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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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Je perce donc la haie où je me trouve; celle-ci était plus épaisse que l'autre: plus j'avançais, plus je les trouvais fortes. Le trou se fait pourtant, mais un sol ferme au-delà… plus rien qui m'annonçât les mêmes horreurs que je venais de rencontrer; je parviens ainsi au bord du fossé sans avoir trouvé la muraille que m'avait annoncée Omphale; il n'y en avait sûrement point, et il est vraisemblable que les moines ne le disaient que pour nous effrayer davantage. Moins enfermée au-delà de cette sextuple enceinte, je distinguai mieux les objets; l'église et le corps de logis qui s'y trouvait adossé se présentèrent aussitôt à mes regards; le fossé bordait l'un et l'autre; je me gardai bien de chercher à le franchir de ce côté; je longeai les bords, et me voyant enfin en face d'une des routes de la forêt, je résolus de le traverser là et de me jeter dans cette route quand j'aurais remonté l'autre bord. Ce fossé était très profond, mais sec, pour mon bonheur; comme le revêtissement était de brique, il n'y avait nul moyen d'y glisser, je me précipitai donc: un peu étourdie de ma chute, je fus quelques instants avant de me relever… Je poursuis, j'atteins l'autre bord sans obstacle, mais comment le gravir? A force de chercher un endroit commode, j'en trouve un à la fin où quelques briques démolies me donnaient à la fois et la facilité de me servir des autres comme d'échelons, et celle d'enfoncer, pour me soutenir, la pointe de mon pied dans la terre; j'étais déjà presque sur la crête, lorsque tout s'éboulant par mon poids, je retombai dans le fossé sous les débris que j'avais entraînés; je me crus morte; cette chute-ci, faite involontairement, avait été plus rude que l'autre; j'étais d'ailleurs entièrement couverte des matériaux qui m'avaient suivie; quelques-uns m'ayant frappé la tête, je me trouvais toute fracassée… «Ô Dieu! me dis-je au désespoir, n'allons pas plus avant; restons là; c'est un avertissement du ciel; il ne veut pas que je poursuive: mes idées me trompent sans doute; le mal est peut-être utile sur la terre, et quand la main de Dieu le désire, peut-être est-ce un tort de s'y opposer!» Mais, bientôt révoltée d'un système trop malheureux fruit de la corruption qui m'avait entourée, je me débarrasse des débris dont je suis couverte, et trouvant plus d'aisance à remonter par la brèche que je viens de faire, à cause des nouveaux trous qui s'y sont formés, j'essaie encore, je m'encourage, je me trouve en un instant sur la crête. Tout cela m'avait écartée du sentier que j'avais aperçu, mais l'ayant bien remarqué, je le regagne et me mets à fuir à grands pas. Avant la fin du jour, je me trouvai hors de la forêt, et bientôt sur ce monticule duquel, il y avait six mois, j'avais, pour mon malheur, aperçu cet affreux couvent. Je m'y repose quelques minutes, j'étais en nage; mon premier soin est de me précipiter à genoux et de demander à Dieu de nouveaux pardons des fautes involontaires que j'avais commises dans ce réceptacle odieux du crime et de l'impureté; des larmes de regrets coulèrent bientôt de mes yeux. «Hélas! me dis-je, j'étais bien moins criminelle, quand je quittai, l'année dernière, ce même sentier, guidée par un principe de dévotion si funestement trompé! Ô Dieu! dans quel état puis-je me contempler maintenant!» Ces funestes réflexions un peu calmées par le plaisir de me voir libre, je poursuivis ma route vers Dijon, m'imaginant que ce ne pouvait être que dans cette capitale où mes plaintes devaient être légitimement reçues…

Ici Mme de Lorsange voulut engager Thérèse à reprendre haleine, au moins quelques minutes; elle en avait besoin; la chaleur qu'elle mettait à sa narration, les plaies que ces funestes récits rouvraient dans son âme, tout enfin l'obligeait à quelques moments de trêve. M. de Corville fit apporter des rafraîchissements, et après un peu de repos, notre héroïne poursuivit, comme on va le voir, le détail de ses déplorables aventures.

SECONDE PARTIE

J'étais à ma seconde journée, parfaitement calme sur les craintes que j'avais eues d'abord d'être poursuivie; il faisait une extrême chaleur, et suivant ma coutume économique, je m'étais écartée du chemin pour trouver un abri où je pusse faire un léger repas qui me mît en état d'attendre le soir. Un petit bouquet de bois sur la droite du chemin, au milieu duquel serpentait un ruisseau limpide, me parut propre à me rafraîchir. Désaltérée de cette eau pure et fraîche, nourrie d'un peu de pain, le dos appuyé contre un arbre, je laissais circuler dans mes veines un air pur et serein qui me délassait, qui calmait mes sens. Là, je réfléchissais à cette fatalité presque sans exemple qui, malgré les épines dont j'étais entourée dans la carrière de la vertu, me ramenait toujours, quoi qu'il en pût être, au culte de cette divinité, et à des actes d'amour et de résignation envers l'Être suprême dont elle émane, et dont elle est l'image. Une sorte d'enthousiasme venait de s'emparer de moi: «Hélas! me disais-je, il ne m'abandonne pas, ce Dieu bon que j'adore, puisque je viens même dans cet instant de trouver les moyens de réparer mes forces. N'est-ce pas à lui que je dois cette faveur? Et n'y a-t-il pas sur la terre des êtres à qui elle est refusée? Je ne suis donc pas tout à fait malheureuse, puisqu'il en est encore de plus à plaindre que moi… Ah! ne le suis-je pas bien moins que les infortunées que je laisse dans ce repaire du vice dont la bonté de Dieu m'a fait sortir comme par une espèce de miracle?…» Et pleine de reconnaissance, je m'étais jetée à genoux; fixant le soleil comme le plus bel ouvrage de la divinité, comme celui qui manifeste le mieux sa grandeur, je tirais de la sublimité de cet astre de nouveaux motifs de prières et d'actions de grâces, lorsque tout à coup je me sens saisie par deux hommes qui, m'ayant enveloppé la tête pour m'empêcher de voir et de crier, me garrottent comme une criminelle et m'entraînent sans prononcer une parole.

Nous marchons ainsi près de deux heures sans qu'il me soit possible de voir quelle route nous tenons, lorsqu'un de mes conducteurs, m'entendant respirer avec peine, propose à son camarade de me débarrasser du voile qui gêne ma tête; il y consent, je respire et j'aperçois enfin que nous sommes au milieu d'une forêt dont nous suivons une route assez large, quoique peu fréquentée. Mille funestes idées se présentent alors à mon esprit, je crains d'être reprise par les agents de ces indignes moines… je crains d'être ramenée à leur odieux couvent.

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