Saga
- Автор: Бенаквиста Тонино
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:
Les images défilent à nouveau. Camille est de plus en plus glamour. Depuis que Marie est partie, elle est devenue l'objet fantasmatique du feuilleton. Séguret a poussé dans ce sens-là, bien sûr. Aujourd'hui, celle qui joue le rôle pose dans des magazines de charme et donne des conseils beauté. Elle rassure les journalistes: «Non, Camille ne se suicidera pas.» Pour l'instant, sur l'écran, elle est dans le piano-bar d'un hôtel de luxe avec Pedro «White» Menendez, le terroriste kafkaïen. Elle profite d'un moment où Pedro donne quelques ordres au téléphone pour réajuster le micro que Jonas lui a posé entre les seins. Pour elle, il est censé être un grand exportateur de cigares. Pour lui, c'est une call-girl de luxe. Ils discutent gentiment en sirotant des cocktails quand Menendez demande de but en blanc si elle a déjà vu un mort.
– … Pourquoi me demandez-vous ça?
– Répondez.
– Je n'en ai jamais vu.
– Même pas un vieux grand-père, ou un accidenté de la rue?
– Non.
– C'est dommage. On ne peut pas se faire une idée nette de la paix intérieure tant qu'on n'en a pas tenu un dans ses bras. Et pourtant, je suis contre l'idée de la mort, vous savez. Pour moi les gens devraient disparaître, du jour au lendemain, s'évaporer, se dissoudre dans la nature.
– Une vision panthéiste de la mort?
Elle le coupe de façon si spontanée que Menendez a une exprèssion de surprise. Camille ne sait comment rattraper sa bourde.
– … J'oubliais qu'on est en France, même les putes ont des lettres.
Il regarde furtivement sa montre et dit:
– Je vous laisse le choix, soit vous allez me chercher un autre verre au bar, soit vous vous asseyez tout à côté de moi pour que je puisse caresser vos seins.
Troublée, elle pose une main sur sa poitrine où le micro est enfoui mais choisit de se rapprocher de Pedro. Il l'entoure de ses bras et la plaque contre la banquette. Une seconde plus tard, le bar explose, quelques corps sont soufflés par la déflagration. Camille est indemne.
– J'avais demandé au moins trois macchabées de plus, fait Jérôme.
– Ne va pas te plaindre, il y a à peine un mois, on retenait le prix des bandes Velpeau sur ton salaire.
– On est encore loin des effets spéciaux américains mais je reconnais que l'explosion était bien foutue. Ils ont même fait des efforts sur les cascades dans la scène où Mordécaï se jette du haut de la tour.
– Mordécaï…? Je pensais qu'on l'avait déjà fait mourir vers le n° 30 ou 31?
– Mordécaï est très très riche. Avec une fortune pareille on trouve des solutions à tout, même à la mort. De toute façon personne ne s'est plaint de le voir réapparaître.
Parfois, c'est justement sur ce point que j'ai un probleme. Je m'interroge sur cette infernale liberté dont Séguret voudrait nous amputer. Il s’en est passé, des choses, depuis le fameux jour où il a lancé son «Faites n'importe quoi!». Aujourd'hui, j'en cherche la limite. Il y en a forcément une. On ne peut pas impunément transgresser les lois et entraîner dix-neuf millions d'individus dans sa folie sans qu'il y ait une censure quelque part. J'ai posé la question au Vieux. Avec un fond de tristesse dans la voix, il a répondu:
– J'ai bien peur que la seule limite soit celle de notre imagination.
Je menaçais de le faire depuis longtemps. Dans l'épisode que nous avons bouclé aujourd'hui, Dieu nous est apparu. Dieu en personne.
Il correspond bien à l'image que la plupart des gens s'en font, c'est un auguste vieillard drapé dans des vêtements blancs, son superbe visage aux traits creusés inspire une sorte de crainte mêlée de joie.
– Hé, Louis, tu crois que ça suffit, comme description?
– Fais voir… En rentrant de son jogging, Bruno rencontre un auguste vieillard drapé dans des vêtements blancs, son superbe visage aux traits creusés inspire une sorte de crainte mêlée de joie. Amplement suffisant.
Lina, la chasseuse de têtes, va avoir du mal à trouver un mec dont le regard inspire une sorte de crainte mêlée de joie. Déjà qu'ils sont allés chercher la Créature dans une espèce de phalanstère d'acteurs, en Hongrie, ça a fait tout un pataquès. Après tout, qu'elle se débrouille. Ça donnera une chance à ses émissaires de justifier leur salaire.
– A propos de casting, dit Jérôme, il faut qu'ils recrutent la fille qui va jouer Dune.
– Rappelez-nous qui est cette Dune.
– Une nana qui s'est échappée de la secte des Barbariens. Elle a vingt-cinq/trente ans, elle est plutôt jolie, point final.
– C’est tout? demande Mathilde. Vous créez le personnage d'une belle fille de vingt-cinq ans, et c'est tout ce qui vous vient l'esprit?
– Les filles ça n'a jamais été son truc, ricane Tristan. Sous ses airs, comme ça, c'est un timide. Quand il était ado, il essayait de les attirer à la maison en leur promettant de leur montrer «l'homme-canapé». Tu te souviens de la rouquine?
– Tu n'es pas obligé de raconter, dit Jérôme, cramoisi.
– Et devinez qui faisait «l'homme-canapé»?
– Quand je décris un beau gosse, dit Mathilde, je puise dans mes reliquats fantasmatiques. Ça va du voisin de palier à la star hollywoodienne.
– Il n'y a pas une actrice qui te plairait? Paraît que ça se bouscule pour jouer dans Saga.
– Bof…
– Dans ce cas, il faut la créer de toutes pièces, dit Louis. Décris-nous la femme idéale, pour toi.
C'est un plaisir de le voir triturer ses doigts, les yeux rivés sur ses tennis. Lui qui se fout de moi chaque fois qu'une fille passe dans le couloir. Lui pour qui les personnages féminins servent au repos du guerrier quand elles ne sont pas elles-mêmes des Rambo en bas résille. Dans deux minutes on va apprendre que c'est un grand sentimental.
– Arrêtez de me regarder comme ça. Je ne me suis jamais posé la question…
– Une brune, une blonde?
– …
– Une rouquine? fait Tristan en rigolant de plus belle.
– Plutôt… une brune. Avec des cheveux longs et raides comme des baguettes.
– Ses yeux?
– … Il faudrait qu'elle ait les yeux très bleus et que sa peau soit mate, un peu cuivrée, comme une indienne Zuni, et puis…
– Et puis quoi?
– … Elle aurait un sourire imperceptible, comme une geisha. Elle aurait des jambes interminables et une poitrine discrète, cuivrée, aussi, la poitrine.
– Profil psychologique?
– L'adorable emmerdeuse?
– La vipère fatale?
– Pas du tout. Le moindre de ses gestes donnerait une impression de sérénité, on lirait en elle comme dans un livre ouvert et son rire coulerait comme une petite rivière.