Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Mais si nous, baleiniers du Sud, nous ne sommes pas aussi confortablement logés dans les airs que le capitaine Sleet et ses Groenlandais, ce désavantage est largement compensé par la séduisante sérénité de ces mers si différentes sur lesquelles nous voguons le plus souvent. Le tout premier, je montai nonchalamment au gréement, m’attardant à tailler une bavette, avec Queequeg ou quiconque n’était pas de quart et que je venais à rencontrer, puis, poursuivant mon ascension, et jetant une jambe paresseuse par-dessus la vergue de hunier, je contemplai une première fois les pâturages marins, pour regagner enfin ainsi ma destination ultime.
Qu’on me permette ici de décharger ma conscience, et d’avouer franchement que j’étais un piteux guetteur. Ressassant le problème de l’univers, comment pouvais-je – entièrement livré à moi-même à une altitude si favorable à l’exercice de l’esprit – comment pouvais-je ne pas prendre à la légère mon devoir en obéissant aux ordres traditionnels à bord d’un baleinier: «Ouvrez bien l’œil au vent et donnez de la voix à chaque fois!»
Et laissez-moi, ô vous armateurs nantuckais, vous faire ici une pathétique semonce! Prenez garde de ne pas enrôler parmi vos pêcheurs vigilants un gars aux tempes creuses, aux yeux enfoncés, prédisposé à une méditation inopportune et qui propose sa candidature en ayant en tête Phédon plutôt que Bowditch. Prenez garde, vous dis-je, à un individu de ce genre! Vos baleines doivent être vues avant d’être tuées, et ce jeune platonicien aux yeux caves vous entraînera dix fois dans son sillage autour du monde et ne vous enrichira jamais d’une pinte de spermaceti. Ces avertissements ne sont pas inutiles car, de nos jours, les navires baleiniers sont devenus des asiles pour bien des jeunes gens romantiques, mélancoliques et distraits, dégoûtés des soucis rongeurs du monde, en quête d’émotion dans le goudron et la graisse. Souvent Childe Harold monte à la tête de mât d’un baleinier malchanceux et, déçu, s’écrie sombrement:
Roule, profond Océan ton ténébreux azur, roule
Dix mille chasseurs de lard te sillonnent en vain.
Bien souvent les capitaines de tels navires réprimandent des jeunes philosophes dans les nuages, leur reprochant de ne pas éprouver un «intérêt» suffisant pour le voyage, laissant entendre à demi qu’ils sont à jamais perdus pour toute noble ambition, car, dans le secret de leur cœur, ils souhaitent ne pas voir les baleines. Vaine leçon, car ces jeunes platoniciens ont dans l’idée qu’ils ont une mauvaise vue, qu’ils sont myopes et qu’il est dès lors inutile de se fatiguer le nerf optique. Ils ont laissé à la maison leurs jumelles de théâtre.
«Espèce de singe, disait un harponneur à l’un de ces gars, voilà bientôt trois ans que nous sommes en croisière, et tu n’as pas levé une seule baleine. Chaque fois que tu es là-haut, les baleines sont aussi rares que des dents aux poules.» Et peut-être l’étaient-elles. Ou peut-être qu’il s’en trouvait des troupes au lointain horizon. Mais cet adolescent, visionnaire, perdu jusqu’à l’indifférence dans une rêverie inconsciente, bercé comme dans les fumées de l’opium, par le rythme pareil des vagues et des songes, en vient à être dépossédé de lui-même; le mystique Océan, déroulé à ses pieds, n’est plus pour lui que l’image révélée de l’âme bleue, profonde et insondable, diffuse dans l’humanité et dans la nature; et chaque merveille entrevue étrange, prestigieuse le fuit en glissant, tout aileron, émergeant indistinct, lui semble l’incarnation de ces pensées évasives qui ne font que traverser l’esprit, et l’esprit lui-même, dans cet enchantement, reflue jusqu’au principe et s’épanche hors du temps et de l’espace, comme les cendres éparpillées du panthéiste Cranmer sont devenues partie infime de toutes les grèves du monde.
Tu n’as plus d’autre vie en toi, à présent, que cette vie balancée dévolue par le doux roulis du navire qui l’emprunte à la mer comme la mer le prend aux impénétrables marées de Dieu. Mais tandis que ce sommeil, ce songe t’enveloppe, si tu remues si peu que ce soit ton pied ou ta main, que tu lâches un peu ta prise, alors ton identité se rue à nouveau en toi dans l’épouvante. Tu planes vertigineusement au-dessus des tourbillons cartésiens. Et peut-être qu’au zénith, par un temps radieux, avec un cri étranglé, tu traverseras de ta chute cet air lumineux et la mer estivale se refermera sur toi pour jamais. Qu’il t’en souvienne, ô panthéiste!
CHAPITRE XXXVI Le gaillard d’arrière
(Entre Achab, puis tous.)
Peu de temps après l’affaire de la pipe, Achab monta à son habitude, tôt après le petit déjeuner, de la cabine au pont. C’est là que la plupart des capitaines marins font d’ordinaire leur promenade matinale, comme les gentilshommes campagnards font quelques pas dans leurs jardins après cette première collation.
Bientôt on entendit son pas d’ivoire régulier aller et venir, tandis qu’il faisait sa tournée coutumière sur des planches si longuement martelées par sa marche qu’elles étaient partout creusées, comme les pierres d’âge géologique, par sa marque particulière. Et si vous aviez regardé intensément son front sillonné et ravagé vous y eussiez découvert les traces de pas plus étranges encore laissées par une pensée obsédante, toujours en marche et sans sommeil.
Ce jour-là, ces empreintes paraissaient plus profondes, comme si son pas nerveux eût été plus appuyé. Et Achab était si hanté par sa pensée qu’à chaque tour monotone qu’il accomplissait, tantôt au grand mât, tantôt à l’habitacle, vous auriez presque pu voir son idée fixe tourner avec lui, arpenter son âme comme il arpentait le pont, le possédant si absolument que tous ses mouvements visibles semblaient être le moule de sa réflexion.
– Le voyez-vous, Flask? murmura Stubb, le poussin qu’il porte en lui frappe à la coquille. Il ne va pas tarder à sortir.
Les heures passèrent. Tantôt Achab s’enfermait dans la cabine, tantôt il mesurait le pont avec la même apparence de viser un but avec une ardeur fanatique.
Le jour tirait à sa fin. Soudain, il s’arrêta près de la lisse, fixa son pied d’ivoire dans le trou de tarière, s’accrocha d’une main à un hauban et ordonna à Starbuck de rassembler tout le monde à l’arrière.
– Sir! s’écria le second surpris par un ordre rarement ou jamais donné à bord sauf dans des circonstances exceptionnelles.
– Tout le monde à l’arrière, répéta Achab. En bas, les hommes de vigie!
Lorsque tout l’équipage fut réuni, contemplant Achab avec un mélange de curiosité et de crainte tant il ressemblait à un horizon menaçant, prometteur d’une proche tempête, celui-ci, après avoir jeté un rapide coup d’œil par-dessus les pavois, puis transpercé les hommes du regard, recommença lourdement sa ronde sur le pont comme s’il n’y avait âme qui vive auprès de lui. La tête penchée, le chapeau rabattu à demi, il continua d’aller et de venir, indifférent aux chuchotements étonnés des hommes, jusqu’à ce que Stubb murmurât avec précaution à Flask qu’Achab les avait sans doute convoqués pour assister à une prouesse pédestre. Mais cela ne dura pas longtemps. Achab s’arrêta brutalement et s’écria: