Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30489-2
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
Finalement je dis : « Il suffit pour ce qu’il en est de moi, à vous, maintenant. Pouvez-vous éclaircir le mystère d’Apu-Punchau après cela ? »
Barbatus acquiesça. « Il semble que oui. Tu sais déjà que lorsqu’un vaisseau navigue à grande vitesse entre les étoiles, les minutes et les jours, à bord, peuvent être comme des années et des siècles sur Teur.
— Il doit en être ainsi, admis-je, puisque c’est avec le retour de la lumière que l’on a mesuré le temps pour la première fois.
— Autrement dit ton étoile, la Fontaine Blanche, est née un certain temps, et probablement bien longtemps, avant le règne de Typhon. Je dirais que ce temps n’est maintenant plus très loin. »
Famulimus parut sourire, et peut-être s’agissait-il réellement d’un sourire. « Il doit certainement en être ainsi, Barbatus, puisqu’il est arrivé jusqu’ici par le pouvoir de l’étoile ; fuyant son temps, il a couru jusqu’à ce qu’il soit obligé de s’arrêter, et c’est ici qu’il y fut contraint. »
Rien n’indiqua que cette intervention eût désarçonné Barbatus. « Il est possible que tu retrouves ton pouvoir lorsque l’on verra pour la première fois sur Teur la lumière de ton étoile. S’il en est ainsi, Apu-Punchau peut s’éveiller lorsque ce moment viendra, à condition qu’il choisisse de quitter l’endroit où il s’est trouvé.
— S’éveiller de la mort à la vie ? m’exclamai-je. Mais c’est horrible ! »
Famulimus n’était pas d’accord. « Dis plutôt merveilleux, Sévérian. Revenir de la mort pour aider le peuple qui l’aimait. »
Je réfléchis là-dessus tandis que les trois hiérodules attendaient patiemment. Finalement je remarquai : « Peut-être la mort n’est-elle horrible pour nous que parce qu’elle sépare l’aspect terrible de l’aspect merveilleux de la vie. Nous n’en voyons que l’aspect terrible, que l’on laisse derrière soi.
— C’est ce que nous espérons, fit la voix grave d’Ossipago, au moins autant que toi, Sévérian.
— Mais si je suis Apu-Punchau, quel était ce cadavre que j’ai trouvé sur le vaisseau de Tzadkiel ? »
C’est presque dans un murmure que Famulimus me répondit de sa voix mélodieuse. « L’homme que tu as vu mort est celui qui fut porté par ta mère. C’est du moins ce qui me semble d’après ce que tu as déclaré. Je serais prête à pleurer pour elle si j’avais des larmes, mais peut-être pas pour toi qui es en vie ici. Ce que nous avons fait pour toi en ce lieu, Sévérian, c’est ce que le puissant Tzadkiel a accompli là-bas : prendre ta mémoire dans ton esprit mort et te créer de nouveau.
— Si je comprends bien, lorsque je me suis trouvé devant le siège de justice de Tzadkiel, je n’étais déjà qu’un eidolon fabriqué par lui ?
— Fabriqué est un mot fort, grommela Ossipago, si du moins je comprends aussi bien ta langue que je le pense. Rendu tangible conviendrait mieux. »
Je me tournai vers Famulimus pour avoir davantage d’explications.
« Tu n’étais que le reflet d’une pensée dans ton esprit mort. Il a fixé cette image, lui a rendu son intégrité et a effacé la blessure fatale que tu portais.
— Il m’a fait marcher, parler… une image vivante de moi-même, en somme. » J’avais beau prononcer ces paroles, j’éprouvais les plus grandes difficultés à saisir ce qu’elles signifiaient. « La chute m’a tué, exactement comme mon peuple m’a tué ici. »
Je me penchai pour regarder de plus près le cadavre d’Apu-Punchau. « Par étranglement, je crois, murmura Barbatus.
— Pourquoi Tzadkiel n’aurait-il pas pu me ressusciter comme j’ai ressuscité Zama ? Ou me guérir comme j’ai guéri Herena ? Pourquoi ai-je dû mourir ? »
Je n’ai jamais été autant stupéfait que par ce qui se passa alors : Famulimus s’agenouilla devant moi et embrassa le sol à mes pieds.
« Qu’est-ce qui te fait croire que Tzadkiel dispose d’un tel pouvoir ? me demanda Barbatus. Famulimus, Ossipago et moi ne sommes rien devant lui, mais nous ne sommes pas ses esclaves ; et si grand qu’il soit, il n’est pas le prince de sa race, ni son sauveur. »
J’aurais sans aucun doute dû me sentir ennobli. J’étais en réalité muet de stupéfaction et gêné au-delà de tout. Je fis vivement signe à Famulimus de se relever, bredouillant : « Mais… vous parcourez les Corridors du Temps ! »
Barbatus se prosterna à son tour alors que Famulimus se relevait.
« Simplement pour un petit bout de chemin, Sévérian, fit-elle de sa voix flûtée. Afin que nous puissions parler avec toi, faire certaines petites choses. Nos horloges tournent à l’envers autour de tes deux soleils. »
Toujours agenouillé, Barbatus enchaîna : « Si nous avions laissé Ossipago nous conduire dans un meilleur endroit, comme il le souhaitait, il aurait été plus récent. Mais il n’aurait pas été meilleur pour toi, je crois.
— Encore une question, illustres hiérodules, avant que vous me renvoyiez dans ma propre époque. Lorsque j’ai parlé avec maître Malrubius, au bord de la mer, il s’est ensuite dissous en une poussière lumineuse. Et cependant… » Je ne pus continuer, mais des yeux j’explorai le cadavre.
Barbatus acquiesça. « Cet eidolon, pour employer ce terme, n’a eu qu’une brève existence. Je ne sais pas à quelles énergies Tzadkiel a fait appel pour te maintenir en vie sur le vaisseau ; il est même fort possible que ce soit toi qui l’aies directement tirée des sources disponibles, tout comme tu avais drainé l’énergie du vaisseau lorsque tu as voulu rendre la vie à ton steward. Mais même si c’était une source que tu as laissée derrière toi en venant ici, tu avais vécu longtemps avant cela, sur le vaisseau, à Yesod, sur la navette, à l’époque de Typhon, et ainsi de suite. Pendant tout ce temps tu as respiré, mangé et bu une matière qui n’était pas instable, la convertissant à l’usage de ton corps. Lequel est devenu un corps substantiel.
— Mais je suis mort… Non seulement ici, mais aussi sur le vaisseau de Tzadkiel.
— Ton jumeau y gît, mort, répondit Barbatus, comme gît ici un autre cadavre. Je pourrais dire en passant que s’il n’était pas mort, nous n’aurions pu faire ce que nous avons fait, car chaque être vivant est plus que de la simple matière. » Il se tut un instant et chercha, d’un coup d’œil à Famulimus, une aide qu’elle ne lui accorda pas. « Que sais-tu de l’anima ? »
Je repensai alors à Ava, et à ce qu’elle m’avait dit. « Vous êtes un matérialiste, comme toutes les personnes ignorantes. Mais votre matérialisme ne rend pas le matérialisme vrai. » La petite Ava était morte avec Foïla et les autres. « Rien, répondis-je, je ne sais rien de l’anima.
— En un sens, on peut le résumer par deux vers d’un poème. Famulimus, c’est toi qui me l’avais cité. »
Sa femme chanta alors : « Debout ! Car dans le bol de la nuit, le matin a lancé la pierre qui disperse le vol des étoiles.
— Oui, dis-je, je comprends. »
Barbatus eut un geste. « Suppose que j’écrive ces vers sur ce mur, puis que je les recopie sur cet autre. Lesquels seraient les vrais ?
— Les deux, dis-je. Ou ni les uns ni les autres. Les véritables vers ne sont ni ceux qui sont écrits, ni ceux qui sont prononcés. Je ne sais ce qu’ils sont.
— Telle est la manière d’être de l’anima, telle que je la comprends. C’était écrit ici. » Il me montra le cadavre. « C’est maintenant écrit en toi. Lorsque la lumière de la Fontaine Blanche touchera Teur, ce sera de nouveau écrit là-bas. Et cependant l’anima n’en sera pas pour autant effacée en toi. À moins que… »