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Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas une héroïne de Juliette Benzoni qui n'ait un destin hors du commun...
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
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- Vous alliez chez moi ? demanda Renaudot.

- C'est lundi, répondit Raguenel en se forçant à sourire. Et vous savez l'intérêt que je prends à vos colloques...

Ils s'engagèrent entre la double rangée de hautes maisons abritant orfèvres et changeurs qui bordaient le Pont-au-Change afin de rejoindre, sur l'île de la Cité, le Marché-Neuf et la rue de la Calandre. Théophraste Renaudot résidait là, à l'enseigne du Grand-Coq, dans une grande maison où il trouvait le moyen d'entasser sa famille, les bureaux de la Gazette, un accueil pour les miséreux - il n'en manquait jamais aux abords de Notre-Dame et de l'Hôtel-Dieu - et une grande salle où, depuis le 22 août 1633, se tenait chaque lundi ce qu'il appelait " la Conférence ". C'était une idée tout à fait neuve que cette réunion où, sans distinction d'âge ni de condition, chacun pouvait venir exposer son sentiment et ses idées sur un sujet choisi à l'avance. Et Renaudot, après quatre années de cet exercice, était parvenu à attirer chez lui nombre d'habitués - des bourgeois pour la plupart - qui pensaient plus loin que le fond de leur bourse et qui s'efforçaient, ensemble, de donner des réponses aux questions touchant le bien ou le mal se posant à leurs consciences d'hommes. En fait, Renaudot apportait une contrepartie plébéienne à ces " cabinets de recherche et de curiosités " qui se tenaient chez de grands personnages - principalement les parlementaires comme le président de Mesme et M. de Thou - dont la fortune permettait recherches et achats d'ouvrages scientifiques. Les femmes n'étaient point admises, mais elles avaient leurs propres cénacles où se réunissaient précieuses et beaux esprits.

L'idée de cette " conférence " était venue à Renaudot deux ans après la création de sa Gazette qui rendait compte de ses travaux tout en lui assurant une honnête publicité et en lui permettant d'y piocher parfois des nouvelles d'autant plus intéressantes que l'anonymat était assuré à ceux qui venaient y prendre la parole. Le Roi et Richelieu, collaborateurs discrets mais importants de la Gazette, ne manquaient pas de s'y intéresser. Quant à Perceval, depuis sa rencontre avec le publiciste un an plus tôt, il avait pris l'habitude de s'y rendre chaque début de semaine.

- De quoi devons-nous débattre aujourd'hui ? demanda-t-il comme on s'engageait dans le dédale des ruelles menant au Marché-Neuf.

- De la vie en société, mais je me demande si je ne vais pas demander une exception à l'ordre du jour en proposant de nous intéresser à la sécurité dans les rues, la nuit.

- Je ne suis pas certain que vous soyez suivi. La vie des ribaudes ne présentera aucun intérêt pour des gens épris de respectabilité. Qu'elles se fassent assassiner doit leur sembler dans la nature des choses...

- Il y a tout de même les circonstances exceptionnelles de ces meurtres. Qui peut dire si, après les filles de joie, l'assassin ne s'en prendra pas aux femmes honnêtes ?

La suite de la journée donna raison à Perceval : les hommes qui étaient là et dont plusieurs avaient préparé leur intervention se trouvèrent d'accord pour déclarer que les filles de mauvaise vie ne sauraient être comprises dans la " société " et que leur sort n'intéressait personne.

- Sauf monsieur Vincent, Mme la duchesse de Vendôme et quelques autres âmes charitables ! s'indigna Perceval. Ce sont des êtres humains et le sort qui leur a été réservé est affreux.

- J'en conviens, dit quelqu'un, mais ces crimes ressortent du Lieutenant civil et de la police. C'est eux que ça regarde.

- Non. Cela nous regarde tous ! Vous réagissez ainsi parce qu'il s'agit de pauvres créatures qui font commerce de leur corps, mais si l'assassin s'attaquait à une femme honnête, à l'une des vôtres, par exemple ?

La question fut saluée d'un éclat de rire général. C'était impossible, voyons ! Aucune femme se respectant ne s'aventurerait dans les bas-fonds de Paris ! Et la nuit, par-dessus le marché !

- Et si je vous disais, reprit Raguenel, qu'un meurtre en tout point semblable a eu lieu voici une dizaine d'années, en province, et que la victime en fut une noble dame ?

Renaudot qui suivait le débat avec une attention passionnée intervint :

- Le même crime ? Accompagné des mêmes circonstances ?

- Les mêmes. La dame en outre a été violée, ce qui est peut-être arrivé à ces malheureuses mais, étant donné leur profession, le mot ici perd sa signification. Et nous n'aurions jamais eu l'idée de vous en parler si la lettre grecque dont on flétrit le front des mortes n'indiquait un homme d'une certaine culture et qui pourrait - pourquoi pas après tout ? - faire partie de cette assemblée.

La tempête de protestations qui suivit était aussi peu propice que possible à une discussion sérieuse. Renaudot y mit fin avec son énergie habituelle en déclarant que, en ce qui le concernait, il ferait tous ses efforts pour retrouver l'assassin au cachet de cire rouge et qu'il invitait toutes les personnes de bonne volonté présentes dans la salle à l'informer au cas où l'une d'entre elles découvrirait une piste. Et là-dessus, il leva la séance en disant que les esprits n'étaient plus assez sereins pour discuter avec le calme nécessaire. Visiblement, il avait hâte d'en finir et, tandis que le flot passablement agité s'écoulait, il retint Perceval.

- Pourquoi ne m'avez-vous pas raconté cette histoire de noble dame lorsque je vous ai parlé de la première victime comme d'une sorte de curiosité ?

- Parce que je voulais prendre le temps de réfléchir et peut-être d'essayer par moi-même de découvrir l'assassin mais, apparemment, je ne suis pas très doué, conclut Raguenel avec un sourire amer. De toute façon et s'il n'y avait eu la conférence, je vous aurais mis au courant.

- Allons chez moi ! Nous serons tranquilles : ma femme est chez une cousine rue des Francs-Bourgeois et mon fils Eusèbe est en train de composer la Gazette.

Sa curiosité toujours en éveil excitée au plus haut point, le père de tous les journalistes à venir trépignait presque. Il ne se détendit qu'une fois assis en face de Raguenel, de part et d'autre d'une table supportant des verres et un pichet de vin frais.

- Voilà ! Maintenant, je vous écoute.

- À une seule condition : ce que je vais dire n'est que pour vos oreilles. Il n'est pas question d'en faire état dans la Gazette... ni ailleurs.

- Vous avez ma parole.

Perceval entreprit alors de raconter la tuerie de La Perrière, en s'abstenant toutefois de mentionner l'existence de Sylvie. Il aimait bien Théo-phraste et lui faisait confiance, mais celui-ci était trop proche du Cardinal pour tout lui dire...

Pendant ce temps, à Saint-Germain, se jouait le dernier acte du drame qui couvait depuis plusieurs mois.

On était le 19 mai et, dans la cour du château, un carrosse attendait Mlle de La Fayette. L'amie du Roi faisait, ce jour-là, ses adieux au monde pour entrer en religion chez les Filles de la Visitation-Sainte-Marie. Ainsi s'achevait la belle histoire d'amour de Louis XIII, minée par trop d'intérêts contraires. La piété profonde et le désespoir de Louise rejoignaient la volonté du Cardinal qui, faute d'avoir réussi à en faire sa créature, souhaitait son éloignement. Et cela en dépit de la famille de la jeune fille, du confesseur du Roi, le père Caussin, qui avait bien reconnu en elle la vocation religieuse mais qui, détestant Richelieu, souhaitait qu'elle reste auprès du Roi le plus longtemps possible. Enfin, contre la résistance désespérée de Louis XIII, déchiré jusqu'à l'âme à la pensée de perdre celle qu'il appelait son " beau lis ". C'était un valet, un simple et vil valet, qui avait emporté la décision : un certain Boisenval qui devait cependant à Louise sa position de premier valet de chambre du Roi - la seule faveur qu'elle eût jamais demandée ! - et qui, possédant la confiance de l'un et de l'autre, avait tout fait pour les brouiller dans l'espoir de s'attirer les bonnes grâces du Cardinal-ministre. C'était l'une de ces brouilles qui avait poussé Louis XIII, affolé d'amour, à oser la proposition insensée que Sylvie avait surprise dans le parc de Fontainebleau : la retirer de la Cour et l'installer à Versailles pour y être entièrement l'un à l'autre. À cet instant, la pudeur de Louise avait mesuré la profondeur de l'abîme qui la menaçait... et où elle souhaitait passionnément se laisser tomber. Enfin, elle avait pris sa décision, fait ses adieux à la Reine et à ses compagnes.

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