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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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Le galant chevalier, qui était le sergent de Centurion et comme tel commandait en son absence, comprit le danger. Il eut à son tour une inspiration, et la lâchant aussitôt, il dit en faisant des grâces qu’il croyait irrésistibles:

– Loin de moi la pensée de violenter l’incomparable Giralda, la perle de l’Andalousie. Mais, señorita, aussi vrai que je suis gentilhomme et que don Gaspa Barrigon est mon nom, vous iriez au devant d’une mort aussi certaine qu’inutile en courant par là. Voyez plutôt vous-même. Montez sur cet escabeau. Voyez-vous les partisans du Torero qui l’enlèvent au nez et à la barbe des soldats chargés de l’arrêter? Voyez l’officier qui s’arrache la moustache de désespoir!

– Sauvé! s’écria la Giralda, qui avait obéi machinalement à don Gaspar Barrigon, puisque tel était son nom.

Et sautant lestement à terre, elle ajouta:

– Il faut que je le rejoigne à l’instant.

– Venez, señorita, s’empressa de dire Barrigon; sans moi vous ne passerez jamais à travers cette multitude. Et croyez-moi, ne perdons pas une seconde. Dans un instant un ouragan de balles va s’abattre ici, et je puis vous assurer qu’il fera chaud.

La Giralda eut un geste d’impatience à l’adresse de l’importun. Mais voyant ses efforts se briser devant l’impassibilité des compagnons qui l’entouraient et qui ne bougeaient – pour cause – elle eut un geste de déception douloureuse.

– Suivez-moi, demoiselle, insista don Gaspar. Je vous jure que vous n’avez rien à craindre de moi. Je suis un admirateur passionné du Torero et suis trop heureux de prêter l’appui de mon bras à celle qu’il aime.

Il paraissait sincère devant les bourrades qu’il ne ménageait pas à ses hommes; ceux-ci se hâtaient de lui livrer passage. La jeune fille n’en chercha pas plus long. Elle suivit celui qui lui permettait de se rapprocher de son fiancé.

Quelques instants plus tard, elle était hors de la foule, dans une des petites rues qui bordaient la place. Sans songer à remercier celui qui lui avait frayé son chemin et dont l’aspect rébarbatif ne lui disait rien, elle voulut s’élancer.

Alors, elle se vit entourée d’une vingtaine d’estafiers qui, loin de lui faire place, se serrèrent autour d’elle. Alors elle voulut crier, appeler à l’aide; mais sa voix fut couverte par le bruit de l’arquebusade qui éclata comme un tonnerre à cet instant précis.

Avant d’avoir pu se ressaisir, elle était saisie, enlevée, jetée sur l’encolure d’un cheval, deux poignes vigoureuses la happaient, paralysaient toute résistance, la maintenaient immobile, tandis que la voix railleuse du cavalier murmurait:

– Inutile de résister, ma douce colombe. Cette fois-ci, je te tiens bien, et tu ne m’échapperas pas.

Elle leva son œil où se lisait une détresse qui eût apitoyé tout autre et considéra celui qui lui parlait sur ce ton à la fois grossier et menaçant, et, elle reconnut Centurion. Elle se sentit perdue. D’autant mieux qu’autour d’elle, elle ne voyait que ces cavaliers à mine patibulaire qui l’avaient si galamment poussée au premier rang de la foule, ces mêmes cavaliers qui l’avaient ensuite escortée jusque-là et qui, maintenant, riant haut, avec d’ignobles plaisanteries à son adresse, enfourchaient les chevaux que des acolytes gardaient dans ce coin de rue en prévision de l’événement qui se produisait.

Le guet-apens, soigneusement ourdi, adroitement exécuté, lui apparut dans toute son horreur, et elle se demanda, trop tard, hélas! comment elle avait pu être aveugle au point de n’avoir eu aucun soupçon à la vue de ces mufles de fauves qui suaient le crime.

Il est vrai que toute à la joie du triomphe escompté de son bien-aimé César, elle n’avait pas même songé à les regarder à ce moment-là, et Dieu sait si elle regrettait maintenant.

Alors, comme un pauvre petit oiseau blessé qui replie ses ailes et s’abandonne en tremblant à la main cruelle qui s’abat sur lui, frissonnante d’horreur et d’effroi, elle ferma les yeux et s’évanouit.

La voyant immobile et pâle, les bras ballants, comme un corps sans vie, le familier comprit et, cynique et satisfait, il gouailla:

– La tourterelle est pâmée. Tant mieux! Voilà qui simplifie ma besogne.

Et d’une voix de commandement, à ses hommes:

– En route, vous autres!

Il se plaça, avec son précieux fardeau, au centre du peloton, qui s’ébranla et partit à toute bride.

XII L’ÉPÉE DE PARDAILLAN

Nous avons raconté, en temps et lieu, comment Bussi-Leclerc avait échoué dans sa tentative d’assassinat sur la personne du chevalier de Pardaillan. Nous avons expliqué à la suite de quels combats et quels déchirements intérieurs Bussi, qui était brave, s’était abaissé à cette besogne que lui-même, dans sa conscience, stigmatisait avec une violence de langage qu’il n’eût, certes, pas tolérée chez un autre.

Bussi-Leclerc, voyant Pardaillan, l’épée à la main, s’avancer menaçant sur lui, avait cru qu’il allait être encore une fois désarmé, et dans un geste de folie, il avait jeté son épée loin de lui, pour s’éviter cette humiliation, qui avait le don de lui faire perdre la tête.

Fuyant la voix, plus attristée qu’indignée du chevalier qui lui disait, suprême honte: «Je vous fais grâce!» Bussi-Leclerc était rentré chez lui en courant et s’était enfermé à double tour, comme s’il eût craint qu’on ne devinât son déshonneur, rien qu’en le voyant.

Car le spadassin qui avait fait triompher tout ce qui, dans Paris, savait manier une épée, s’était sincèrement cru déshonoré le jour où Pardaillan lui avait, comme en se jouant, fait sauter des mains son épée, jusqu’à ce jour invincible.

Après avoir vainement essayé de reprendre sa revanche en désarmant à son tour celui pour qui il sentait la haine gronder en lui, il en était venu à se dire que sa mort, à lui Bussi, ou celle de son ennemi pouvait seule laver son déshonneur. Et par une subtilité au moins bizarre, ne pouvant l’atteindre en combat loyal, il s’était résigné à l’assassinat.

On a vu comment l’aventure s’était terminée. Bussi-Leclerc écumant, pleurant des larmes de honte et de rage impuissante, Bussi-Leclerc tournant comme un fauve en cage à grands pas furieux dans la solitude de la chambre où il s’était enfermé, n’était pas encore revenu de la stupéfiante mésaventure dont il avait été le triste héros.

Toute la nuit, cette nuit que Pardaillan passait dans les souterrains de la maison des Cyprès, toute cette nuit, Bussi la passa à tourner et retourner comme un ours dans sa chambre, à ramasser sans trêve son humiliante aventure, à se gratifier soi-même des injures les plus violentes et les plus variées.

Lorsque le jour se leva il avait enfin pris une résolution qu’il traduisit à haute voix en grognant d’une voix qui n’avait plus rien d’humain:

– Par le ventre de ma mère! puisque le maudit Pardaillan, protégé par tous les suppôts d’enfer, d’où il est certainement issu, est insaisissable et invincible, puisque moi, Bussi-Leclerc, je suis et resterai, tant qu’il vivra, déshonoré, à telle enseigne que je n’aurais pas le front de me montrer dans la rue, puisqu’il en est ainsi et non autrement et que je n’y puis rien, il ne me reste plus qu’un moyen de laver mon honneur: c’est de mourir moi-même. Et puisque l’infernal Pardaillan me fait grâce, comme il dit, je n’ai plus qu’à me tuer moi-même. Ainsi ne pourra-t-on plus se gausser de moi.

Ayant pris cette suprême résolution, il retrouva tout son calme et son sang-froid. Il trempa son front brûlant dans l’eau fraîche, et, très résolu, très maître de lui, il se mit à écrire une sorte de testament dans lequel, après avoir disposé de ses biens en faveur de quelques amis, il expliquait son suicide de la manière qui lui parût la plus propre à réhabiliter sa mémoire.

La rédaction de ce factum l’amena sans qu’il s’en aperçût jusque vers une heure de l’après-midi.

Ayant ainsi réglé ses affaires, sûr de n’avoir rien oublié, Bussi-Leclerc choisit dans sa collection une épée qui lui parut la meilleure, plaça la garde par terre, contre le mur, appuya la pointe sur la poitrine, à la place du cœur, et prit son élan pour s’enferrer convenablement.

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