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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Je vois, Ned, dit-il, que le temps est venu de laisser tomber les faux-semblants. Je vais vous dire ce que je garde en réserve pour Dick Muller, mais je voudrais que vous conserviez bien présent à l’esprit le but final de l’opération. N’oubliez pas que le petit ballet que nous dansons sur cette planète n’est pas simplement une affaire de problèmes moraux personnels. Au risque de vous sembler pompeux, je dois vous rappeler que l’enjeu en est le destin de la race humaine.

— Je vous écoute, Charles.

— Très bien. Dick Muller doit aller rendre visite à nos amis extra-galactiques et doit les convaincre que les hommes sont réellement une espèce intelligente. Vous êtes bien d’accord ? Lui seul peut réaliser cela à cause de son incapacité, unique chez la race humaine, de voiler ses sentiments.

— D’accord.

— À présent, il n’est pas nécessaire que nous convainquions ces êtres étranges que nous sommes une race bonne, ou honorable, ou même sympathique. Il nous suffit de leur montrer que nous avons une intelligence et que nous sommes capables de nous en servir pour penser. Que nous avons des sens, des sentiments, des émotions, en un mot que nous sommes autre chose que des machines dotées d’un cerveau. Pour atteindre ce but, il n’est pas obligatoire que Richard Muller irradie de bonnes émotions. Il suffit qu’il irradie quelque chose.

— Je commence à comprendre.

— C’est pourquoi, une fois qu’il sera sorti du labyrinthe, nous pourrons lui révéler l’objet de son voyage. Sans aucun doute notre tromperie le rendra furieux. Mais, derrière sa colère, il devinera peut-être quel est son devoir. Je l’espère. Vous, Ned, vous pensez qu’il refusera. Mais cela ne changera rien. Dès qu’il aura sorti le bout du nez du labyrinthe il n’aura plus le choix. Il sera envoyé directement chez les extra-galactiques pour prendre contact avec eux. C’est brutal et odieux, je sais. Mais c’est nécessaire.

— Sa coopération est donc entièrement hors de propos, dit Rawlins d’une voix lente. Il sera transporté et déchargé là où il faut. Comme un vulgaire sac.

— Non. Comme un sac pensant. Ainsi que nos amis lointains l’apprendront.

— Je…

— Non, Ned. Ne dites rien maintenant. Je sais ce que vous pensez. Cette machination est ignoble. Je vous comprends. Moi aussi je la trouve ignoble. Pour l’instant partez, et réfléchissez-y. Examinez-la sous toutes les coutures avant de prendre une décision. Si demain vous voulez encore abandonner, dites-le-moi et nous essayerons de mettre au point un nouveau plan auquel vous ne participerez pas. Mais d’abord, promettez-moi de dormir dessus. D’accord ? Il est toujours préférable de juger à froid.

Le visage du jeune homme resta pâle pendant un moment. Puis, lentement, les couleurs lui revinrent. Il se mordit les lèvres. Boardman lui souriait avec bienveillance. Rawlins serra les poings, regarda autour de lui d’un air égaré et sortit en courant.

Un risque calculé.

Boardman avala une autre pilule puis il tendit le bras vers la flasque que Muller lui avait envoyée. Il se versa à boire. C’était doux, un peu amer et très alcoolisé. Une délicieuse liqueur. Il la garda un moment sur la langue avant de déglutir.

11.

Muller en était presque arrivé à aimer les Hydriens. Ce dont il se souvenait le plus clairement et le plus agréablement était la grâce avec laquelle ils se déplaçaient. Ils semblaient virtuellement flotter. L’étrangeté de leur aspect physique ne l’avait jamais gêné ; il avait coutume de dire qu’il n’était pas nécessaire de sortir vraiment de la Terre pour découvrir des formes grotesques et caricaturales. Par exemple les girafes, les homards, les anémones de mer, les calmars, les chameaux. Regardez objectivement un chameau et demandez-vous si son anatomie est moins ridicule que celle d’un Hydrien.

Il avait atterri dans une région humide et lugubre de la planète, un peu au nord de l’équateur. C’était un continent amiboïde sur lequel étaient dispersées une douzaine de quasi-cités tentaculaires, chacune s’étendant sur plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Muller portait une tenue de survie spécialement étudiée pour cette mission, qui était plus ou moins une mince couche filtrante qui se collait à lui comme une seconde peau. Des milliers de microscopiques plaques dialysantes incorporées lui fournissaient l’air qu’il respirait. Ce n’était pas parfaitement confortable mais il pouvait se déplacer aisément.

Il avait marché pendant une heure à travers une forêt d’arbres géants semblables à d’énormes champignons vénéneux. Les faîtes atteignaient une hauteur de plusieurs centaines de mètres. Peut-être la gravité locale, qui représentait les cinq huitièmes de la pesanteur terrestre, était-elle responsable de ce gigantisme. Les larges troncs ne semblaient pas très durs. Muller supposa qu’une mince couche ligneuse externe, pas plus épaisse qu’un doigt, devait recouvrir un cœur pâteux et pulpeux. Les larges coupelles qui les coiffaient se touchaient presque entre elles et formaient une sorte de voûte végétale continue. Déjà la couche nuageuse qui ceignait la planète ne laissait filtrer qu’une pâle lumière d’un rouge gris perlé qui était à son tour interceptée par les arbres. Ce concours de phénomènes expliquait la presque totale obscurité qui régnait dans la forêt.

Sa plus grande surprise quand il rencontra les Hydriens fut leur taille. À peu près trois mètres de haut. Jamais depuis son enfance il ne s’était senti aussi petit. Ils l’entouraient et il devait tendre son cou pour rencontrer leurs regards. C’était le moment ou jamais de mettre en pratique ses connaissances en herméneutique appliquée. Il parla d’une voix calme, détachant soigneusement chaque mot :

— Mon… nom… est… Richard Muller. Je viens en ami… ami… Je suis envoyé par les habitants de la Sphère Culturelle Terrestre…

Comme il l’avait supposé, ils ne pouvaient pas comprendre ce qu’il disait. Pourtant ils restèrent immobiles. Leur attitude ne lui semblait pas hostile.

Il s’agenouilla et traça le théorème de Pythagore sur le sol humide et mou.

Il releva la tête en souriant :

— Cela est un concept de base de géométrie. Un schéma de pensée universel.

Les narines verticales remuèrent imperceptiblement. Les Hydriens s’inclinèrent légèrement. Ils devaient échanger des regards interrogateurs entre eux, se dit Muller. Cela leur était facile vu la disposition circulaire de leurs yeux tout autour du visage, sans qu’ils aient besoin de tourner la tête.

— Laissez-moi vous montrer d’autres symboles, poursuivit-il.

Il traça un trait sur le sol. Un peu plus loin il en traça deux autres. Et encore plus loin, trois. Puis il posa les signes entre les barres. I + II = III.

— Voilà, dit-il. Nous appelons cela une addition.

Des grappes de membres se balancèrent. Deux de ses auditeurs touchèrent leurs bras. Muller revit en esprit comment ils avaient détruit l’œil qui les espionnait, sans même prendre la peine de l’examiner. Il s’était préparé à rencontrer la même réaction. Au lieu de cela, ils l’écoutaient. Un signe prometteur. Il se releva et montra ses marques sur le sol.

— À vous, dit-il d’une voix forte, tout en souriant largement. Montrez-moi que vous comprenez. Parlez-moi le langage universel des mathématiques.

Rien. Aucune réponse.

Il désigna à nouveau les symboles dessinés sur le sol. Puis il tendit sa main, paume ouverte, au premier Hydrien.

Après un long moment, un des spectateurs s’avança fluidement et posa un de ses pieds sur les marques tracées par Muller. Le petit piédestal en forme de globe glissa légèrement et les signes disparurent. Quand le sol fut bien lisse et aplani, Muller dit :

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