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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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– Oh! juste ciel, m'écriai-je, vous me faites frémir. S'il n'y avait pas des crimes contre la nature, d'où nous viendrait donc cette répugnance invincible que nous éprouvons pour de certains délits?

– Cette répugnance n'est pas dictée par la nature, répondit vivement ce scélérat; elle n'a sa source que dans le défaut d'habitude; n'en est-il pas de même pour de certains mets? Quoique excellents, n'y répugnons-nous pas seulement par défaut d'habitude? oserait-on dire d'après cela que ces mets ne sont pas bons? Tâchons de nous vaincre, et nous conviendrons bientôt de leur saveur; nous répugnons aux médicaments, quoiqu'ils nous soient pourtant salutaires; accoutumons-nous de même au mal, nous n'y trouverons bientôt plus que des charmes; cette répugnance momentanée est bien plutôt une adresse, une coquetterie de la nature, qu'un avertissement que la chose l'outrage: elle nous prépare ainsi les plaisirs du triomphe; elle en augmente ceux de l'action même: il y a mieux, Thérèse, il y a mieux; c'est que, plus l'action nous semble épouvantable, plus elle contrarie nos usages et nos mœurs, plus elle brise de freins, plus elle choque toutes nos conventions sociales, plus elle blesse ce que nous croyons être les lois de la nature, et plus, au contraire, elle est utile à cette même nature. Ce n'est jamais que par les crimes qu'elle rentre dans les droits que la vertu lui ravit sans cesse. Si le crime est léger, en différant moins de la vertu, il établira plus lentement l'équilibre indispensable à la nature; mais plus il est capital, plus il égalise les poids, plus il balance l'empire de la vertu, qui détruirait tout sans cela. Qu'il cesse donc de s'effrayer, celui qui médite un forfait, ou celui qui vient de le commettre: plus son crime aura d'étendue, mieux il aura servi la nature.

Ces épouvantables systèmes ramenèrent bientôt mes idées aux sentiments d'Omphale sur la manière dont nous sortirions de cette affreuse maison. Ce fut donc dès lors que j'adoptai les projets que vous me verrez exécuter dans la suite. Néanmoins, pour achever de m'éclaircir, je ne pus m'empêcher de faire encore quelques questions au Père Clément.

– Au moins, lui dis-je, vous ne gardez pas éternellement les malheureuses victimes de vos passions, vous les renvoyez sans doute quand vous en êtes las?

– Assurément, Thérèse, me répondit le moine, tu n'es entrée dans cette maison que pour en sortir, quand nous serons convenus tous les quatre de t'accorder ta retraite. Tu l'auras très certainement.

– Mais ne craignez-vous pas, continuai-je, que des filles plus jeunes et moins discrètes n'aillent quelquefois révéler ce qui s'est fait chez vous?

– C'est impossible.

– Impossible?

– Absolument.

– Pourriez-vous m'expliquer?

– Non, c'est là notre secret; mais tout ce dont je puis t'assurer, c'est que, discrète ou non, il te sera parfaitement impossible de jamais dire, quand tu seras hors d'ici, un seul mot de ce qui s'y fait. Aussi tu le vois, Thérèse, je ne te recommande aucune discrétion; une politique contrainte n'enchaîne nullement mes désirs…

Et le moine s'endormit à ces mots. Dès cet instant il ne me fut plus possible de ne pas voir que les partis les plus violents se prenaient contre les malheureuses réformées et que cette terrible sécurité dont on se vantait n'était le fruit que de leur mort. Je ne m'affermis que mieux dans ma résolution; nous en verrons bientôt l'effet.

Dès que Clément fut endormi, Armande s'approcha de moi.

– Il va se réveiller bientôt comme un furieux, me dit-elle; la nature n'endort ses sens que pour leur prêter, après un peu de repos, une bien plus grande énergie; encore une scène, et nous serons tranquilles jusqu'à demain.

– Mais toi, dis-je à ma compagne, que ne dors-tu quelques instants?

– Le puis-je? me répondit Armande, si je ne veillais pas debout autour de son lit, et que ma négligence fût aperçue, il serait homme à me poignarder.

– Oh, ciel! dis-je, eh quoi! même en dormant, ce scélérat veut que ce qui l'environne soit dans un état de souffrance?

– Oui, me répondit ma compagne, c'est la barbarie de cette idée qui lui procure ce réveil furieux que tu vas lui voir; il est sur cela comme ces écrivains pervers, dont la corruption est si dangereuse, si active, qu'ils n'ont pour but, en imprimant leurs affreux systèmes, que d'étendre au-delà de leur vie la somme de leurs crimes; ils n'en peuvent plus faire, mais leurs maudits écrits en feront commettre, et cette douce idée qu'ils emportent au tombeau les console de l'obligation où les met la mort de renoncer au mal.

– Les monstres! m'écriai-je.

Armande, qui était une créature fort douce, me baisa en versant quelques larmes, puis se remit à battre l'estrade autour du lit de ce roué.

Au bout de deux heures, le moine se réveilla effectivement, dans une prodigieuse agitation, et me prit avec tant de force que je crus qu'il allait m'étouffer; sa respiration était vive et pressée; ses yeux étincelaient, il prononçait des paroles sans suite qui n'étaient autres que des blasphèmes ou des mots de libertinage. Il appelle Armande, il lui demande des verges, et recommence à nous fustiger toutes deux, mais d'une manière encore plus vigoureuse qu'il ne l'avait fait avant de s'endormir. C'est par moi qu'il a l'air de vouloir terminer; je jette les hauts cris; pour abréger mes peines, Armande l'excite violemment, il s'égare, et le monstre, à la fin décidé par les plus violentes sensations, perd avec les flots embrasés de sa semence et son ardeur et ses désirs.

Tout fut calme le reste de la nuit. En se levant, le moine se contenta de nous toucher et de nous examiner toutes les deux; et comme il allait dire sa messe, nous rentrâmes au sérail. La doyenne ne put s'empêcher de me désirer dans l'état d'inflammation où elle prétendait que je devais être; anéantie comme je l'étais, pouvais-je me défendre? Elle fit ce qu'elle voulut, assez pour me convaincre qu'une femme même, à pareille école, perdant bientôt toute la délicatesse et toute la retenue de son sexe, ne pouvait, à l'exemple de ses tyrans, devenir qu'obscène ou cruelle.

Deux nuits après, je couchai chez Jérôme; je ne vous peindrai point ses horreurs, elles furent plus effrayantes encore. Quelle école, grand Dieu! Enfin, au bout d'une semaine, toutes mes tournées furent faites. Alors Omphale me demanda s'il n'était pas vrai que, de tous, Clément fût celui dont j'eusse le plus à me plaindre.

– Hélas! répondis-je, au milieu d'une foule d'horreurs et de saletés qui tantôt dégoûtent et tantôt révoltent, il est bien difficile que je prononce sur le plus odieux de ces scélérats; je suis excédée de tous, et je voudrais déjà me voir dehors, quel que soit le destin qui m'attende.

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