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Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]

Электронная книга - «Le sorcier de Terremer [A wizard of Earthsea - fr]». Краткое содержание книги:

Le passé ou le futur ?Un monde : Terremer.Une planète harmonieuse d’îles et d’océans, de golfes, d’archipels et de récifs, où les sociétés de l’homme se sont éparpillées, diversifiées. Sous le signe de la magie. Une magie expliquée, construite par les forces mêmes de ce monde. Une magie dépendante des éléments et des animaux.C’est au nord de Terremer, dans l’île de Gont, que naît Ged, très tôt surnommé l’Epervier. Il parle aux oiseaux, au bétail. Elevé dans la connaissance des invocations élémentaires, il part, très jeune encore, pour l’île de Roke. Là, guidé par l’Archimage, il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Il devient maître en l’art des illusions et, surestimant ses talents, libère dans la réalité une entité de cauchemar, une émanation du royaume des morts. Magicien hanté, il affronte le monde en même temps qu’un ennemi indicible devant lequel la sorcellerie reste sans moyens.
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Devant veiller à certaines affaires avant de quitter Iffïsh, Vesce se rendit dans les autres villages de l’île en compagnie du jeune garçon qui était apprenti sorcier à son service. Ged demeura avec Achillée et son frère, qui s’appelait Murre. Il semblait n’être qu’un jeune garçon, car il n’y avait pas en lui la moindre étincelle de ce pouvoir qu’ont les mages, et il n’était jamais allé ailleurs que sur Iffïsh, Tok et Holp. Sa vie était facile, sans problèmes. Ged le contemplait avec étonnement et envie, et il regardait Ged exactement de la même manière : pour chacun, il semblait très étrange que l’autre, si différent, eût le même âge, dix-neuf ans. Ged se demandait, ébahi, comment quelqu’un qui avait vécu dix-neuf années pouvait être aussi insouciant. Admirant le visage jovial et avenant de Murre, il se sentait décharné et mal dégrossi, sans savoir que Murre l’enviait en dépit des nombreuses cicatrices qu’il portait sur le visage, qu’il y voyait les marques des griffes d’un dragon, la rune même et le signe d’un héros.

Les deux jeunes hommes étaient ainsi quelque peu intimidés l’un par l’autre, mais Achillée, se trouvant dans sa propre maison et en étant la maîtresse, ne fut bientôt plus impressionnée par Ged. Il était très gentil avec elle, et nombreuses étaient les questions qu’elle lui posait ; car Vesce, prétendait-elle, ne lui disait jamais rien. Durant ces deux jours, elle s’affaira à préparer des galettes de froment pour les provisions des voyageurs, du poisson séché, de la viande, et d’autres vivres qu’elle emballa et prépara pour le bateau, jusqu’à ce que Ged lui demande d’arrêter, car il ne projetait pas de faire voile droit sur Selidor sans escale.

« Où se trouve Selidor ? »

— « Très loin dans le Lointain Ouest, où les dragons sont aussi communs que des souris. »

— « Dans ce cas, tu ferais mieux de rester dans l’Est, car nos dragons ont la taille des souris. Tiens, voilà votre viande ; es-tu certain qu’il y en a suffisamment ? Dis-moi, il y a quelque chose que je ne comprends pas : toi et mon frère êtes tous deux de puissants sorciers, un geste de la main, un mot et le tour est joué. Alors, comment pouvez-vous avoir faim ? Quand vient l’heure du souper en mer, pourquoi ne pas dire simplement Pâté à la viande ? Le pâté apparaît, et vous le mangez. »

— « Oh, nous pourrions le faire ! Mais nous ne tenons pas à manger nos mots, comme on dit. Pâté ! n’est qu’un mot, après tout… Nous pouvons lui donner un goût, une saveur, et même une consistance, mais cela reste un mot. Il trompe l’estomac mais n’apporte aucune force à l’homme affamé. »

— « Les sorciers ne sont donc pas cuisiniers », dit Murre, qui était assis de l’autre côté du feu en face de Ged et sculptait un couvercle de boîte de bois fin ; son métier consistait en effet à travailler le bois, mais il l’exerçait sans ardeur.

— « Et les cuisiniers ne sont pas sorciers, hélas », dit Achillée agenouillée pour voir si les derniers gâteaux, cuisant sur une plaque au-dessus des briques de l’âtre, étaient en train de brunir. « Mais je ne comprends toujours pas, Êpervier. J’ai vu mon frère, et même son apprenti, faire la lumière dans un endroit sombre en disant simplement un seul mot : et la lumière brille, elle est vive, ce n’est pas un mot, mais une lumière avec laquelle on voit où l’on marche ! »

— « Oui », répondit Ged. « La lumière est une puissance. Une grande puissance grâce à laquelle nous existons, mais qui existe au-delà de nos besoins, par elle-même. La lumière du soleil et celle des étoiles sont le temps, et le temps est la lumière. Dans la lumière du soleil, dans les jours et les années, là se trouve la vie. Dans un lieu sombre, la vie peut requérir la lumière – en la nommant. Mais d’ordinaire, quand on voit un sorcier nommer ou appeler quelque chose, un objet, pour qu’il apparaisse, ce n’est pas la même chose, il n’appelle pas une puissance plus grande que lui-même, et ce qui apparaît n’est qu’une illusion. Mais appeler une chose qui n’est pas là du tout, l’appeler en énonçant son vrai nom, voilà qui est une grande maîtrise, dont on ne saurait faire usage à la légère. Pas pour satisfaire une simple faim. Achillée, ton petit dragon vient de voler une galette. »

Achillée avait écouté Ged avec tant d’attention, sans le quitter un instant des yeux, qu’elle n’avait pas vu le harrekki descendre de son chaud perchoir, c’est-à-dire le crochet de la marmite, et attraper une galette plus grosse que lui. Elle prit sur ses genoux la petite bête à écailles et lui donna des petits morceaux de galette tout en songeant à ce que Ged venait de lui dire.

— « Autrement dit, tu ne fais pas apparaître un véritable pâté à la viande sans déranger ce dont mon frère parle toujours… je ne me souviens plus du nom… »

— « L’Équilibre », répondit simplement Ged, car elle était très sérieuse.

— « Oui. Mais quand tu as fait naufrage, tu es reparti dans une barque faite essentiellement de sorts, et elle n’a pas pris l’eau. Était-ce une illusion ? »

— « Eh bien, en partie oui, parce que je n’aime pas tellement voir la mer à travers les trous de la coque ; je les ai donc bouchés pour donner au bateau meilleure allure. Mais la résistance de la barque, elle, n’était pas une illusion, ni une requête ; elle était due à un art différent, un sort-liant. Le bois était lié pour être un tout, une chose entière, un bateau. Qu’est-ce qu’un bateau, sinon une chose qui ne prend pas l’eau ? »

— « Moi, j’en ai écopé quelques-uns, des bateaux qui prennent l’eau ! » fît Murre.

— « Oh, le mien n’aurait pas été bien étanche non plus si je n’avais pas constamment veillé au sort. » Ged se pencha, prit une galette au-dessus des briques et la fit sauter dans ses mains car elle était fort chaude. « Moi aussi, j’ai volé une galette. »

— « Alors tu vas te brûler les doigts : Et quand tu mourras de faim en pleine mer, loin des îles, tu penseras à cette galette et tu te diras : Ah ! si seulement je n’avais pas volé cette galette, je pourrais la manger maintenant ! Je vais manger celle de mon frère, pour qu’il puisse mourir de faim comme toi… »

— « Ainsi, l’Équilibre est maintenu », observa Ged, tandis qu’elle prenait et mâchonnait une galette brûlante à demi rôtie. Elle manqua de s’étrangler de rire, mais reprenant rapidement son attitude sérieuse, elle dit : « J’aimerais bien pouvoir vraiment comprendre ce que tu m’expliques, mais je suis trop idiote. »

— « Petite sœur », lui répondit Ged, « c’est que je n’ai aucun talent pour expliquer. Si nous avions davantage de temps… »

— « Nous aurons davantage de temps », dit Achillée. « Quand mon frère reviendra, tu viendras avec lui, au moins pour quelques jours, n’est-ce pas ? »

— « Si je le puis », répondit-il galamment.

Il y eut un bref instant de silence, puis Achillée demanda, tout en regardant le harrekki regrimper sur son perchoir : « Dis-moi juste ceci, si ce n’est un secret ; quelles autres grandes puissances y a-t-il, hormis la lumière ? »

— « Ce n’est pas un secret. Toutes les puissances, je pense, ne font qu’un tour en leur source et en leur fin. Les années et les distances, les astres et les chandelles, l’eau, le vent et la sorcellerie, l’art de la main humaine et la sagesse des racines de l’arbre : tout s’élève en même temps. Mon nom, et le tien, et le vrai nom du soleil ou d’une source, ou d’un enfant qui n’a pas encore vu le jour, tous forment les syllabes du grand mot que prononce très lentement l’éclat des étoiles. Il n’y a pas d’autre puissance. Pas d’autre nom. »

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