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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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Au moment précis où il allait accomplir l’irréparable geste, on frappa violemment à sa porte.

Bussi-Leclerc était bien résolu à en finir. Néanmoins, la surprise l’empêcha d’achever le geste mortel.

– Qui diable vient chez moi? grommela-t-il avec rage. Par Dieu! j’y suis. C’est l’un quelconque des trois mignons que j’ai placés chez Fausta. Peut-être tous les trois. Ils ont été témoins de ma mésaventure, et sans doute ils viennent s’apitoyer hypocritement sur mon sort. Serviteur, messieurs, je n’ouvre pas.

Comme si elle avait entendu, la personne qui frappait cria à travers la porte:

– Ho! monsieur de Bussi-Leclerc! Vous êtes là, pourtant? Ouvrez, que diantre! De la part de la princesse Fausta!

– Tiens! pensa Bussi, ce n’est pas la voix de Montsery, ni celle de Chalabre, ni celle de Sainte-Maline.

Et tout rêveur, mais sans bouger encore:

– Fausta!…

L’inconnu se mit à tambouriner la porte et à faire un vacarme étourdissant en criant à tue-tête:

– Ouvrez, monsieur! Affaire de toute urgence et de première importance.

– Au fait, songea Bussi, qu’est-ce que je risque? Ce braillard expédié à la douce, je pourrai toujours achever tranquillement ce qu’il vient d’interrompre. Voyons ce que nous veut Fausta.

Et il alla ouvrir. Et Centurion entra.

Que venait faire là Centurion? Quelle proposition fit-il à Bussi-Leclerc? Que fut-il convenu entre eux? C’est ce que nous apprendrons sans doute par la suite.

Il faut bien croire cependant que ce que l’ancien bachelier dit au spadassin était de nature à changer ses résolutions, puisque nous retrouvons, le lendemain, Bussi-Leclerc à la corrida royale.

Nous devons cependant dire tout de suite que les propositions ou les conseils de Centurion devaient être particulièrement louches, puisque Bussi-Leclerc, qui avait glissé jusqu’à l’assassinat, commença par se fâcher tout rouge, allant jusqu’à menacer Centurion de le jeter par la fenêtre pour le châtier de l’audace qu’il avait de lui faire des propositions qu’il jugeait injurieuses et indignes d’un gentilhomme.

Il faut croire que le familier factotum de Fausta sut trouver les mots qui convainquent, ou que la haine aveuglait l’ancien gouverneur de la Bastille au point de lui faire accepter les pires infamies, car après s’être indigné, après avoir menacé, après s’être gratifié soi-même des plus sanglantes injures, ils finirent par se quitter bons amis et Bussi-Leclerc ne se suicida pas.

Donc, sans doute comme suite à l’entretien mystérieux que nous venons de signaler, nous retrouvons Bussi-Leclerc, dans le couloir circulaire de la plaza, semblant guetter Pardaillan, à la tête d’une compagnie de soldats espagnols, comme l’avait fort bien remarqué le chevalier.

Lorsque la barrière tomba sous la poussée des hommes à la solde de Fausta, Pardaillan, sans hâte inutile, puisque le danger ne lui paraissait pas immédiat, se disposa à les suivre, tout en surveillant l’ancien maître d’armes du coin de l’œil.

Bussi-Leclerc, voyant que Pardaillan se disposait à entrer dans la piste, fit rapidement quelques pas à sa rencontre, dans l’intention manifeste de lui barrer la route.

Il faut dire qu’il était suivi pas à pas par les soldats qui semblaient se guider sur lui, comme s’il eût été réellement leur chef.

En toute autre circonstance et en présence de tout autre, Pardaillan eût probablement continué son chemin sans hésitation, d’autant plus que les forces qui se présentaient à lui étaient assez considérables pour conseiller la prudence, même à Pardaillan.

Mais, en l’occurrence, il se trouvait en présence d’un homme qui le haïssait de haine mortelle, bien que lui-même n’éprouvât aucun sentiment semblable à son égard.

Il se trouvait en présence d’un ennemi à qui il avait infligé plusieurs défaites qu’il savait être très douloureuses pour l’amour-propre du bretteur réputé.

Dans sa logique toute spéciale, Pardaillan estimait que cet ennemi avait, jusqu’à un certain point, le droit de chercher à prendre sa revanche et que lui, Pardaillan, n’avait pas le droit de lui refuser cette satisfaction.

Or, cet ennemi paraissait vouloir user de son droit puisqu’il lui criait d’un ton provocant:

– Hé! monsieur de Pardaillan, ne courez pas si fort. J’ai deux mots à vous dire.

Cela seul eût suffi à immobiliser le chevalier.

Mais il y avait une autre considération qui avait à elle seule plus d’importance encore que tout le reste: c’est que Bussi, manifestement animé de mauvaises intentions, se présentait à la tête d’une troupe d’une centaine de soldats. Se dérober dans de telles conditions lui apparaissait comme une fuite honteuse, comme une lâcheté – le mot était dans son esprit – dont il était incapable.

Ajoutons que, si bas que fût tombé Bussi-Leclerc dans l’esprit de Pardaillan, à la suite de son attentat de l’avant-veille, il avait la naïveté de le croire incapable d’une félonie.

Toutes ces raisons réunies firent qu’au lieu de suivre les défenseurs du Torero, comme il eût peut-être fait en un autre moment, il s’immobilisa aussitôt, et glacial, hérissé, d’autant plus furieux intérieurement que, du coin de l’œil, il remarquait qu’une autre compagnie, surgie soudain du couloir, se rangeait en ligne de bataille, de l’autre côté de la barrière, et sans se soucier de ce qui se passait autour d’elle, sur la piste, semblait n’avoir d’autre objectif que de le garder, lui, Pardaillan. Par cette manœuvre imprévue, il se trouvait pris entre deux troupes d’égale force.

Pardaillan eut l’intuition instantanée qu’il était tombé dans un traquenard d’où il ne lui semblait pas possible de se tirer, à moins d’un miracle.

Mais tout en se rendant compte de l’effroyable danger qu’il courait, tout en s’invectivant copieusement, selon son habitude, et en se traitant de fanfaron et de bravache, allant, dans sa fureur, jusqu’à s’adresser lui-même ce nom de Don Quichotte que lui prodiguait habituellement son ami M. de Cervantès, il se fût fait tuer sur place plutôt que de paraître reculer devant la provocation qu’il devinait imminente.

À l’appel de Bussi-Leclerc, d’une voix éclatante qui domina le tumulte déchaîné et fut entendue de tous, avec cette terrible froideur qui chez lui dénotait une puissante émotion, il répondit:

– Eh! mais… je ne me trompe pas! C’est M. Leclerc! Leclerc qui se prétend un maître en fait d’armes et qui est moins qu’un méchant prévôt… un écolier médiocre! Leclerc qui profite bravement de ce que Bussi d’Amboise est mort pour lui voler son nom et le déshonorer en l’accolant à celui de Leclerc. Outrecuidance qui lui vaudrait la bastonnade, bien méritée, que ne manquerait pas de lui faire infliger par ses laquais le vrai sire de Bussi, s’il était encore de ce monde.

En abordant Pardaillan dans des circonstances aussi anormales, après sa tentative d’assassinat si récente et sa honteuse fuite, Bussi-Leclerc s’attendait certes à être accueilli par une bordée d’injures comme on savait les prodiguer à une époque où tout se faisait avec une outrance sans bornes.

Comme il importait à la bonne exécution de la tâche qu’il s’était donnée de garder tout son sang-froid, il s’était bien promis d’écouter, sinon avec un calme réel, du moins avec une indifférence apparente, toutes les aménités de ce genre dont il plairait à son ennemi de le gratifier.

Tout de même, il ne s’attendait pas à être touché aussi profondément. Ce démon de Pardaillan, devant tous ces gentilshommes, ces officiers, ces soldats espagnols, qui, sans doute, riaient de lui sous cape, du premier coup le frappait cruellement dans ce qu’il y avait de plus sensible en lui: sa vanité de maître invincible, jusqu’à sa première rencontre avec Pardaillan, sa réputation de brave des braves, consacrée par ce nom de Bussi, généralement accepté, et qu’il avait fini par considérer comme le sien.

Fidèle à la promesse qu’il s’était faite à lui-même, il accueillit les paroles du chevalier avec un sourire qu’il croyait dédaigneux et qui n’était qu’une grimace. Il souriait, mais il était livide. Son amour-propre saignait à vif, et il se meurtrissait la poitrine de ses ongles pour s’obliger à garder une apparence de calme et de dédain.

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