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READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade dévoile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux détails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté 'extrême sensibilité des organes connue seulement des êtres délicats', l'oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une poésie délirante et pleine d'humour noir.
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– Il serait possible que tu fusses bientôt satisfaite, me répondit ma compagne; nous touchons à l'époque de la fête: rarement cette circonstance a lieu sans leur rapporter des victimes; ou ils séduisent des jeunes filles par le moyen de la confession, ou ils en escamotent, s'ils le peuvent; autant de nouvelles recrues qui supposent toujours des réformes…

Elle arriva, cette fameuse fête… Pourrez-vous croire, madame, à quelle impiété monstrueuse se portèrent les moines à cet événement? Ils imaginèrent qu'un miracle visible doublerait l'éclat de leur réputation; en conséquence ils revêtirent Florette, la plus jeune des filles, de tous les ornements de la Vierge; par des cordons qui ne se voyaient pas, ils la lièrent au mur de la niche, et lui ordonnèrent de lever tout à coup les bras avec componction vers le ciel, quand on y élèverait l'hostie. Comme cette petite créature était menacée des plus cruels châtiments si elle venait à dire un seul mot, ou à manquer son rôle, elle s'en tira à merveille, et la fraude eut tout le succès qu'on pouvait en attendre. Le peuple cria au miracle, laissa de riches offrandes à la Vierge, et s'en retourna plus convaincu que jamais de l'efficacité des grâces de cette mère céleste. Nos libertins voulurent, pour doubler leurs impiétés, que Florette parût aux orgies du soir dans les mêmes vêtements qui lui avaient attiré tant d'hommages, et chacun d'eux enflamma ses odieux désirs à la soumettre, sous ce costume, à l'irrégularité de ses caprices. Irrités de ce premier crime, les sacrilèges ne s'en tiennent point là: ils font mettre nue cette enfant, ils la couchent à plat ventre sur une grande table, ils allument des cierges, ils placent l'image de notre Sauveur au milieu des reins de la jeune fille et osent consommer sur ses fesses le plus redoutable de nos mystères. Je m'évanouis à ce spectacle horrible, il me fut impossible de le soutenir. Sévérino, me voyant en cet état, dit que pour m'y apprivoiser il fallait que je servisse d'autel à mon tour. On me saisit; on me place au même lieu que Florette; le sacrifice se consomme, et l'hostie… ce symbole sacré de notre auguste religion… Sévérino s'en saisit, il l'enfonce au local obscène de ses sodomites jouissances…, la foule avec injure…, la presse avec ignominie sous les coups redoublés de son dard monstrueux, et lance, en blasphémant, sur le corps même de son Sauveur, les flots impurs du torrent de sa lubricité!

On me retira sans mouvement de ses mains; il fallut me porter dans ma chambre où je pleurai huit jours de suite le crime horrible auquel j'avais servi malgré moi. Ce souvenir brise encore mon âme, je n'y pense pas sans frémir… La religion est en moi l'effet du sentiment; tout ce qui l'offense, ou l'outrage, fait jaillir le sang de mon cœur.

L'époque du renouvellement du mois allait arriver, lorsque Sévérino entre un matin, vers les neuf heures, dans notre chambre. Il paraissait très enflammé; une sorte d'égarement se peignait dans ses yeux; il nous examine, nous place tour à tour dans son attitude chérie, et s'arrête particulièrement à Omphale. Il reste plusieurs minutes à la contempler dans cette posture, il s'excite sourdement, il baise ce qu'on lui présente, fait voir qu'il est en état de consommer, et ne consomme rien. La faisant ensuite relever, il lance sur elle des regards où se peignent la rage et la méchanceté; puis, lui appliquant à tour de reins un vigoureux coup de pied dans le bas-ventre, il l'envoie tomber à vingt pas de là.

– La société te réforme, catin, lui dit-il; elle est lasse de toi; sois prête à l'entrée de la nuit, je viendrai te chercher moi-même.

Et il sort. Dès qu'il est parti, Omphale se relève; elle se jette en pleurs dans mes bras.

– Eh bien! me dit-elle, à l'infamie, à la cruauté des préliminaires, peux-tu t'aveugler encore sur les suites? Que vais-je devenir, grand Dieu!

– Tranquillise-toi, dis-je à cette malheureuse, je suis maintenant décidée à tout; je n'attends que l'occasion; peut-être se présentera-t-elle plus tôt que tu ne penses; je divulguerai ces horreurs; s'il est vrai que leurs procédés soient aussi cruels que nous avons lieu de le croire, tâche d'obtenir quelques délais, et je t'arracherai de leurs mains.

Dans le cas où Omphale serait relâchée, elle jura de même de me servir, et nous pleurâmes toutes deux. La journée se passa sans événements; vers les cinq heures, Sévérino remonta lui-même.

– Allons, dit-il brusquement à Omphale, es-tu prête?

– Oui, mon père, répondit-elle en sanglotant; permettez que j'embrasse mes compagnes.

– Cela est inutile, dit le moine; nous n'avons pas le temps de faire une scène de pleurs; on nous attend, partons.

Alors elle demanda s'il fallait qu'elle emportât ses hardes.

– Non, dit le supérieur, tout n'est-il pas de la maison? Vous n'avez plus besoin de cela.

Puis se reprenant, comme quelqu'un qui en a trop dit:

– Ces hardes vous deviennent inutiles, vous en ferez faire sur votre taille qui vous iront mieux; contentez-vous donc d'emporter seulement ce que vous avez sur vous.

Je demandai au moine s'il voulait me permettre d'accompagner Omphale seulement jusqu'à la porte de la maison… Il me répondit par un regard qui me fit reculer d'effroi… Omphale sort, elle jette sur nous des yeux remplis d'inquiétude et de larmes, et dès qu'elle est dehors, je me précipite sur mon lit, au désespoir.

Accoutumées à ces événements, ou s'aveuglant sur leurs suites, mes compagnes y prirent moins de part que moi, et le supérieur rentra au bout d'une heure; il venait prendre celles du souper. J'en étais; il ne devait y avoir que quatre femmes, la fille de douze ans, celle de seize, celle de vingt-trois et moi. Tout se passa à peu près comme les autres jours; je remarquai seulement que les filles de garde ne s'y trouvèrent pas, que les moines se parlèrent souvent à l'oreille, qu'ils burent beaucoup, qu'ils s'en tinrent à exciter violemment leurs désirs, sans jamais se permettre de les consommer, et qu'ils nous renvoyèrent de beaucoup meilleure heure, sans en garder aucune à coucher… Quelles inductions tirer de ces remarques? Je les fis parce qu'on prend garde à tout dans de semblables circonstances, mais qu'augurer de là? Ah! ma perplexité était telle, qu'aucune idée ne se présentait à mon esprit qu'elle ne fût aussitôt combattue par une autre; en me rappelant les propos de Clément je devais tout craindre sans doute; et puis, l'espoir… ce trompeur espoir qui nous console, qui nous aveugle et nous fait ainsi presque autant de bien que de mal, l'espoir enfin venait me rassurer… Tant d'horreurs étaient si loin de moi, qu'il m'était impossible de les supposer! Je me couchai dans ce terrible état; tantôt persuadée qu'Omphale ne manquerait pas au serment; convaincue l'instant d'après que les cruels moyens qu'on prendrait vis-à-vis d'elle lui ôteraient tout pouvoir de nous être utile. Et telle fut ma dernière opinion quand je vis finir le troisième jour sans avoir encore entendu parler de rien.

Le quatrième je me trouvais encore du souper; il était nombreux et choisi. Ce jour-là, les huit plus belles femmes s'y trouvaient; on m'avait fait la grâce de m'y comprendre; les filles de garde y étaient aussi. Dès en entrant nous vîmes notre nouvelle compagne.

– Voilà celle que la société destine à remplacer Omphale, mesdemoiselles, nous dit Sévérino.

Et en disant cela, il arracha du buste de cette fille les mantelets, les gazes dont elle était couverte, et nous vîmes une jeune personne de quinze ans, de la figure la plus agréable et la plus délicate: elle leva ses beaux yeux avec grâce sur chacune de nous; ils étaient encore humides de larmes, mais de l'intérêt le plus vif; sa taille était souple et légère, sa peau d'une blancheur éblouissante, les plus beaux cheveux du monde, et quelque close de si séduisant dans l'ensemble, qu'il était impossible de la voir sans se sentir involontairement entraîné vers elle. On la nommait Octavie; nous sûmes bientôt qu'elle était fille de la première qualité, née à Paris et sortant du couvent pour venir épouser le comte de ***: elle avait été enlevée dans sa voiture avec deux gouvernantes et trois laquais; elle ignorait ce qu'était devenue sa suite; on l'avait prise seule vers l'entrée de la nuit, et, après lui avoir bandé les yeux, on l'avait conduite où nous la voyions sans qu'il lui fût devenu possible d'en savoir davantage.

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