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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Ce que je ne comprends pas, dit Ender, c’est pourquoi Novinha n’a pas épousé Libo. Il est absolument incompréhensible qu’elle se soit mariée avec un homme qu’elle méprisait manifestement, dont elle connaissait vraisemblablement la maladie, puis qu’elle ait porté les enfants de l’homme qu’elle devait aimer depuis le début.

— Les chemins de l’esprit humain sont tortueux et pervers, déclara sentencieusement Jane. Il était stupide de la part de Pinocchio de vouloir devenir un véritable petit garçon. Sa tête de bois était nettement préférable.

Miro progressait prudemment dans la forêt. Il reconnaissait des arbres, de temps en temps, ou bien le croyait… Aucun être humain ne serait jamais en mesure, comme les piggies, de donner un nom à chaque arbre. Mais, bien entendu, les humains n’adoraient pas les arbres et ne les considéraient pas comme les totems de leurs ancêtres.

Miro avait délibérément choisi le chemin le plus long pour gagner la maison de rondins des piggies. Le jour même où Libo avait accepté que Miro devienne son deuxième apprenti, en compagnie de sa fille Ouanda, il leur avait indiqué qu’ils ne devraient jamais tracer de chemin conduisant de Milagre chez les piggies. « Un jour, avait ajouté Libo, il y aura peut-être une crise entre les humains et les piggies ; nous ne devons pas créer de chemin susceptible de conduire au pogrom. » De sorte que, ce jour-là, Miro suivait la rive opposée de la rivière, laquelle surplombait le courant.

Naturellement, un piggy apparut bientôt à quelque distance, le regardant. C’était pour cette raison que Libo avait déduit, de nombreuses années auparavant, que les femelles devaient habiter dans cette direction ; les mâles surveillaient toujours les Zenadores quand ils approchaient trop. Et, comme Libo le lui avait enseigné, Miro ne tenta pas de progresser davantage dans la direction interdite. Sa curiosité s’estompait chaque fois qu’il se souvenait de l’état dans lequel se trouvait le corps de Libo lorsqu’Ouanda l’avait découvert. Libo n’était pas encore tout à fait mort ; ses yeux étaient ouverts et bougeaient. Il ne mourut que lorsque Miro et Ouanda s’agenouillèrent près de lui, tenant chacun une main couverte de sang. Ah, Libo, ton sang circulait toujours alors que ton cœur gisait nu dans ta poitrine ouverte. Si seulement tu avais pu nous parler, nous dire d’un mot pourquoi ils t’avaient tué !

La rive redescendit au niveau du courant et Miro traversa la petite rivière en sautant sur les pierres couvertes de mousse. Quelques instants plus tard, il arrivait, entrant dans la petite clairière par l’est.

Ouanda était déjà là, apprenant aux piggies à battre la crème du lait de cabra pour en faire une sorte de beurre. Elle avait expérimenté le procédé pendant plusieurs semaines avant de le mettre au point. Cela lui aurait été plus facile si elle avait pu demander l’aide de la mère de Miro, ou d’Ela, du fait qu’elles connaissaient parfaitement les propriétés chimiques du lait de cabra, mais toute collaboration avec la Biologista était hors de question. Os Venerados avaient découvert, trente ans auparavant, que le lait de cabra n’avait aucune valeur nutritive pour les êtres humains. En conséquence, toute recherche visant à le transformer en vue de le conserver ne pouvait profiter qu’aux piggies. Miro et Ouanda ne pouvaient prendre le risque d’éveiller les soupçons sur leur intervention, contraire à la loi, dans le mode de vie des piggies.

Les jeunes piggies parurent ravis de battre le beurre – ils avaient transformé le malaxage des outres de cabras en danse et chantaient, à présent, une mélodie décousue où le stark, le portugais et deux des langues piggies s’entrechoquaient en un mélange incompréhensible et hilarant. Miro tenta d’identifier les langues. Il reconnut la Langue des Mâles, naturellement, ainsi que des fragments de la Langue des Pères, qu’ils utilisaient pour converser avec leurs arbres totémiques ; Miro n’en identifia que les sons ; Libo lui-même n’avait pas pu en traduire un seul mot. Elle paraissait exclusivement composée de m, de b et de g, sans distinction décelable entre les voyelles.

Les piggies qui avaient suivi Miro dans la forêt arrivèrent et saluèrent les autres par une sorte d’ululement puissant. La danse continua mais le chant cessa immédiatement. Mandachuva quitta le groupe qui entourait Ouanda et vint accueillir Miro au bord de la clairière.

— Bienvenue, Je-Te-Regarde-Avec-Désir.

C’était, naturellement, une traduction extravagante, en stark, du nom de Miro. Mandachuva aimait traduire les noms du portugais en stark, et inversement, bien que Miro et Ouanda aient expliqué que leurs noms n’avaient pas véritablement de sens et que c’était par pure coïncidence qu’ils ressemblaient à des mots. Mais Mandachuva tenait à ses jeux linguistiques, de sorte que Miro acceptait de s’appeler : Je-Te-Regarde-Avec-Désir, tout comme Ouanda se résolvait à se nommer Vaga, mot portugais signifiant « errance », et dont la prononciation se rapprochait de « Ouanda ».

Mandachuva était un cas troublant. C’était le doyen des piggies. Pipo le connaissait et, dans ses écrits, le présentait comme le piggy le plus prestigieux. Libo paraissait également le considérer comme un chef. Son nom n’était-il pas un terme d’argot portugais signifiant « patron « ? Pourtant, Miro et Ouanda avaient l’impression que Mandachuva était le piggy le moins puissant et le moins prestigieux. Personne ne semblait le consulter ; il paraissait toujours avoir le temps de converser avec les Zenadores, parce qu’il n’était pratiquement jamais engagé dans une tâche importante. Toutefois, c’était le piggy qui donnait le plus d’informations aux Zenadores. Miro se demandait continuellement s’il avait perdu son prestige en raison du partage des informations ou bien s’il fournissait des informations aux humains dans l’espoir que cela augmenterait son prestige. De toute façon, cela ne comptait pas vraiment. Mandachuva plaisait à Miro. Il considérait le vieux piggy comme son ami.

— La femme t’a-t-elle forcé à manger cette pâte nauséabonde ? demanda Miro.

— Vraiment dégoûtant, d’après elle. Même les petits cabras pleurent quand ils sont obligés de téter.

Mandachuva gloussa.

— Si tu fais cadeau de cela aux épouses, elles ne te parleront plus jamais.

— Cependant, il le faut, il le faut, soupira Mandachuva. Elles doivent tout voir ; elles sont aussi curieuses que les macios.

Ah oui, l’incompréhension face aux femelles. Parfois, les piggies parlaient d’elles avec un respect sincère, complexe, presque sans crainte, comme s’il s’agissait de déesses. Puis un piggy faisait une réflexion grossière, les traitant par exemple de « macios », ces vers qui vivaient dans l’écorce des arbres. Les Zenadores ne pouvaient même pas les interroger – les piggies ne répondaient jamais aux questions concernant les femelles. Pendant longtemps – très longtemps –, les piggies n’avaient même pas mentionné l’existence de femelles. Libo laissait toujours entendre, obscurément, que l’évolution était liée à la mort de Pipo. Avant sa mort, toute allusion aux femelles était taboue, sauf avec révérence dans de rares instants d’intense communion ; ensuite, les piggies avaient également adopté cette façon désespérée, mélancolique, de plaisanter à propos des « épouses ». Mais les Zenadores ne pouvaient toujours pas obtenir de réponses. Les piggies leur faisaient clairement comprendre que les femelles ne les regardaient pas.

Un sifflement provint du groupe entourant Ouanda. Mandachuva tira immédiatement Miro dans cette direction.

— Flèche veut te parler.

Miro alla s’asseoir près de Ouanda. Elle ne le regarda pas… Ils savaient depuis longtemps que les piggies étaient très gênés lorsqu’ils étaient témoins d’une conversation entre un homme et une femme, même d’un regard. Ils acceptaient de parler avec Ouanda lorsqu’elle était seule mais, en présence de Miro, ils ne lui adressaient pas la parole et ne supportaient pas qu’elle leur parle. Parfois, Miro se mettait en colère à l’idée qu’elle ne pouvait même pas lui adresser un clin d’œil. Il avait conscience de son corps comme s’il était une petite étoile émettant de la chaleur.

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