Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Et au même instant, tel un cyclone foudroyant, la ruée en masse sur les barrières brisées, arrachées, éparpillées, la prise de contact immédiate avec les troupes impassibles.
Un vieil officier, commandant une partie des troupes royales, eut un éclair de pitié devant la lutte inégale qui s’apprêtait.
– Que personne ne bouge, cria-t-il d’une voix tonnante, ou je fais feu!
Une voix résolue, devant l’inappréciable instant d’hésitation de la foule, cria, en réponse:
– Faites! Et après vous n’aurez pas le temps de recharger vos arquebuses!
Une autre voix entraînante hurla:
– En avant!
Et ils allèrent de l’avant.
Et le vieil officier mit à exécution sa menace.
Une décharge effroyable, qui fit trembler les vitres dans leurs chasses de plomb, faucha les premiers rangs, les coucha sanglants ainsi qu’une gerbe de coquelicots rouges.
Dans ces secondes de cauchemar effrayant, les plus froids, les plus méthodiques, perdent souvent le sens de l’à-propos. Et c’est fort heureux en somme, car un oubli de leur part évite parfois que la catastrophe ne prenne les proportions d’un désastre irréparable.
Si les officiers qui commandaient là avaient pris la précaution élémentaire d’échelonner le feu, leurs troupes ayant le temps de recharger les arquebuses – opération assez longue – pendant que d’autres auraient fait feu, le massacre eût tourné aussitôt à la boucherie, et étant donné surtout les rangs serrés de la foule qui n’avait que des poitrines et non des cuirasses à opposer aux balles.
Les officiers ne songèrent pas à cela. Ou s’ils y songèrent, les soldats ne comprirent pas et n’exécutèrent pas l’ordre. La décharge fut générale sur toute la ligne. Et ce que la voix inconnue avait prédit se réalisa: ayant déchargé leurs arquebuses, les soldats durent recevoir le choc à l’arme blanche.
La partie devenait presque égale en ce sens que si les soldats casqués et cuirassés de buffle ou d’acier offraient moins de prise aux coups de leurs adversaires, ceux-ci avaient sur eux la supériorité du nombre.
Et le corps à corps se produisit, opiniâtre et acharné de part et d’autre.
Pendant ce temps, le Torero était entraîné par ses partisans, entraîné malgré ses protestations, ses objurgations, ses menaces, malgré sa défense désespérée.
Ils étaient cinquante qui l’avaient entouré et enlevé. En moins d’une minute, ils furent cinq cents. De tous les côtés il en surgissait.
C’est que, en effet, soustraire le roi Carlos – comme ils disaient – aux vingt soldats chargés de l’appréhender n’était rien. Il fallait passer sur le ventre des gentilshommes, qui ne manqueraient pas de leur barrer la route.
Fausta éclairée par le duc de Castrana, qui connaissait admirablement le champ de bataille sur lequel il devait évoluer, Fausta avait minutieusement et merveilleusement organisé l’enlèvement. Car c’était, en somme, un véritable enlèvement qui se pratiquait là.
L’itinéraire à suivre était tracé d’avance. Il devait être, et il était en effet, rigoureusement suivi.
Il s’agissait d’entraîner le Torero, non pas vers une sortie où l’on se fût heurté à des troupes de gentilshommes et de soldats, mais vers les coulisses de l’arène. Ces coulisses se trouvaient, nous l’avons dit, dans l’enceinte même de la plaza, c’est-à-dire sur la place même.
D’Espinoza, qui calculait tout, ne pouvait pas prévoir que le Torero serait entraîné là, puisqu’il n’y avait pas de sortie. Toutes les rues étaient barrées par ses soldats. Il avait donc négligé d’occuper ces coulisses. C’était précisément sur quoi comptait Fausta.
Ces coulisses, elle les avait occupées, elle. Partout des groupes d’hommes à elle étaient postés. On se passa le Torero de main en main jusqu’à ce qu’il fût amené devant une maison qui appartenait à l’un des conjurés.
Malgré lui, on le porta dans cette maison, et sans savoir comment, il se trouva dehors, dans une rue étroite, derrière des troupes nombreuses qui gardaient cette rue, avec mission d’empêcher de passer quiconque tenterait de sortir de la place.
Comme toujours en pareille circonstance, les soldats gardaient scrupuleusement ce qui était devant eux et ne s’occupaient pas de ce qui se passait sur leurs derrières.
L’obstacle franchi, de nouveaux postes appartenant à Fausta se trouvaient échelonnés de distance en distance, dans des abris sûrs, et le Torero, écumant, fut conduit ainsi en un clin d’œil hors de la ville et enfermé, pour plus de sûreté, dans une chambre qui prenait toutes les apparences d’une prison.
Pourquoi le Torero s’était-il efforcé d’échapper aux mains de ceux qui le sauvaient ainsi malgré lui et malgré sa résistance désespérée?
C’est qu’il pensait à la Giralda.
Dans la prodigieuse aventure qui lui arrivait, il n’avait songé qu’à elle. Tout le reste n’avait pour ainsi dire pas existé pour lui. Et en se débattant entre les mains de ceux qui l’entraînaient, dans son esprit exaspéré, cette clameur retentissait sans cesse:
– Que va-t-elle devenir? Dans l’effroyable bagarre que je pressens, quel sort sera le sien?
Ce qui était arrivé à la Giralda, nous allons le dire en peu de mots:
Lorsque les troupes royales s’étaient massées devant la foule, qu’elles tenaient sous la menace de leurs arquebuses, la Giralda, au premier rang, se trouvait une des plus exposées, et, à moins d’un hasard providentiel, elle devait infailliblement tomber à la première décharge.
Très étonnée, mais non effrayée, parce qu’elle ne soupçonnait pas la gravité des événements, elle s’était dressée instinctivement en s’écriant:
– Que se passe-t-il donc?
Un des galants cavaliers, qui l’avaient poussée à cette place privilégiée, répondit, obéissant à des instructions préalables:
– On veut arrêter le Torero. C’est une opération qui rencontrera quelques difficultés, car ils sont là des milliers d’admirateurs résolus à l’entraver de leur mieux. Notre sire le roi, qui prévoit tout, a pris des mesures en conséquence. Si vous voulez m’en croire, demoiselle, vous ne resterez pas un instant de plus ici. Il va pleuvoir des horions dont beaucoup seront mortels.
De tout ceci, la Giralda n’avait retenu qu’une chose: on voulait arrêter le Torero.
– Arrêter César! s’écria-t-elle. Pourquoi? Quel crime a-t-il commis?
Et n’écoutant que son cœur amoureux, sans réfléchir, elle avait voulu s’élancer, courir au secours de l’aimé, lui faire un rempart de son corps, partager son sort quel qu’il fût.
Mais tous ceux qui l’environnaient, y compris les deux soldats en sentinelle à cet endroit, étaient placés là uniquement à son intention à elle.
Tous ces hommes étaient les acolytes de Centurion, renforcés pour la circonstance. Leur besogne leur avait été clairement expliquée et ils savaient par conséquent ce qu’ils avaient à dire et à faire pour la mener bien.
La Giralda ne put même pas faire un pas. D’une part les deux soldats se jetèrent en même temps devant elle pour lui barrer le chemin; d’autre part, le même cavalier empressé la saisit au poignet d’une main robuste et l’immobilisa sans peine. En même temps, pour expliquer et excuser la cruauté de son geste, le cavalier disait, sur un ton qu’il s’efforçait de rendre courtois:
– Ne bougez pas, demoiselle. Vous vous perdriez inutilement.
– Laissez-moi! cria la Giralda en se débattant.
Et prise d’une inspiration soudaine, elle se mit à crier de toutes ses forces:
– À moi! On violente la Giralda… la fiancée du Torero!
Cet appel ne faisait pas l’affaire des sacripants qui avaient mission de l’enlever. La Giralda, criant son nom, aussi populaire que celui du Torero, la Giralda, se réclamant de son titre de fiancée en semblable occurrence, avait des chances d’ameuter la foule contre les hommes de Centurion, qui n’étaient pas précisément en odeur de sainteté aux yeux du populaire.