La chambre de la Reine
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Государственные тайны #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
Terrifiée, Sylvie ferma les yeux un instant. Elle savait à quel point étaient intraitables sur le sujet les édits de Richelieu. Un duel avait conduit Montmorency-Bouteville jusqu'à l'échafaud. Le terrible Cardinal n'hésiterait pas un instant à y envoyer un petit-fils d'Henri IV. Qui sait même s'il n'y prendrait pas plaisir ?
- À quel propos, ce duel ?
Vendôme hésitait à répondre mais Sylvie, levant sur lui son regard limpide, ajoutait :
- Une... femme ?
- Oui. Mme de Montbazon dont vous ignorez peut-être qu'elle est sa maîtresse, lança-t-il avec brutalité. M. de Thouars en a médit devant mon fils qui ne l'a pas supporté, faisant en cela son devoir de gentilhomme et d'amant. Marie de Montbazon est folle de lui...
- Mais lui en aime une autre, compléta Sylvie. Ce qui est assez dans la nature des choses...
- Une autre ? Et qui donc ?
- Si vous ne le savez, vous devez vous en douter. J'en suis venue à penser que la belle duchesse de Montbazon n'était qu'un magnifique paravent. Et c'est justement cette autre qui aggraverait son cas si d'aventure les hommes du Cardinal mettaient la main sur lui. Où est-il ?
- Je ne vous le dirai pas et, pour l'instant, le duel est encore secret. Cependant, un courant d'air est toujours possible. Si Richelieu l'apprend, il enverra l'un de ses tourmenteurs, Laffemas ou Laubardemont, extorquer la vérité aux témoins ou aux serviteurs. Et ces misérables feraient avouer à saint Pierre qu'il a voulu violer la Sainte Vierge tant leurs méthodes sont abominables. Si Beaufort est pris, rien ne pourra le sauver... sauf peut-être vous ?
- Moi ? Mais que pourrais-je faire ?
Le duc César prit un temps, quitta sa position nonchalante et alla ouvrir une armoire où il saisit quelque chose.
- Vous êtes au mieux, m'a-t-on affirmé, avec le Cardinal ?
- C'est beaucoup dire. J'ai eu l'honneur d'aller chanter pour lui, à trois reprises, dans son palais. Je reconnais qu'il m'a traitée avec une certaine bonté...
- Donc il ne se méfie pas de vous ! C'est excellent !
- Je ne vois pas pourquoi ? demanda Sylvie en qui pointait une inquiétude. Elle n'aimait pas le sourire cruel avec lequel Vendôme considérait ce qu'il tenait au creux de sa main.
- Eh bien, je vais vous ouvrir les yeux et juger, par la même occasion, de la solidité de ce grand amour que vous dites éprouver : si François est arrêté, rien ne pourra le sauver sauf...
- Sauf?
- La mort de Richelieu. Si le danger devient extrême, vous vous arrangerez pour que la Robe rouge vous demande de venir endormir ses douleurs avec votre musique... et vous l'endormirez définitivement.
Cette fois, la gorge de Sylvie se sécha d'un seul coup.
- Quoi ? Vous voulez que je...
- Que vous l'empoisonniez... avec ça ! fit-il en mettant sous le nez de la jeune fille une petite fiole de verre très foncé, soigneusement fermée d'un bouchon à l'émeri. Cela ne devrait pas vous être difficile : j'ai appris qu'à chacune de vos visites, vous buviez un peu de vin d'Espagne et que vous en prépariez un verre pour votre hôte.
Décidément, il savait beaucoup de choses mais Sylvie, emportée par l'indignation, remit à plus tard de s'interroger sur celui, celle ou ceux qui le renseignaient.
- Moi ? Faire une chose pareille ? Verser la mort avec discrétion puis la tendre - avec un sourire, j'imagine ? - à qui me reçoit en confiance ? Pourquoi ne vous adressez-vous pas à un quelconque valet stipendié ? Il y en a une armée au Palais-Cardinal.
- Pour une raison bien simple : Richelieu fait goûter tout ce qu'il mange ou boit. D'ailleurs, c'est un office que vous remplissez sans même vous en rendre compte car vous devez boire avant lui, j'imagine.
- Oui, c'est vrai. Il ne boit jamais le premier. Est-il donc si méfiant ?
- Plus encore. Qu'il aime les chats est certain, mais s'il y en a une telle quantité dans ses demeures, ce n'est pas non plus sans raison. Prenez ce flacon !
- Non. Jamais je ne me prêterai à un acte aussi vil, aussi lâche. Si vous voulez la mort de Richelieu, attaquez-le vous-même, de face et a visage découvert. Vendôme poussa un énorme soupir et haussa les épaules :
_ Je me demande si Raguenel ne vous a pas fait lire un peu trop de romans de chevalerie. De nos jours, il faut tuer ou être tué... A présent, si vous préférez que Beaufort monte sur lechafaud pour y laisser sa tête...
- Non ! Oh ! Dieu, non !
Elle avait crié parce que le temps d'un éclair son imagination lui avait montré l'image affreuse que le duc évoquait.
- Alors, ma chère, il vous faudra choisir entre ce précoce vieillard déjà rongé par la maladie et celui que vous prétendez aimer, mais si Beaufort est arrêté, il vous faudra choisir très vite.
Épouvantée par l'horrible marché, elle tenta de discuter :
- Il ne l'est pas encore ?
- J'en conviens, mais cela peut être dun moment à l'autre et soyez sûre que je vous le ferai savoir.
- Rien n'assure que le Cardinal me rappellera. Il ne l'a pas fait depuis qu'il est au château de Rueil.
- Cela ne veut rien dire. Le Louvre est plus près de chez lui que Saint-Germain de son domaine d'été où il a d'ailleurs d'autres distractions, mais il en reviendra. Si mon fils est pris, on l'enfermera à la Bastille sans doute et ce maudit homme rouge, trop content de le tenir enfin, voudra s'en rapprocher pour jouir plus commodément de ses tourments.
- Dans ce cas, il ne me demanderait sûrement pas de venir chanter. Il aurait, comme vous dites, d'autres distractions...
- Allons donc ! Il voudra jouir de votre angoisse. Vous êtes un ravissant bibelot : ça doit être amusant de voir souffrir un bibelot ?
- Vous êtes à même de vous en rendre compte, monseigneur, fit amèrement la jeune fille, et je n'ai pas conscience que cela vous amuse. Pourquoi Mgr François ne s'enfuit-il pas, s'il craint les gens du Cardinal ?
- Parce qu'il est fou et qu'il prend plaisir à jouer au chat et à la souris, même si c'est lui la souris. Enfin, je crois qu'aucune force au monde ne pourrait le convaincre de quitter la France où son cour a tant d'intérêts. Prenez ça ! Et agissez comme je vous l'ai ordonné en sachant bien ceci : que Beaufort pose sa tête sur le billot et vous ne vivrez pas assez pour le pleurer : je vous étranglerai avec ces deux mains.
- Vous n'auriez pas cette peine, monseigneur, riposta Sylvie. Qu'il meure et je mourrai aussi, sans avoir besoin du secours de vos mains. Vous obéir, c'est signer ma condamnation. Croyez-vous que le Roi me laissera vivre si je tue son ministre ?
- Si vous êtes assez habile, personne ne vous soupçonnera. N'aurez-vous pas bu avant lui ? C'est dans son verre, en versant le vin, qu'il faut jeter ceci. C'est, m'a-t-on assuré, un poison rapide, quelque chose comme l'aqua Tofana chère aux Vénitiens... Et puis, ajouta-t-il avec cynisme, si l'on vous arrête vous aurez au moins la satisfaction de savoir que vous aurez sauvé celui que vous aimez...
Décidément, Sylvie n'avait pas grand-chose à espérer de Vendôme. Elle tendit la main :
- Donnez ! fit-elle seulement.
Un large sourire s'épanouit sur le visage sombre de César :
- Allons, vous valez mieux que je ne le pensais ! Naturellement, cela devra rester entre nous.
Du coup, Sylvie lâcha la bride à la colère qui bouillonnait en elle depuis un moment :
- Ne me prenez pas pour une oie, monsieur le duc ! Que croyez-vous que je vais faire ? Brandir ceci sous le nez de la première personne rencontrée pour lui dire qu'ayant juré la perte du Cardinal vous n'avez rien trouvé de mieux que faire de moi une empoisonneuse ? Si elle apprenait ça, Mme la duchesse en mourrait, et pour rien au monde je ne voudrais lui causer la moindre peine.
- Alors, veillez à ce qu'elle n'ait pas celle de perdre son fils !
- C'est un peu trop facile ! En tout cas j'aimerais savoir ce que vous pourrez raconter à Mgr de Cospéan la prochaine fois que vous vous confesserez à lui ! Rien sans doute touchant ceci, ajouta-t-elle en agitant le flacon. En ce cas, votre confession sera nulle et vous iriez droit en enfer si d'aventure la mort venait vous prendre avant que vous n'ayez pu vous laver de ce crime. Et ce serait bien fait !