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Электронная книга - «La chambre de la Reine». Краткое содержание книги:

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas une héroïne de Juliette Benzoni qui n'ait un destin hors du commun...
Sylvie de Valaine, une adorable petite fille de quatre ans que François de Vendôme, âgé de dix ans, découvre un soir de juin 1626, errant dans la forêt d'Anet, pieds nus, vêtue d'une chemise ensanglantée, ne sera pas l'exception qui confirme la règle. Elle vient d'échapper, par miracle, aux hommes de main de Richelieu qui ont assassiné toute sa famille...
Élevée par les Vendôme, Sylvie devient, à quinze ans, fille d'honneur de la reine qui ne cesse de comploter contre Louis XIII et Richelieu et se trouve entraînée dans de bien dangereuses aventures. Heureusement, François, dont elle est follement éprise mais qui la considère comme une petite fille, est là pour veiller sur elle…
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- Vous, Sylvie ? s'exclama Perceval de Raguenel au comble de la stupéfaction. Mais que faites-vous ici et à pareille heure ?

CHAPITRE 8

LES IDÉES DE MLLE DE HAUTEFORT

Le compagnon de Perceval l'avait rejoint et Sylvie reconnut en lui l'homme de la Gazette, ce Théophraste Renaudot qu'elle avait rencontré chez lui. Sa présence lui parut plutôt gênante et elle choisit, technique bien féminine qu'elle maîtrisait déjà parfaitement, de répondre par une question :

- Mais vous-même ? Que faites-vous si loin de chez vous ?

- Nous traquons un criminel. La malchance a voulu que nous arrivions juste comme il venait de commettre son crime, et en plus il nous a échappé...

- Si j'avais su, je me serai accrochée à ses vêtements : il m'a jetée à terre comme vous avez failli le faire.

- Avez-vous vu son visage ?

- Comment vouliez-vous, dans cette obscurité où l'on ne distingue même pas une personne ? Je n'ai eu que son odeur. Pouah ! Elle était affreuse ! La saleté, la sueur, la cire chaude aussi, ce que je ne comprends pas bien.

- Je vous l'expliquerai plus tard. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi vous êtes ici ? Qui vous y a menée ?

- Personne. Je suivais quelqu'un, voilà tout !

- Depuis le Louvre ? fit Perceval en désignant la rive d'en face. À travers la Seine ?

- Je ne viens pas du Louvre mais je ne vous en dirai pas plus. Pas maintenant, tout au moins, corrigea-t-elle.

Son regard s'attachait à Renaudot et Raguenel comprit ce qu'il voulait dire : son ami, de notoriété publique, était tout au Roi et au Cardinal dont on disait même qu'il leur arrivait d'écrire dans ses feuillets. Même si c'était le meilleur homme du monde - et de cela Perceval en était sur i - il aimait trop son métier et la recherche d'informations curieuses pour ne pas s'intéresser à ce que pouvait faire, à trois heures du matin, une fille d'honneur de la Reine sur les bords de la Seine où l'on ne trouvait guère que des mariniers et quelques filles toujours à leur service comme à celui d'une faune moins respectable.

- Comment êtes-vous venue ?

- À pied et je suis très lasse, aussi aimerais-je bien rentrer. Et vous ?

- En barque depuis l'île de la Cité. Mon ami Théophraste en a toujours une prête pour ses expéditions. Nous vous ramenons avec nous.

- Merci, parrain, mais cela ne me convient pas. Partez sans moi, je rentrerai seule...

À son grand regret, Renaudot comprit que cette étrange petite personne ne voulait pas dire d'où elle venait mais que Raguenel ne consentirait jamais à la laisser seule. Il comprit surtout qu'il était de trop.

- Le mieux est que je vous quitte, mon ami.

- J'allais vous en prier.

- Si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver. Pour cette nuit, d'ailleurs, je serais étonné que notre homme frappe encore, bien qu'il ait un peu bâclé son ouvrage : le cachet n'est pas lisible...

Un instant plus tard, le gazetier se perdait dans les ombres denses de la tour de Nesle, rejoignant le bateau qu'il avait dû amarrer en amont. Sylvie et son parrain restèrent seuls.

- Me confierez-vous à présent d'où vous venez ? murmura celui-ci. Autant que vous le sachiez tout de suite, Sylvie, je ne vous lâcherai pas que vous ne soyez à l'abri.

- Je viens du Val-de-Grâce et, si vous le voulez bien, j'y retourne.

- Tout ce chemin ? Comment avez-vous fait ?

- C'est facile : on pose un pied après l'autre et l'on recommence.

- Ne dites pas de folies ! Vous devez être morte de fatigue ?

- Assez, oui. Pourtant, il faut que je rentre... bien que je n'en aie pas la moindre envie...

À bout de forces, elle se laissa tomber à terre et se mit à pleurer avec de gros sanglots de petite fille... ou de femme quand les nerfs, tendus à l'extrême, viennent à céder. Aussitôt Perceval fut à genoux auprès d'elle :

- Une seule question, mon petit ! Qui avezvous suivi jusqu'ici ? Vous savez qu'à moi vous pouvez tout dire !

La réponse sembla venir des profondeurs même de la terre.

- François... et La Porte qui l'a raccompagné à . un bateau. Il est parti par le fleuve. J'espérais pouvoir lui parler... mais cela n'a pas été possible avec ce La Porte.

- Attendez-moi !

Perceval avait remarqué, à l'entrée de la toute nouvelle rue de Seine, le portail d'un loueur de chevaux. Il entreprit de le réveiller, ce qui ne fut pas facile car le bonhomme avait le sommeil lourd, mais enfin, après quelques palabres et le passage de plusieurs pièces entre sa bourse et la main du maquignon, il obtint un cheval pour un prix honnête, prit Sylvie toujours en larmes dans ses bras pour l'y installer en croupe, se mit en selle et partit au petit trot. Sylvie, les bras autour du torse de son parrain et la tête reposant sur son dos, pleura tout le long du chemin. Perceval ne lui posa aucune autre question. D'abord, parce qu'il était difficile de causer sur le dos houleux d'un cheval, et ensuite parce qu'il réfléchissait.

Il était quatre heures quand on arriva en vue du Val et, aux alentours, les coqs de tous les couvents répondaient à celui du curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Sylvie, alors, sécha ses larmes et expliqua de quelle façon elle envisageait de rentrer.

- Une escalade à présent ? bougonna Rague-nel. Vous ne doutez de rien, décidément ! Je vais vous aider à grimper sur ce mur, mais écoutezmoi bien ! Quand vous rentrerez au Louvre, vous demanderez un congé de quelques jours pour vous occuper de votre vieux parrain qui a besoin de votre guitare pour apaiser ses crises de goutte et vous viendrez les passer chez moi. Avec Jeannette, bien sûr ! Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire...

Elle approuva d'un vigoureux hochement de tête, puis se haussa sur la pointe des pieds pour embrasser Perceval.

- Je ne sais pas du tout comment j'aurais fait sans vous, mon parrain. J'étais si malheureuse !... Peut-être que je me serais noyée ?

À sa façon brutale de la saisir aux épaules, Sylvie comprit qu'il avait peur :

- Je vous interdis jusqu'à la pensée d'une telle abomination ! Personne, vous m'entendez bien, personne ne vaut que l'on meure pour lui...

Un moment plus tard, Sylvie regagnait sa chambre et se déshabillait en hâte pour retrouver son lit. Ce fut alors qu'elle s'aperçut que sa robe était tachée de sang.

Le lendemain matin, elle était si fatiguée que c'est tout juste si elle arrivait à ouvrir les yeux. Pourtant, personne ne s'en aperçut, et pas davantage des quelques bévues dont elle se rendit coupable dans son service. Marie ne cessait de chuchoter avec la Reine et toutes deux semblaient au comble de l'excitation. En outre, Anne d'Autriche, que l'on n'avait pas vue d'aussi bonne humeur depuis longtemps, rayonnait. Ses joues étaient rosés, ses yeux verts scintillaient. Elle avait tellement l'air d'une femme heureuse que Sylvie s'interrogea sur les sentiments qu'elle lui inspirait. Jusqu'à cette nuit, elle l'aimait et la plaignait, mais ce matin, elle se demanda si elle n'était pas en train de se mettre à la détester pour toutes sortes de raisons : cette reine trahissait le pays dont elle occupait le trône, cette femme lui prenait l'être qu'elle aimait le plus au monde...

Cependant, la belle humeur d'Anne d'Autriche ne résista pas à son retour au Louvre. Ce soir-là, le Roi entra chez elle, la mine triomphante, agitant négligemment un papier au bout de ses longs doigts.

- Grande nouvelle, Madame ! s'écria-t-il. J'ai reçu avis de la victoire de nos troupes au Cateau-Cambrésis ! Celles de monsieur votre frère en ont été chassées pour toujours, je l'espère et, pour ce qui est de Landrecies, cela ne saurait tarder !

Les dames présentes applaudirent, cependant que la Reine pâlissait et ne trouvait rien à répondre.

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