Justine Ou Les Malheurs De La Vertu
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:
Ce qu'il y a de bien singulier, c'est que tant qu'il n'est question que de choses futiles, nous ne nous étonnons pas de la différence des goûts; mais sitôt qu'il s'agit de la luxure, voilà tout en rumeur; les femmes toujours surveillantes à leurs droits, les femmes que leur faiblesse et leur peu de valeur engagent à ne rien perdre, frémissent à chaque instant qu'on ne leur enlève quelque chose, et si malheureusement on met en usage dans la jouissance des procédés qui choquent leur culte, voilà des crimes dignes de l'échafaud. Et cependant quelle injustice! Le plaisir des sens doit-il donc rendre un homme meilleur que les autres plaisirs de la vie? Le temple de la génération, en un mot, doit-il mieux fixer nos penchants, plus sûrement éveiller nos désirs, que la partie du corps ou la plus contraire, ou la plus éloignée de lui, que l'émanation de ce corps ou la plus fétide, ou la plus dégoûtante? Il ne doit pas, ce me semble, paraître plus étonnant de voir un homme porter la singularité dans les plaisirs du libertinage, qu'il ne doit l'être de la lui voir employer dans les autres fonctions de la vie! Encore une fois, dans l'un et l'autre cas, sa singularité est le résultat de ses organes: est-ce sa faute si ce qui vous affecte est nul pour lui, ou s'il n'est ému que de ce qui vous répugne? Quel est l'homme qui ne réformerait pas à l'instant ses goûts, ses affections, ses penchants sur le plan général, et qui n'aimerait pas mieux être comme tout le monde, que de se singulariser, s'il en était le maître? Il y a l'intolérance la plus stupide et la plus barbare à vouloir sévir contre un tel homme; il n'est pas plus coupable envers la société, quels que soient ses égarements, que ne l'est, comme je viens de le dire, celui qui serait venu au monde borgne ou boiteux. Et il est aussi injuste de punir ou de se moquer de celui-ci qu'il le serait d'affliger l'autre ou de le persifler. L'homme doué de goûts singuliers est un malade; c'est, si vous le voulez, une femme à vapeurs hystériques. Nous est-il jamais venu dans l'idée de punir ou de contrarier l'un ou l'autre? Soyons également justes pour l'homme dont les caprices nous surprennent; parfaitement semblable au malade ou à la vaporeuse, il est comme eux à plaindre et non pas à blâmer. Telle est au moral l'excuse des gens dont il s'agit; on la trouverait au physique avec la même facilité sans doute, et quand l'anatomie sera perfectionnée, on démontrera facilement, par elle, le rapport de l'organisation de l'homme aux goûts qui l'auront affecté. Pédants, bourreaux, guichetiers, législateurs, racaille tonsurée, que ferez-vous quand nous en serons là? Que deviendront vos lois, votre morale, votre religion, vos potences, votre paradis, vos dieux, votre enfer, quand il sera démontré que tel ou tel cours de liqueurs, telle sorte de fibres, tel degré d'âcreté dans le sang ou dans les esprits animaux suffisent à faire d'un homme l'objet de vos peines ou de vos récompenses? Poursuivons: les goûts cruels t'étonnent?
Quel est l'objet de l'homme qui jouit? N'est-il pas de donner à ses sens toute l'irritation dont ils sont susceptibles, afin d'arriver mieux et plus chaudement, au moyen de cela, à la dernière crise… crise précieuse qui caractérise la jouissance de bonne ou mauvaise, en raison du plus ou du moins d'activité dont s'est trouvée cette crise? Or, n'est-ce pas un sophisme insoutenable que d'oser dire qu'il est nécessaire pour l'améliorer qu'elle soit partagée de la femme? N'est-il donc pas visible que la femme ne peut rien partager avec nous sans nous prendre, et que tout ce qu'elle dérobe doit nécessairement être à nos dépens? Et de quelle nécessité est-il donc, je le demande, qu'une femme jouisse quand nous jouissons? Y a-t-il dans ce procédé un autre sentiment que l'orgueil qui puisse être flatté? et ne retrouvez-vous pas d'une manière bien plus piquante la sensation de ce sentiment orgueilleux, en contraignant au contraire avec dureté cette femme à cesser de jouir, afin de vous faire jouir seul, afin que rien ne l'empêche de s'occuper de votre jouissance? La tyrannie ne flatte-t-elle pas l'orgueil d'une manière bien plus vive que la bienfaisance? Celui qui impose, en un mot, n'est-il pas le maître bien plus sûrement que celui qui partage? Mais comment put-il venir dans la tête d'un homme raisonnable que la délicatesse eût quelque prix en jouissance? Il est absurde de vouloir soutenir qu'elle y soit nécessaire; elle n'ajoute jamais rien au plaisir des sens: je dis plus, elle y nuit; c'est une chose très différente que d'aimer ou que de jouir; la preuve en est qu'on aime tous les jours sans jouir, et qu'on jouit encore plus souvent sans aimer. Tout ce qu'on mêle de délicatesse dans les voluptés dont il s'agit ne peut être donné à la jouissance de la femme qu'aux dépens de celle de l'homme, et tant que celui-ci s'occupe de faire jouir, assurément il ne jouit pas, ou sa jouissance n'est plus qu'intellectuelle, c'est-à-dire chimérique et bien inférieure à celle des sens. Non, Thérèse, non, je ne cesserai de le répéter, il est parfaitement inutile qu'une jouissance soit partagée pour être vive; et pour rendre cette sorte de plaisir aussi piquant qu'il est susceptible de l'être, il est au contraire très essentiel que l'homme ne jouisse qu'aux dépens de la femme, qu'il prenne d'elle (quelque sensation qu'elle en éprouve) tout ce qui peut donner de l'accroissement à la volupté dont il veut jouir, sans le plus léger égard aux effets qui peuvent en résulter pour la femme, car ces égards le troubleront: ou il voudra que la femme partage, alors il ne jouit plus, ou il craindra qu'elle ne souffre, et le voilà dérangé. Si l'égoïsme est la première loi de la nature, c'est bien sûrement plus qu'ailleurs dans les plaisirs de la lubricité que cette céleste mère désire qu'il soit notre seul mobile. C'est un très petit malheur que, pour l'accroissement de la volupté de l'homme, il lui faille ou négliger ou troubler celle de la femme; car si ce trouble lui fait gagner quelque chose, ce que perd l'objet qui le sert ne le touche en rien; il doit lui être indifférent que cet objet soit heureux ou malheureux, pourvu que lui soit délecté; il n'y a véritablement aucune sorte de rapports entre cet objet et lui. Il serait donc fou de s'occuper des sensations de cet objet aux dépens des siennes; absolument imbécile si, pour modifier ces sensations étrangères, il renonce à l'amélioration des siennes. Cela posé, si l'individu dont il est question est malheureusement organisé de manière à n'être ému qu'en produisant, dans l'objet qui lui sert, de douloureuses sensations, vous avouerez qu'il doit s'y livrer sans remords, puisqu'il est là pour jouir, abstraction faite de tout ce qui peut en résulter pour cet objet… Nous y reviendrons: continuons de marcher par ordre.
Les jouissances isolées ont donc des charmes, elles peuvent donc en avoir plus que toutes autres; eh! s'il n'en était pas ainsi, comment jouiraient tant de vieillards, tant de gens ou contrefaits ou pleins de défauts? Ils sont bien sûrs qu'on ne les aime pas; bien certains qu'il est impossible qu'on partage ce qu'ils éprouvent: en ont-ils moins de volupté? Désirent-ils seulement l'illusion? Entièrement égoïstes dans leurs plaisirs, vous ne les voyez occupés que d'en prendre, tout sacrifier pour en recevoir, et ne soupçonner jamais, dans l'objet qui leur sert, d'autres propriétés que des propriétés passives. Il n'est donc nullement nécessaire de donner des plaisirs pour en recevoir; la situation heureuse ou malheureuse de la victime de notre débauche est donc absolument égale à la satisfaction de nos sens; il n'est nullement question de l'état où peut être son cœur et son esprit; cet objet peut indifféremment se plaire ou souffrir à ce que vous lui faites, vous aimer ou vous détester: toutes ces considérations sont nulles dès qu'il ne s'agit que des sens. Les femmes, j'en conviens, peuvent établir des maximes contraires; mais les femmes, qui ne sont que les machines de la volupté, qui ne doivent en être que les plastrons, sont récusables toutes les fois qu'il faut établir un système réel sur cette sorte de plaisir. Y a-t-il un seul homme raisonnable qui soit envieux de faire partager sa jouissance à des filles de joie? Et n'y a-t-il pas des millions d'hommes qui prennent pourtant de grands plaisirs avec ces créatures? Ce sont donc autant d'individus persuadés de ce que j'établis, qui le mettent en pratique, sans s'en douter, et qui blâment ridiculement ceux qui légitiment leurs actions par de bons principes, et cela, parce que l'univers est plein de statues organisées qui vont, qui viennent, qui agissent, qui mangent, qui digèrent, sans jamais se rendre compte de rien.