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Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:

Ismaël, attiré par la mer et le large, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Pequod, baleinier d'un capitaine nommé Achab, amputé d'une jambe, qui emmènera Ismaël autour du monde à la poursuite du cachalot blanc…
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
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La démocratie forcenée de ces êtres inférieurs qu’étaient les harponneurs formait, grâce à son laisser-aller et ses aises insouciantes, le plus étrange contraste avec la contrainte presque insupportable et la tyrannie invisible et indicible qui régnait à la table du capitaine. Tandis que leurs officiers semblaient redouter le bruit de leurs propres mâchoires les harponneurs mastiquaient leur nourriture avec un plaisir spectaculaire. Ils mangeaient comme des rois et se remplissaient le ventre comme on remplit longuement de cargaisons d’épices les navires en partance des Indes. Queequeg et Tashtego avaient des appétits si pantagruéliques que, pour faire compensation au repas précédent, le pâle Pâte-Molle était contraint d’apporter un gros aloyau de bœuf salé qui paraissait avoir été taillé à l’instant dans l’animal vivant. Et s’il ne s’activait pas à l’aller quérir, s’il n’y allait pas presto en deux temps trois mouvements, alors Tashtego avait une façon très peu gentilhommesque de le presser en lui harponnant sûrement le derrière avec une fourchette. Et Daggoo, pris d’une soudaine colère, aidait Pâte-Molle à bien se souvenir de sa tâche, en l’empoignant et en lui maintenant la tête sur un grand tranchoir, cependant que Tashtego traçait le délimité du scalp. Il était par nature craintif et frissonnant, ce petit gars de mie de pain, le fruit d’un boulanger failli et d’une infirmière mais toute sa vie n’était plus qu’une lutte quotidienne contre les charmes, devant le sombre et terrible Achab et face aux visites répétées et tumultueuses de ces trois sauvages. Bien souvent, après avoir pourvu les harponneurs de tout ce qu’ils demandaient, il échappait à leurs serres dans le petit office adjacent et les épiait avec crainte, à travers les volets, jusqu’à ce qu’ils en aient terminé.

C’était un spectacle que de voir briller les dents aiguës de Queequeg en face des dents aiguës de l’Indien; entre eux, Daggoo était assis à même le sol car, de la hauteur du banc, sa tête emplumée comme un corbillard aurait touché les hiloires renversées; à chaque mouvement de ses membres colossaux, il ébranlait toute la charpente de la chambre, comme un éléphant d’Afrique embarqué comme passager. Malgré cela, le grand nègre était admirablement sobre, pour ne pas dire délicat. Il paraissait à peine possible qu’avec d’aussi minuscules bouchées il pût conserver toute sa vitalité diffuse dans une personne aussi large, seigneuriale et magnifique, mais sans doute ce noble sauvage se nourrissait-il copieusement et se désaltérait-il profondément de grand air, ses narines dilatées aspirant la vie sublime de l’univers. Ce n’est pas avec du bœuf ou du pain qu’on fait ou qu’on nourrit les titans. Queequeg lui, avait un claquement de lèvres bien humain et barbare – assez repoussant – à tel point que le frémissant Pâte-Molle en venait presque à examiner son bras mince pour voir si des marques de dents n’y étaient pas imprimées. Et lorsque Tashtego lui claironnait d’approcher afin qu’on lui ronge les os, ce garçon simplet entrait dans de telles transes qu’il manquait de faire choir toute la vaisselle traînant autour de lui dans l’office. Les pierres à aiguiser que les harponneurs transportaient dans leurs poches qu’ils sortaient ostensiblement au repas pour y aiguiser leurs couteaux, le bruit grinçant qui s’ensuivait, n’étaient pas pour tranquilliser si peu que ce soit le pauvre Pâte-Molle. Comment pouvait-il oublier que Queequeg entre autres, lorsqu’il vivait dans son île, s’était, sans aucun doute, rendu coupable de festins meurtriers et indiscrets. Hélas! Pâte-Molle! C’est une cruelle situation pour un blanc que celle qui le contraint à servir à table des cannibales. Ce n’est pas une serviette qu’il doit porter au bras mais un bouclier. Pourtant, le moment venu et à son grand soulagement, ces trois loups de mer guerriers se levaient pour partir; à ses oreilles crédules aux fables médisantes leurs os tintinnabulaient de façon martiale à chaque pas comme des cimeterres mauresques cliquettent dans leurs fourreaux.

Mais bien que ses barbares dînassent dans le carré, et fussent censés y séjourner, n’étant nullement de mœurs sédentaires, ils n’y faisaient guère d’autre apparition qu’au moment des repas et juste avant d’aller se coucher quand ils la traversaient pour regagner leurs quartiers personnels.

À ce sujet, Achab ne différait pas des autres capitaines baleiniers américains qui considèrent que la chambre du navire leur appartient de droit et que c’est pure amabilité de leur part si, à l’occasion, ils y tolèrent qui que ce soit. De sorte que, on peut bien le dire en toute vérité, les seconds et les harponneurs du Péquod vivaient plutôt hors de la cabine qu’à l’intérieur. Car lorsqu’ils y entraient c’était joliment à la manière dont une porte d’entrée pénètre un instant dans une maison pour être rabattue à l’extérieur l’instant suivant et livrée aux intempéries tout le reste du temps. Ils n’y perdaient pas grand-chose, la fraternité ne régnait pas au carré, Achab était humainement inaccessible. Bien qu’il fît partie en titre de la chrétienté, il y était parfaitement étranger. Il vivait sur la terre comme le dernier grizzli vit dans le Missouri colonisé. Lorsque le printemps et l’été se sont enfuis, ce sauvage Logan des bois, s’enfouissant dans le cœur d’un arbre creux, y passe l’hiver à se pourlécher les pattes. Mêmement, en son vieil âge inclément et orageux, l’âme d’Achab, enfermée dans le tronc évidé de son corps, se nourrit aux mornes paumes de ses ténèbres!

CHAPITRE XXXV La tête de mât

Il faisait un temps magnifique lorsque vint mon tour de monter, pour la première fois, à la tête du mât.

Sur la plupart des navires baleiniers américains, des guetteurs s’installent aux têtes de mâts presque dès l’instant où le navire quitte le port, même s’il a quinze mille milles à parcourir avant d’atteindre son lieu de pêche. Et si après trois, quatre ou cinq ans de voyage il rentre avec quoi que ce soit de vide – la moindre fiole peut-être – ses têtes de mâts sont armées jusqu’au dernier moment. Lorsque ses vergues de cacatois s’avancent parmi les mâtures du port, il abandonne enfin l’espoir d’attraper une dernière baleine.

Comme cette façon de guetter au sommet du mât, que ce soit à terre ou en mer, est très ancienne et très intéressante, qu’on nous permette ici une digression. Je pense que les premiers hommes à être en vigie à la hune furent les anciens Égyptiens, car je n’en ai pas trouvé de mention antérieure au cours de mes recherches, bien que leurs ancêtres, en édifiant la tour de Babel, n’aient eu, sans aucun doute, d’autre intention que celle d’élever le ton de mât la plus haute de toute l’Asie ou d’Afrique. Toutefois (avant que n’y fût établie la dernière plate-forme) on peut dire que leur grand mât de pierre fut emporté par la lame soulevée par la tempête redoutable de la colère divine, c’est pourquoi nous ne saurions donner le pas aux bâtisseurs de Babel sur les Égyptiens. Pour dire que ceux-ci furent une nation de guetteurs nous nous fondons sur l’opinion répandue chez les archéologues voulant que les premières pyramides aient été des observatoires. Après une interminable ascension, ces anciens astronomes avaient coutume de se tenir à leur sommet et d’annoncer l’apparition de nouvelles étoiles comme, de nos jours, le guetteur d’un navire annonce à voix forte une voile ou une baleine. Parmi les saints stylites, un fameux ermite chrétien des temps anciens se construisit un éminent pilier de pierre dans le désert et passa, perché à son sommet, toute la dernière moitié de sa vie, hissant sa nourriture avec un palan; il fournit un bon exemple d’intrépide guetteur de hune, inamovible malgré les brouillards ou les gels, la pluie, la grêle ou la neige, faisant face à tout jusqu’au dernier moment et mourant à son poste. Aujourd’hui nous n’avons plus que des guetteurs privés de vie: les hommes de pierre, de fer ou de bronze qui, bien que capables d’affronter une tempête drue, se montrent tout à fait incompétents pour annoncer une découverte insolite. Voici Napoléon! les bras croisés, il se tient à la pointe de la colonne Vendôme, à quelque cent cinquante pieds en l’air, tout à fait indifférent désormais à qui commande sur le pont au-dessous de lui, que ce soit Louis-Philippe, Louis Blanc ou Louis le Diable. Le grand Washington est juché lui aussi à son grand mât dominant Baltimore et, comme celle d’Hercule, sa colonne témoigne d’une grandeur humaine que bien peu dépasseront. L’amiral Nelson, sur son cabestan de bronze, veille sur Trafalgar Square, et même lorsque l’épaisse fumée de Londres l’enveloppe, on sait qu’un héros caché est présent car il n’y a pas de fumée sans feu. Mais ni Washington, ni Napoléon, ni Nelson ne répondront jamais à un appel venu d’en bas, si éperdument que les êtres tourmentés qu’ils surplombent les supplient de leur venir en aide avec leurs conseils. Pourtant on peut présumer que leurs esprits pénètrent la brume opaque du futur et distinguent les écueils.

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