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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Je vais poser le sac, annonça-t-il à la ronde.

Il roula le plastique sur lui-même et le cala au pied du mur près de la porte. Il resta un instant à contempler son étrange colis puis commença à s’éloigner. Il crut entendre une cavalcade dans les herbes. Il se retourna en braquant sa torche mais ne découvrit personne. Il reprit son chemin. Lorsqu’un nouveau bruit plus net l’alerta, il fit volte-face. Le faisceau de sa lampe se réfléchissait sur la neige et éclairait la façade de la chapelle. Scott essaya de voir son sac, sans succès. Il revint vers la ruine sans pouvoir l’apercevoir. Il se mit alors à courir vers le mur et découvrit que son colis avait disparu.

51

Jenni posa son graphique contre le plateau du bureau.

— C’est ici qu’il faut le placer pour l’afficher ? demanda-t-elle.

— Exact, répondit Brestlow avec un sourire amusé.

Dans la pénombre, le document apparut en grand sur l’écran mural.

Jenni s’était vite habituée à cet outil de science-fiction — la demeure en était truffée. Elle commenta son document :

— Voici donc la courbe moyenne des temps de réponse aux tests de mémorisation. Ce délai peut être mis en rapport direct avec le degré de la maladie.

— Vous et le docteur avez créé ces tests ?

— Non, ils répondent à des normes internationales. Scott les a simplement sélectionnés pour leur pertinence, mais vous allez voir que notre indice leur donne une signification supplémentaire. Grâce à une échelle définie par rapport aux cas étudiés dans le service de Scott, ils se révèlent comme un premier outil de diagnostic efficace. Cependant, cette évaluation sommaire ne peut concerner que les premiers stades de la maladie ; ensuite, les patients ne réussissent plus ces tests et il en faut d’autres pour les évaluer.

— On peut donc considérer que votre indice leur apporte une évolution analytique.

— C’est indiscutable. Et cela, sans aucune nécessité de prélèvements.

Jenni cherchait déjà le document suivant lorsqu’elle s’aperçut que Clifford la dévisageait.

— Vous expliquez toujours aussi vite ? demanda-t-il.

— Non, mais j’ai peur de vous faire perdre du temps et j’ai l’habitude de m’adapter à mon auditoire. Je crois que vous comprenez très rapidement…

L’homme sourit à nouveau. Jenni avait déjà remarqué que leurs séances de travail duraient de plus en plus longtemps. Elle ne s’en plaignait pas, bien au contraire.

— Puis-je me permettre une remarque, professeur Cooper ?

— Bien sûr.

— Je vous sens remarquablement à l’aise sur l’aspect statistique et la vision d’ensemble de vos travaux. L’aspect thérapeutique vous semble par contre moins familier.

— Scott a l’habitude de dire que je suis le stratège et que lui est dans la tranchée.

— Vous êtes indissociables.

— Complémentaires.

— Avez-vous déjà songé aux aspects spirituels, voire philosophiques de la maladie ? Elle pourrait facilement être considérée comme une malédiction…

— Beaucoup l’ont été avant d’être expliquées scientifiquement. Cette maladie-là s’attaque à l’essence même de ce que nous sommes. Ce n’est pas un simple dysfonctionnement, c’est une remise en cause.

— Et que sommes-nous, selon vous ?

Jenni eut un petit rire nerveux :

— J’ai déjà du mal à me comprendre moi-même, alors pour ce qui est de l’humanité…

Brestlow eut un sourire franc. Jenni en avait rarement vu d’aussi puissamment communicatif. Hormis Scott, Jenni n’avait jamais rencontré un homme avec lequel elle se sente autant d’affinités intellectuelles que Clifford. Il y avait chez lui quelque chose d’énigmatique qui le rendait encore plus attirant. Toujours habillé de la même façon, le même regard incisif, une économie de mots et de gestes, tous précis et motivés.

L’image d’une jeune femme inconnue fit soudain irruption sur le bureau :

— Monsieur Brestlow, pardonnez-moi, mais votre rendez-vous est là.

— J’arrive.

Il se retourna vers Jenni.

— Je suis désolé, fit-il. Je ne suis qu’un outil dont on se sert beaucoup.

En se levant, il ajouta :

— Je crois que nous avons bien avancé. Le point à préciser concerne la standardisation de la procédure. Plus ce sera simple, moins ce sera contournable.

— Je vais y travailler.

Jenni le suivit hors du bureau. Tracy attendait déjà la jeune femme. Brestlow déclara :

— Professeur Cooper, bien que cela ne soit pas dans mes habitudes, et en espérant que cela ne vous choque pas, accepteriez-vous de dîner avec moi ?

Le regard de Jenni ne laissa aucun doute sur le plaisir que lui procurait cette invitation.

52

— Thomas n’est pas avec nous ce matin ? demanda Tersen en s’asseyant face à Endelbaum.

— Il devrait être là. Cela ne lui ressemble pas d’être en retard. Je crois que Sandman l’obsède un peu.

— Il obsède beaucoup de monde. Nous-mêmes ne pensons qu’à lui.

— Vous avez du neuf ?

— Mieux que ça : j’ai des noms. Nous avons désormais la certitude que Sandman n’est qu’un pseudonyme. C’est une identité qui n’a existé qu’épisodiquement, et lorsque l’on creuse un peu, on s’aperçoit vite que chaque élément attestant son existence a été ingénieusement créé de toutes pièces.

— Qui se cache sous le masque ?

— Nous avons huit suspects potentiels. Tous ont fait ou font partie du groupe Bilderberg. Tous ont un lien direct ou indirect avec Eve Corporation, mais le meilleur, c’est que les huit ont aussi été en contact avec Feilgueiras…

— Remarquable. Quand pensez-vous trouver le coupable ?

— J’ai mis tous nos moyens dessus mais la tâche est complexe et le bougre sait y faire pour effacer ses traces. En menant l’enquête, quelque chose me frappe pourtant : je prends chaque jour un peu plus conscience du système mis en place autour des brevets. C’est à la fois extrêmement efficace et parfaitement scandaleux.

— Vous aviez des illusions ?

— Non, mon père. Mais c’est infiniment plus efficace et incroyablement plus scandaleux que ce que l’on peut soupçonner à première vue. À la base, les brevets ont été créés pour favoriser le progrès tout en protégeant les inventeurs. Les États garantissent la paternité de la découverte tout en la rendant obligatoirement publique afin qu’elle puisse profiter au plus grand nombre. Pourtant, cette excellente idée a été pervertie. Avec un cynisme redoutable, tout a été transformé pour faire de l’argent et rien d’autre. Les inventions sont, exactement comme toutes les matières premières, captées et contrôlées commercialement.

— Vos suspects trempent dans ce système ?

— C’est même leur activité principale. Ils ont tous entre 60 et 70 ans. Ils sont tous astronomiquement riches même si l’évaluation de leur fortune échappe aux classements. On trouve très peu de photos d’eux, aucune déclaration publique. Personne ne sait vraiment où ils vivent, sans doute passent-ils d’une de leurs résidences à l’autre à travers le monde.

— Se connaissent-ils ?

— C’est une bonne question. Difficile à dire. S’ils font ou ont tous fait partie du groupe Bilderberg, ils n’en étaient pas forcément membres à la même période.

— Des hommes d’affaires avisés, voire peu scrupuleux. Mais cela suffit-il pour les envisager comme des assassins potentiels ?

— Le monde des affaires est un reflet de notre civilisation et les coups bas sont monnaie courante. Pourtant, nous ne les soupçonnons pas par hasard. Ces affairistes sont tous liés à des tentatives agressives de prise de contrôle d’inventions importantes. Leurs investissements identifiés témoignent d’un sens tactique opportuniste. Ce sont des francs-tireurs pour qui seul le résultat compte. Leur volonté évidente de rester dans l’ombre m’interpelle aussi. Même si c’est une règle de ce milieu, ceux-là font du zèle. Le soin qu’ils mettent à éviter de laisser des traces est confondant. Sur les huit individus, deux sont américains, un japonais, un australien, un français, deux suisses et un allemand.

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