La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Quant à ce qui est du cher frère Edmond, il paraît se bien plaire à la ville de mieux en mieux; mais il parle de Mlle Edmée à son frère aîné d’une manière qui nous donne bien à penser! Ce n’est pas qu’il me soit avis qu’il y ait rien à craindre de ce côté-là, car voici une occasion, je crois, qui va montrer qu’il n’y a point de mal sans un bien: c’est que cette grande attache qu’il a pour Mme Parangon nous répond que rien ne le fera écarter des vues qu’a sur lui cette excellente dame. Je ne sais pourtant ce qu’a chanté un jeune Gautherin de N**, qui est clerc de procureur à Au**, lequel est venu voir son père la semaine passée; il a comme parlé d’une histoire d’Edmond, avec une demoiselle, voisine de M. Parangon, qui passe pour une grande coquette; il a dit que votre frère en était bien venu, ainsi que de la mère, ou belle-mère, et qu’on en parlait un peu dans la ville, disant qu’il était bientôt consolé de sa femme. Mais vous verrez que tout ça n’est que des bruits sans fondement; et puis d’ailleurs, Gautherin n’a pas dit qu’Edmond fasse du mal avec cette demoiselle. Autre chose n’ai à vous mander, très chère sœur; car pour quant à ce qui est des choses que vous me marquez dans votre lettre, je sens que je n’ai pas assez vu le monde, pour vous donner mes conseils, et je me renferme, dans ce que j’ai entendu dire l’un de ces jours à mon mari, au sujet de ce que Gautherin avait dit de son frère: «Les gens d’ici qui veulent juger de la ville, d’après ce qu’ils voient dans notre village, sont de pauvres aveugles qui parlent des couleurs, ou des sourds qui veulent juger des sons; les choses ne se font pas tout à fait là comme ici; et puis d’ailleurs, mon frère est bon et sage; il sait ce qu’il faut faire et ne faire pas. Par ainsi, moi, qui le connais mieux que ces gens-là, je me tiens coi, attendant pour juger que je me sois informé à mon frère lui-même.» Quant à ce que vous marquez dans votre lettre à Edmond qui nous est venue de son écriture, je l’ai trouvée bien jolie, et spirituellement faite, et je voudrais pouvoir écrire comme ça.
Je vous quitte en ce moment, ma très chère Ursule, pour mon fils que voilà qui s’éveille, et je ne fermerai ma lettre qu’après lui avoir donné ce qu’il demande…
Il est joli comme tout, chère petite sœur; et vous le croirez, quand vous saurez que c’est bien plus le portrait de son oncle que de son père: ce qui vient, je crois, de ce qui s’est passé au sujet d’Edmond, pendant que l’enfant était dans mon sein; car j’avais toujours Edmond devant les yeux du corps ou de l’esprit pendant sa maladie. Or vous savez bien qu’Edmond et vous, vous vous ressemblez; et par tout cela, vous voyez que mon fils est très joli. Adieu, chère bonne amie sœur. Quand donc vous verrai-je?
Lettre 22. Ursule, à Fanchon.
[La voilà qui s’émancipe à recevoir des lettres de ses amoureux, et à y répondre.].
23 mai.
Nous avons eu ici bien de l’inquiétude ces jours-ci, ma chère sœur! Mme Parangon s’enfermait seule, et nous ne la revoyions jamais que les yeux rougis de larmes: Mlle Fanchette et moi nous ne savions qu’en penser; mais enfin elle est plus calme. Je croyais pouvoir découvrir la cause de ce chagrin si vif; mais cela ne m’a pas été possible, et il faut renoncer à te donner des lumières là-dessus pour ne te parler que de moi.
D’abord, je te dirai que la copie de ma lettre à notre frère Edmond n’était pas tronquée, comme tu le crois; je me tiens sur la réserve avec les hommes, comme je te l’ai déjà marqué; je ne parle qu’en général, et je te réserve le particulier. Le marquis, dont je t’ai déjà parlé, m’a écrit deux nouvelles lettres que j’ai un peu imprudemment reçues; car je présume qu’il s’est aperçu que je les voulais garder. La première est sur un ton assez cavalier; la seconde est sur une tout autre note. Entre nous, si j’allais devenir marquise, ce serait une fortune bien au-dessus de nos espérances! Mais il ne me plaît pas, voilà le mal, et le conseiller me plaît davantage. Je crois pourtant que cela ne pourra nuire à mes affaires que le conseiller sache qu’un marquis m’a fait des propositions de mariage; et c’est pour cela que j’ai mieux reçu ce galant que les autres. Voici la première de ces deux nouvelles lettres: