L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Le chirurgien semblait désolé :
— Je suis navré, M. Muller. Nous ne pouvons rien faire pour vous. Il est inutile que nous vous leurrions avec de faux espoirs. Nous avons étudié votre système neural sans arriver à découvrir le ou les points d’altération. Nous sommes vraiment navrés.
Il avait eu neuf années à sa disposition pour aiguiser sa mémoire. Pendant les premiers temps, quand il craignait encore que son passé ne s’évanouisse définitivement en fumée, il avait rempli plusieurs cubes de ses souvenirs. Plus tard, il remarqua qu’il se rappelait un plus grand nombre de choses de plus en plus nettement. Peut-être était-ce dû à son entraînement. Il pouvait évoquer avec précision des paysages, des sons, des goûts, des visages, des odeurs. Il pouvait reconstituer mot pour mot des conversations entières. Il pouvait récrire le texte de plusieurs traités qu’il avait négociés. Il pouvait citer dans l’ordre tous les rois d’Angleterre depuis Guillaume 1er jusqu’à Guillaume VII. Il se rappelait le nom de chaque femme qu’il avait un jour tenue dans ses bras.
Il devait admettre que si la possibilité lui en était offerte, il reviendrait sur Terre. Tout le reste n’était que prétentions et mensonges. Il était conscient de n’avoir trompé personne, ni Ned Rawlins ni lui-même. Le mépris qu’il professait pour l’humanité était sincère, mais pas son prétendu désir de solitude. Maintenant il attendait fébrilement le retour du jeune homme. Pour tuer le temps, il but de nombreux gobelets de liqueur de la cité ; il partit chasser, tuant nerveusement des animaux qu’il ne pourrait raisonnablement pas consommer en une année entière ; il engagea des dialogues embrouillés avec lui-même ; et surtout il rêva de la Terre.
Rawlins courait à perdre haleine. Il était rouge et congestionné. Muller, se tenant légèrement à l’intérieur de la zone C, le vit traverser à toute vitesse le passage d’entrée.
— Vous ne devriez pas courir ici, dit-il. Même pas dans les zones centrales. Il est impossible d’être absolument sûr que…
Rawlins se laissa tomber à côté d’un tube de calcaire ondulé. Il se tenait douloureusement les côtes et grimaçait pour essayer de retrouver son souffle.
— Donnez-moi à boire, haleta-t-il. Votre liqueur que…
— Qu’y a-t-il ?
— Tout à l’heure.
Muller alla jusqu’à la fontaine proche et remplit une flasque de liqueur. Rawlins ne manifesta aucune crispation quand il s’approcha de lui pour lui tendre le flacon. Il semblait ne pas remarquer du tout les émanations de Muller. Il but avidement. Un mince filet de liquide miroitait sur son menton et coula sur ses vêtements. Il ferma les yeux un instant après avoir vidé le flacon.
— Vous avez l’air complètement effondré, dit Muller. Comme si vous aviez été battu.
— Oui. Exactement.
— Que se passe-t-il ?
— Attendez. Laissez-moi reprendre mon souffle. J’ai couru jusqu’ici depuis la zone F.
— Eh bien, vous avez de la chance d’être encore en vie.
— Peut-être…
— Voulez-vous encore boire ?
— Non, dit Rawlins. Pas maintenant.
Muller, perplexe, l’étudia attentivement. Le changement chez le jeune homme était frappant et saisissant. Même une extrême fatigue ne pouvait être responsable d’un tel état. Le visage empourpré et luisant, les muscles faciaux tirés et tendus. Ses yeux injectés de sang roulaient de tous côtés, cherchant quelque chose qu’ils ne trouvaient pas. Était-il saoul ? Malade ? Drogué ?…
Rawlins ne disait toujours rien.
Après un long moment, Muller voulut briser ce silence lourd et inquiétant :
— J’ai pas mal réfléchi depuis notre dernière conversation. J’en suis venu à me dire que je m’étais conduit comme un vieil idiot. Toute cette misanthropie minable avec laquelle je vous ai cassé les oreilles.
Muller s’agenouilla et essaya d’accrocher le regard fiévreux du jeune homme :
— Écoutez-moi bien, Ned. Je veux tout reprendre de zéro. J’accepte de retourner sur la Terre pour me faire soigner. Même si le traitement est expérimental, je prendrai le risque. Comprenez, le pire qui puisse m’arriver est que cela ne me fasse aucun effet. Alors…
— Il n’y a pas de traitement, dit Rawlins sourdement.
— Pas de… traitement ?…
— Non. Aucun. Rien du tout C’était un mensonge du début à la fin.
— … Oui… Bien sûr…
— Vous l’aviez deviné vous-même, lui rappela Rawlins. Vous ne croyiez pas un mot de ce que je vous disais. Souvenez-vous.
— Un mensonge ?
— Vous ne compreniez pas pourquoi je vous mentais. Vous disiez que je racontais des absurdités. Vous m’accusiez de vous mentir. Vous vous demandiez ce que j’avais à gagner en vous trompant. Je vous mentais, Dick !
— Vous me mentiez ?
— Oui.
— Mais puisque j’ai changé d’avis, dit Muller doucement. J’étais prêt à retourner sur Terre.
— Il n’y a aucun espoir de guérison, insista Rawlins.
Lentement, il se releva et passa sa main dans ses longs cheveux dorés. Il arrangea un peu sa tenue et prit le flacon pour aller le remplir de liqueur à la fontaine. Quand il fut plein, il revint et le tendit à Muller qui but longuement. Rawlins termina ce qui restait dans la flasque. Une petite bête vorace passa à côté d’eux sans les attaquer et continua sa course vers la zone D.
— Voulez-vous m’expliquer un peu toute cette histoire ? dit finalement Muller d’une voix lasse.
— D’abord, nous ne sommes pas des archéologues.
— Continuez.
— Nous sommes venus ici spécialement pour vous. Ce n’est pas du tout fortuitement que nous vous avons trouvé. Nous savions très bien où vous étiez. Depuis neuf ans… depuis votre départ de la Terre, vous avez été suivi à la trace.
— Mais j’avais pris des précautions pour égarer les…
— Elles n’ont servi à rien, le coupa Rawlins. Boardman savait parfaitement où vous alliez et il vous a fait suivre. Il ne vous a laissé en paix que parce qu’il n’avait pas besoin de vous. Mais il savait où vous trouver quand l’occasion se présenterait. Il vous gardait en réserve, pour ainsi dire.
— C’est Charles Boardman qui vous a envoyé me chercher ? demanda Muller.
— Oui. C’est pour cela que nous sommes ici. C’est le but de cette expédition, reprit Rawlins d’une voix blanche. C’est moi qui ai été choisi pour prendre contact avec vous parce que vous aviez connu mon père et que vous étiez susceptible de me croire. Et surtout à cause de mon visage innocent. Sans arrêt, Boardman me dirigeait, me soufflant mes mots et mes gestes. Il me disait même quelles erreurs commettre, quelles gaffes risqueraient de vous émouvoir. Par exemple, c’est lui qui m’a conseillé de rentrer dans la cage. Il pensait que cela nous aiderait à gagner votre confiance.
— Boardman est ici ? Ici, sur Lemnos ?
— Dans la zone F. Nous avons un camp là-bas.
— Charles Boardman ?
— Il est ici, oui. Oui !
Le visage de Muller restait de pierre, mais en dessous bouillait le tumulte de l’agitation :
— Pourquoi a-t-il manigancé tout cela ? Que me veut-il ?
— Vous savez certainement qu’à part nous et les Hydriens il y a une troisième race intelligente dans l’univers ?
— Oui. Ils venaient d’être découverts quand je suis parti pour mon séjour chez les Hydriens. J’étais censé établir avec eux un traité d’alliance défensive contre cette autre race extra-galactique, avant qu’ils entrent en contact avec nous. Malheureusement, cela n’a pas marché. Mais qu’ont-ils à voir avec…