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Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:

Trois scénaristes et une romancière se retrouvent un matin dans le bureau du directeur d'une grande chaîne de télévision. Celui-ci va leur confier la rédaction d'une nouvelle série qu'ils devront entièrement créer. Ça commence un peu comme un conte de fée pour ces quatre écrivains plus ou moins ratés. Seulement ils apprennent très vite que la série n'existera que pour remplir les quotas minimums de fictions françaises sur la chaîne. Et donc qu'elle sera diffusée en plein milieu de la nuit. Pour nos quatre protagonistes la question de travailler à blanc ne se pose pas longtemps : ils ont besoin d'argent. En plus l'horaire de diffusion leur permet d'avoir toutes les libertés scénaristiques (à partir du moment où ça coûte le moins cher possible). Ce livre se déroule entre critique acerbe du milieu de la télévision et portrait attendrissant de quatre personnages complexes et troublants. Il pose également la question de la création artistique, de l'engagement que cela demande, de sa force et de sa faiblesse. Enfermés tous les quatre dans une pièce avec ordinateurs, télévisions, à se gaver de pizzas et de vodka poivrée, ils vont finir par créer une saga qui va finalement bouleverser leur vie. Ce livre passe par plusieurs étapes littéraires : on est tout d'abord dans le roman contemporain assez classique, avec des personnages un peu paumés mais sympathiques, puis petit à petit s'installe une analyse des coulisses de la télévision, on passe ensuite par une société décrite dans une certaine folie. Et on atteint la surenchère , dans une sorte d'histoire proche de la science fiction où la folie semble habiter tous les protagonistes. Vraiment un excellent livre, haletant, qui mène son lecteur de rebondissements en découvertes humaines époustouflantes !
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– Elle aurait des aptitudes particulières?

– Qu'est-ce que tu veux dire?

– Je ne sais pas, n'importe quoi, le tennis, les claquettes, le saut à l'élastique…

– Il faudrait qu'elle parle plein de langues, j'aime les femmes qui parlent plein de langues. Son français aurait une petite pointe d'accent. Dans des circonstances très précises, elle choisirait le japonais sans que personne ne sache pourquoi. Parfois elle citerait Shakespeare dans le texte. Et si par-dessus le marché, elle sait lancer le boomerang…

Le Vieux rompt un délicieux petit silence en détachant une page de son bloc-notes.

– Je crois que je n'ai rien oublié. Nous allons voir combien de temps ils vont mettre à trouver Dune.

– Cette fille-là n'existe pas! hurle Jérôme.

– Lina va envoyer ses sbires dans tous les coins du monde et passer des annonces sur les cinq continents, mais ils nous la trouveront!

Le Vieux a raison, il faut en profiter tant que nous avons le pouvoir. Le 21 juin, on nous jettera dehors, mais d'ici là, on va leur en faire voir!

– J'ai 40 ans, dit Mathilde, c'est dire le temps qu'il m'a fallu pour trouver quelqu'un qui satisfasse tous mes caprices. Il s'appelle Séguret et je l'userai jusqu'à la corde comme une danseuse ruine son banquier d'amant.

Je nous sers une tournée générale de vodka au poivre et nous trinquons à cette Dune qu'il nous tarde de connaître. Jérôme hausse les épaules, il pense que Louis se fout de lui depuis le début. Mathilde regarde l'heure et s'en va la première. Tristan saisit ses béquilles pour sa promenade vespérale dans la salle de montage.

Le Vieux lui demande s'il peut l'accompagner, il a envie de voir comment travaille William.

– Vous m'aiderez à ouvrir les portes, dit Tristan en souriant.

Ils s'éclipsent tous les deux. Je cherche partout la bouteille de vodka, Jérôme rince les verres. Le fax se met en marche et à cette heure-ci, nous n'avons aucune bonne nouvelle à espérer.

– Si c'est encore des conneries à bricoler d'urgence, cet enfoiré de Séguret peut aller se brosser.

Il arrache le papier et le lit. Je redoute le pire.

– Ils font une fête dans les studios…

– Quand?

– Ce soir.

– Sympa de nous prévenir à la dernière minute.

– Ils ont calé l'anniversaire de Jonas sur la fin de tournage du n°67.

– Ça te tente?

– On ne connaît personne. On aurait l'air de quoi…?

*

Nous sommes restés silencieux, pensifs, dans le taxi qui me déposait chez moi avant de ramener Jérôme au bureau. Soûlés au Champagne. Séguret est passé en coup de vent sans nous repérer. Personne ne nous a reconnus, personne ne nous a demandé ce que nous faisions là et personne ne nous a adressé la parole.

– Celle qui fait Evelyne a l'air plutôt sympa.

Le buffet était somptueux, le Champagne excellent et les traiteurs servaient des petits plats chauds faciles à manger.

– Qui était ce type qui s'est pincé le nez quand on lui a demandé ce qu'il pensait du dernier script?

– Celui qui ressemblait à Walter?

– Oui.

– C'était Walter.

Avant les festivités, j'ai assisté à la fin du tournage. Je ne me doutais pas de cet invraisemblable ballet, ces décors qui valsent, ces dizaines d'individus qui se tournent autour. En me baladant, je me suis retrouvé au beau milieu d'une galerie d'art contemporain pleine de toiles et de sculptures. J'avais envie de situer la rencontre de Bruno et sa fiancée dans un endroit comme celui-là, et je m'étais même amusé à inventer des œuvres. Un nu hyperréaliste près d'un radiateur, un assemblage d'assiettes et de photos de Dali, une colonne de photocopieurs déglingués, un monochrome orange lacéré de part en part. Sur mon ordinateur, je m'en étais donné à coeur joie, j'ai balancé du concept et de l'effervescence chromatique à qui mieux mieux, persuadé que la production mettrait toutes mes pointilleuses descriptions au panier pour acheter de vagues reproductions aux puces de Saint-Ouen. Eh bien, non! Ils ont tout fait faire sur mesure! Mon nu au radiateur est une merveille! Mon installation de photocopieurs mériterait sa place à Beaubourg! Je suis un artiste! Un artiste!

– Tu as entendu l'histoire du jeu?

– Non.

– Ils vont commercialiser un jeu de l'oie tiré de la Saga.

– Tu plaisantes?

– Authentique. Le genre: avancez de trois cases, Mildred teste votre Q.I., si vous avez moins de 100, reculez de cinq cases. Sautez quatre cases pour ne pas tomber dans un attentat de Pedro Menendez, etc.

– Tu crois qu'on va toucher des ronds, là-dessus?

– Va savoir.

J'ai bien aimé le speech du producteur délégué. Il a dît que la Saga était une grande famille dont il remerciait tous les membres un par un. La liste était longue, ça allait des rôles principaux aux plus petits techniciens, sans oublier tous les postes clés de la chaîne, avec une mention spéciale pour notre père à tous: Alain Séguret. Aucun scénariste n'a été cité. Il a souhaité un bon anniversaire à Jonas et a fait une distribution de cadeaux, c'était la grande surprise de la soirée: un coffret de quatre cassettes qui réunissent les douze premiers épisodes du feuilleton. Tonnerre d'applaudissements. J'ai réussi à choper un coffret mais Jérôme a eu moins de chance que moi.

– A demain, mec.

Quand je me suis glissé dans mon lit, encore embrumé par les vapeurs de champagne, j'ai parlé à Charlotte comme si elle était présente dans la pièce.

– Tu sais, aujourd'hui, j'ai utilisé Dieu comme personnage.

(-…)

– Je me doutais que tu allais dire un truc dans ce genre-là bien figure-toi que je ne sais plus si c'est le Dieu dont tout le monde parle ou si je L'ai créé de toutes pièces.

(-…)

– Oui, demain il échangera quelques mots avec Bruno. Peut-être que Dieu ne prononce que des phrases nues.

(-…)

– Peut-être, mais pas tout de suite. Je vais d'abord organiser une rencontre avec ce pauvre pasteur qui doute de son existence. Et toi, au boulot, rien de neuf?

*

Walter a eu un accident de voiture, ce matin, il n'était même pas dix heures. Jérôme n'y est pas allé de main morte, la voiture crève une tour en verre et fait trois tonneaux avant de tomber dans une piscine. Le Vieux pense que Séguret sera d'accord pour la cascade, mais la mort de Walter ne passera jamais. Le départ de Marie était déjà un point limite. Mais Jérôme est remonté à bloc. Il est capable d'engager une partie de bras de fer avec Séguret et toute sa bande de décideurs s'il n'obtient pas satisfaction.

– Il est dans le coma jusqu'à nouvel ordre, pendant au moins deux épisodes! Si tu avais vu sa gueule, hier soir, au milieu de toute sa cour. Ce petit air supérieur quand il parlait du script.

– Il n'a pas aimé la scène où il supplie à genoux le fantôme a Loli qui vient le hanter, dis-je.

– Tant pis pour sa gueule! À partir d'aujourd'hui, il est sur un lit d'hôpital, relié à un cordon d'alimentation qu'on peut couper tout moment s'il ne se tient pas à carreau. Qu'on le lui dise, a enfoiré.

M. Vengeance a parlé. Et cette vieille crapule de Louis ajoute, avec un sourire pervers:

– Le public va adorer, on peut même imaginer une mystérieuse silhouette qui hante l'hôpital avec une grande paire de ciseaux.

A nous quatre, nous faisons plus de bruit que des supporters du parc des Princes. C'est beau, l'esprit d'équipe.

Le reste de la journée s'est déroulé dans un climat de franche détente. Depuis que nous avons six jours pleins pour écrire un seul épisode de quatre-vingt-dix minutes, nous multiplions les moments de farniente et de rigolade. Il ne se passe pas un jour sans que nous allions prendre l'air, tous les quatre, dans le petit square au bout de l'avenue. Soleil.

– La Saga mourra de sa belle mort l'été venu, dit Louis, mais ce n'est pas une raison pour la suivre dans la tombe. Qu'est-ce que vous comptez faire, après?

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