Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Il n’y a plus de formats inférieurs à l’in-douze, les marsouins sont les plus petits cétacés. Au-dessus, tous les léviathans marquants. Mais il y a aussi une foule indéterminée, fugace, de baleines à demi fabuleuses que je connais de réputation en tant que baleinier américain, mais pas personnellement. Je les passerai en revue selon les noms qu’on leur donne sur le gaillard d’avant, car une telle liste peut être utile à de futurs chercheurs qui pourront la compléter. Si l’on prend et marque les baleines dont les noms suivent, elles pourront aussitôt être cataloguées selon les formats: in-folio, in-octavo et in-douze: la baleine à nez de bouteille, la baleine à pâté, la Poeskop, la baleine du cap de Bonne Espérance, la baleine pilote, la baleine rugueuse, la baleine de Biscaye, la baleine à ventre lisse, la baleine éléphant, la Sei, la baleine grise, la baleine bleue, etc. D’après les autorités islandaises, hollandaises et anglaises, on pourrait dresser encore d’autres listes de baleines mal connues, baptisées de toutes sortes de noms barbares, je les passe sous silence car ce sont des termes inusités et je ne puis m’empêcher de le penser, des mots qui ne signifient rien bien que léviathanesques.
Pour finir, comme je l’avais dit au départ, ce système ne saurait trouver ici son aboutissement, vous ne pouvez manquer de reconnaître que j’ai tenu parole, et je laisse ma classification cétologique inachevée, comme la grande cathédrale de Cologne fut abandonnée, la grue demeurant sur la tour non terminée. Les petites constructions peuvent bien être menées à terme par leur premier architecte, mais la postérité doit parfaire les œuvres grandes et vraies. Dieu me garde de jamais achever quoi que ce soit. Tout ce livre n’est qu’une ébauche, non, l’ébauche d’une ébauche! Ô Temps, Force, Argent et Patience!
CHAPITRE XXXIII Le specksynder
Le lieu ne me paraît pas moins justifié pour aborder à présent la question de l’état-major d’un baleinier et pour parler d’une particularité interne provenant du rang d’officiers conféré aux harponneurs, titres, bien entendu, inconnus dans toute autre marine que baleinière.
L’importance majeure du métier de harponneur est prouvée par le fait qu’à l’origine, dans l’ancienne pêcherie hollandaise, il y a plus de deux siècles, le commandement d’un navire baleinier n’incombait pas entièrement à celui qu’on appelle à présent le capitaine, mais était partagé entre celui-ci et un officier dit le Specksynder. Littéralement le mot signifie: coupeur de lard; toutefois, à la longue l’usage l’identifia à celui de chef harponneur. En ce temps-là, l’autorité du capitaine ne s’exerçait que sur la conduite du navire et son organisation, tandis que le specksynder ou chef harponneur régnait en maître sur tout ce qui concernait la chasse. Dans les pêcheries anglaises du Groenland, ce titre, maintenu, est devenu par corruption Specksioneer mais sa dignité ancienne est tristement diminuée. Il n’est plus, à présent, que le supérieur des harponneurs et, en tant que tel, il se trouve au rang le plus bas des subalternes du capitaine. Toutefois, comme le succès d’une campagne baleinière dépend largement de la compétence des harponneurs, et comme, dans la pêcherie américaine, ceux-ci sont non seulement timoniers et responsables des pirogues, mais encore, en certains cas (quart de nuit sur un terrain de chasse), commandants du pont, il s’ensuit que les règles politiques de la mer réclament qu’ils se distinguent nominalement des simples matelots et soient considérés comme leurs supérieurs, bien que ceux-ci les estiment toujours familièrement comme leurs égaux dans la société.
Ce qui établit à bord la grande distinction entre l’équipage et les officiers, c’est que les hommes vivent à l’avant et l’état-major à l’arrière du navire. Sur les navires baleiniers comme sur les navires marchands, les seconds ont leurs quartiers avec le capitaine et, sur la plupart des baleiniers américains, les harponneurs vivent également à l’arrière. C’est-à-dire qu’ils prennent leur repas dans la cabine du capitaine et que la chambre où ils dorment communique indirectement avec celle-ci.
Malgré la longue durée d’une expédition baleinière dans les mers du Sud (de beaucoup les voyages les plus longs qu’aient jamais entrepris les hommes), malgré les dangers qui lui sont inhérents, et la mise en commun par tous les hommes de leurs intérêts, les bénéfices dépendant, du premier au dernier d’entre eux, non de gages fixes mais de leur chance commune, de leur commune vigilance, de leur courage et de leur dur labeur, malgré toutes ces conditions qui entraînent une discipline moins rigoureuse, parfois, que sur les navires marchands en général, et malgré la vie primitive qui rend ces baleiniers semblables à quelque famille de l’antique Mésopotamie, le protocole, du moins sur le gaillard d’arrière, se relâche rarement et n’est jamais banni. En vérité, sur bien des navires de Nantucket, vous pourrez voir le capitaine parader avec une majesté délirante qui n’a pas sa pareille sur les vaisseaux de guerre, et extorquer les hommages comme s’il était vêtu de la pourpre impériale et non du drap de pilote le plus râpé.
Le ténébreux capitaine du Péquod était le dernier homme à avoir de si mesquines prétentions, le seul hommage qu’il exigeait était celui d’une obéissance absolue et instantanée. Il ne demandait pas aux hommes de se déchausser pour venir sur le gaillard d’arrière. Dans des circonstances particulières, que nous viendrons à raconter, il s’adressait à eux d’une manière insolite, tantôt avec condescendance, tantôt in terrorem. Pourtant, le capitaine Achab n’était nullement insoucieux de l’étiquette et des usages de la mer.
Mais peut-être pouvait-on supposer que ce respect des coutumes lui servait de masque car il s’en servait, à l’occasion, à des fins personnelles ou différentes de ce pour quoi elles avaient été établies. Son âme de sultan, qui ne se serait guère révélée autrement, filtrait à travers le protocole et sa volonté de puissance prenait corps dans une dictature qui n’autorisait pas la résistance. Car, si grande que soit la supériorité d’esprit d’un homme, il ne peut prétendre gagner une tangible suprématie, sans user de dissimulation et d’artifices toujours plus ou moins vils et indignes. Les princes du Saint Empire romain étaient préservés des campagnes électorales et les plus grands honneurs revenaient à ceux qui se rendirent fameux davantage grâce à leur infinie infériorité spirituelle qu’à leur supériorité réelle sur la masse. Mais les vanités détiennent un tel ascendant surtout lorsqu’elles sont doublées de superstitions politiques, que nous avons de royaux exemples où le pouvoir a été investi aux plus parfaits imbéciles. Mais lorsque la couronne encercle à la fois un cerveau impérial et un empire immense, comme celle du Tsar Nicolas, alors le troupeau de la plèbe rampe humblement devant une puissance aussi formidable. Et le poète tragique qui voudra peindre l’élan et l’envolée de la nature indomptable de l’homme fera bien, pour le bénéfice de son art, de se souvenir de l’exemple auquel nous venons de faire allusion.
Mais Achab, mon capitaine, m’est toujours présent dans sa mélancolique rudesse nantuckaise, et cette parenthèse sur les Empereurs et les Rois ne me dissimule pas qu’avec lui je n’ai affaire qu’à un pauvre vieux chasseur de baleines, et que me sont refusés dès lors tous les atours et tous les palais de la Majesté. Ô Achab! pour révéler ta grandeur il faut l’aller arracher au ciel, l’aller cueillir dans les profondeurs et la modeler d’immatériel espace.