte de Helm au Fossé de Helm. Elle se jetait alors dans la Combe de la Gorge, avant de déboucher dans le Val de l’Ouestfolde. C’est là, à la Ferté-au-Cor gardant la Porte de Helm, que vivait désormais Erkenbrand, maître de l’Ouestfolde aux frontières de la Marche. Et quand le spectre de la guerre avait commencé d’assombrir les jours, il avait, dans sa sagesse, réparé le mur et consolidé la place forte.
Les Cavaliers étaient encore dans la vallée basse, devant l’entrée de la Combe, lorsqu’ils entendirent des cris et des sonneries de cors provenant de leurs éclaireurs à l’avant. Des flèches sifflèrent, jaillissant des ténèbres. Un éclaireur revint à toute vitesse, annonçant que des chevaucheurs de loups parcouraient la vallée, et qu’une armée d’Orques et d’hommes sauvages était descendue en hâte des Gués de l’Isen et semblait se diriger vers la Gorge de Helm.
« Nous avons trouvé bon nombre des nôtres gisant au sol, abattus alors qu’ils tentaient de fuir de ce côté, dit l’éclaireur. Et nous avons rencontré des compagnies isolées courant çà et là, sans chef. Nul ne semble savoir ce que devient Erkenbrand. Tout porte à croire qu’il sera rejoint avant d’avoir pu gagner la Porte de Helm, s’il n’a pas déjà péri. »
« A-t-on vu quelque signe de Gandalf ? » demanda Théoden.
« Oui, sire. Beaucoup ont aperçu un vieillard tout en blanc monté sur un cheval, sillonnant les plaines comme le vent dans l’herbe. Certains ont cru que c’était Saruman. On dit qu’il est parti vers Isengard avant la nuit. D’aucuns disent aussi que Langue de Serpent a été vu plus tôt, fuyant vers le nord au sein d’une compagnie d’Orques. »
« Langue de Serpent risque d’avoir des ennuis si Gandalf le trouve sur son chemin, dit Théoden. Quant à moi, j’ai perdu mes deux conseillers, l’ancien et le nouveau. Mais devant la nécessité qui nous presse, le plus sage est de continuer jusqu’à la Porte de Helm comme l’a prescrit Gandalf, quand bien même Erkenbrand n’y serait pas. Connaît-on la taille de l’armée qui vient du Nord ? »