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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Vous avez communiqué leurs signalements au service des identités et généalogies ?

— Bien sûr. On attend encore quelques réponses pour trois d’entre eux, mais pour les autres, le flou qui entoure leur parcours ne fait que renforcer notre suspicion.

— De fausses identités ?

— Plutôt des gens qui, une fois devenus puissants, font tout pour échapper aux lois du monde et brouiller les pistes.

— Devons-nous alerter les autorités ?

— Nous avons trop peu de faits tangibles pour le moment, personne ne nous prendrait au sérieux.

Quelqu’un frappa à la porte du bureau.

— Entrez ! lança Endelbaum.

Thomas apparut.

— Mon père, monsieur Tersen, pardonnez mon retard. J’étais avec Devdan.

— Venez vous asseoir, mon garçon. Comment va-t-il ?

— Hier, en fin d’après-midi, il a eu deux nouvelles transes. Plus violentes. Il a encore parlé. Elles se sont répétées et intensifiées en cours de soirée pour devenir plus fortes que jamais en milieu de nuit. Il était comme fou, surexcité, et pourtant ses propos avaient du sens.

— Qu’a-t-il dit ?

— Il répétait : « Vous l’avez, il est en train de nous détruire, tuez-le ! »

Tersen demanda :

— À quelle heure a-t-il déclaré cela ?

— La première fois, il devait être 2 h 30 du matin.

— C’est vraiment étrange. Au même moment, nous sortions les noms de nos suspects.

Les trois hommes se regardèrent. Tersen ironisa :

— Impossible d’aller voir la police avec ce genre d’argument.

— Que proposez-vous ? demanda Endelbaum.

— Nous avons un jeu de huit cartes. Il faut trouver laquelle est l’as de pique.

53

Avec précaution, Desmond retira la perfusion du bras de son maître. L’échange sanguin était terminé.

— Vous avez l’air remarquablement en forme, monsieur.

L’homme ôta lui-même son masque à oxygène et répondit :

— Vous savez ce que je pense de ce genre de phrases…

— M’avez-vous une seule fois entendu vous le dire, monsieur ?

— Non, il est vrai. Soit vous changez au contact de tous ces flagorneurs…

— … Soit vous avez l’air réellement en forme.

Le vieil homme ne voulait aucun miroir chez lui, alors à défaut de pouvoir contempler son visage, il regarda ses mains puis ses bras :

— Je dois admettre que voilà des années que je ne me suis pas senti aussi bien.

— Vos récents succès vous renforcent encore. Votre position est désormais imprenable.

— Aucune position n’est imprenable, Desmond. N’oubliez jamais cela. Ce que vos ennemis ne vous prendront pas, le temps finira par le réduire en poussière.

Desmond se dirigea vers une petite armoire réfrigérante. Il en sortit une assiette sur laquelle étaient posés quatre toasts couverts d’une étrange gelée. Il la déposa près du fauteuil médicalisé de son patron.

— Vous devez en manger au moins deux, monsieur.

— Saloperie.

— Vous savez que cela vous fait du bien.

L’homme eut un mouvement d’humeur :

— Peut-être, mais ça ne me fait pas plaisir.

Il se ressaisit :

— Mais vous n’y êtes pour rien. Je n’ai pas à passer mes aigreurs sur vous.

— Aucune importance, monsieur.

— Détrompez-vous, Desmond. Ne vous méprisez jamais. Depuis toutes ces années, vous avez su vous rendre indispensable auprès du vieux bougon que je suis. Vous êtes cultivé, vous êtes attentionné. Aujourd’hui, je me vois mal vivre sans vous.

— Merci, monsieur.

— C’est un simple constat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, vous êtes sans doute le plus proche ami que j’aurai eu et le seul capable de me succéder un jour.

Desmond regarda son maître avec surprise. L’homme se rendit compte que sa remarque avait ébranlé son secrétaire.

— C’est vrai, insista-t-il. Au début, votre emploi ici n’était qu’un gagne-pain. Vous étiez un simple salarié avant de devenir le plus proche. Après toutes ces années, c’est bien différent, je vous connais, vous me connaissez. Nous passons notre vie ensemble, à travailler.

Desmond se tenait droit devant le fauteuil. Il était extrêmement rare qu’il reste ainsi sans être occupé.

— Vous ne sortez même plus, reprit le vieil homme.

— Si Monsieur se souvient, les premières années, j’allais voir ma sœur dans le Montana, mais depuis son accident, je n’ai plus personne.

— Je m’en souviens, vous preniez le jet. Quelle tragédie…

— Nous n’avions jamais parlé de tout cela, monsieur.

— De notre lien ?

— Vous avez généreusement payé les obsèques de ma sœur, de son mari et de ses enfants, mais nous n’avions jamais abordé ce sujet.

— Il ne faut pas raviver les blessures, Desmond. Il faut toujours aller de l’avant. Vous savez, j’ai vu tellement de proches décrépir, disparaître…

— Pourquoi parlez-vous de succession, monsieur ? Vos bilans sont excellents. Auriez-vous quelque chose que j’ignorerais ?

— Desmond, vous en savez plus sur ma santé que moi-même.

— Vous dites que vous vous sentez mieux et vous parlez de succession…

— Ne vous emballez pas. Depuis que je travaille, je n’ai fait que constater les travers des humains et la vacuité de nos sociétés. Aujourd’hui, j’entrevois une solution. Pour la première fois de ma vie, je me dis que je vais peut-être arriver à changer les choses. Alors je subis moins cet insupportable sentiment de gâchis. Je crois que notre monde n’est pas forcément voué à se détruire lui-même. La nature est en train de se venger de ceux qui la saccagent et nous pouvons l’aider.

— Au prix des sacrifices que vous envisagiez ?

— C’est inévitable.

54

En quittant la direction de Dalkeith au sud d’Édimbourg pour rejoindre le petit village de Danderhall, Hold repassa la quatrième. La route, bien plus sinueuse que les grands axes, serpentait entre les haies d’arbres avant de s’ouvrir sur la bourgade. Le ciel plombé et le froid humide n’empêchaient pas la cour de l’école et le terrain de sport situé en face d’être remplis d’enfants qui jouaient comme en été.

Kinross n’avait pas prononcé un seul mot depuis Pemberton. Il s’efforçait de se préparer psychologiquement au rendez-vous qui l’attendait. Il était tellement concentré qu’il n’avait pas touché au sac contenant le repas qu’il avait emporté de l’hôpital.

Ils dépassèrent une petite église.

— Tournez à la prochaine, dans Campview Grove, indiqua Kinross. C’est au numéro 24.

Il repéra bientôt la voiture de l’interne arrivé le matin même et demanda à Hold de se garer derrière.

— Il vaut peut-être mieux que je vous attende ici, suggéra le bras droit de Greenholm.

— Sauf si ce genre de moment vous effraie, vous devriez venir. Une personne de plus ou de moins ne changera rien. Ils ont d’autres soucis…

— Qu’est-ce que vous espérez en replaçant le malade chez lui ?

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