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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Lettre de Mlle Fanchette.

J’ai appris ce matin que votre charmante sœur était mariée à un jeune homme très aimable, et qu’elle adore, comme elle en est adorée. Cette découverte me détermine à m’adresser à vous, jeune et charmante personne; je l’écris à madame votre sœur, et je lui propose pour vous les mêmes conditions que pour elle. Soyez persuadée que votre bonheur sera ma seule occupation, dès que j’aurai le bonheur d’avoir une réponse favorable. Je n’ai jamais rien vu de si beau que vos yeux, comme je n’ai rien vu de si voluptueux que ceux de votre sœur: mais il y a des causes pour cela que j’ignorais; il ne faut pas troubler la félicité des cœurs qui sont d’accord. Si vous êtes surprise que je sois instruit, je puis d’un mot faire cesser votre étonnement; je connais un de vos compatriotes, le chevalier Gaudet d’Arras, qui a une jeune et charmante épouse dont les attraits m’avaient d’abord subjugué; mais les femmes de votre pays sont si tendres et si fidèles, qu’en me désespérant par leurs rigueurs, elles me donnent la plus grande envie d’en trouver une qui ait le cœur libre, et que je puisse remplir. Je ne saurais mieux m’adresser qu’à vous qui êtes la sœur de l’ami le plus intime du chevalier: ainsi, vous voyez, mademoiselle, que ce n’est plus un inconnu qui vous écrit, et qui vous offre toute sa fortune et sa personne. Je suis avec respect, mademoiselle,

Votre, etc.

Nous n’avons pas trop compris ce que voulait dire cette fin; car Mlle Fanchette n’a ni frère, ni ne connaît de chevalier Gaudet d’Arras; et il y a bien chevalier, d’ailleurs, il a une jolie femme, et cela nous empêche de conjecturer une erreur dans le mot chevalier. Comme je ne ferme pas ma lettre aujourd’hui, si quelque chose se découvre, je l’y ajouterai.

28 mai.

Depuis la date du commencement de ma lettre, nous avons découvert que c’était à moi, et non à Mlle Fanchette qu’on en voulait: le monsieur m’a parlé, pour se plaindre de ce que je ne lui faisais pas réponse, mais je garde pour moi cette découverte, afin que ma jeune compagne ne dise rien, en se croyant intéressée pour son compte au silence: car j’observe que nous avons beau être sages, et ne pas avoir envie de profiter de nos conquêtes, nous sommes toujours flattées d’en faire, et cela nous occupe très agréablement. Quant au marquis, il a tenté de me faire accepter quelques présents que je n’ai eu garde de prendre. Ah Dieu! je ne le ferais pas, quand j’aurais envie du mariage secret qu’il me propose! Recevoir d’un homme! c’est une honte à laquelle je ne me sens pas disposée à descendre jamais.

Sixième lettre du Marquis, à Ursule,

en lui envoyant un présent.

Mademoiselle,

Excuserez-vous la médiocrité de la bagatelle que je vous envoie? Vous êtes si belle, que vous n’avez pas besoin de ce qui pourrait donner plus d’éclat à vos charmes: avec la simplicité de la nature, ils sont trop sûrs de tout soumettre. Mais si vous êtes trop riche en attraits, pour que cet écrin ait un prix à vos yeux, ma passion est si vive et si tendre qu’elle a besoin de ce petit soulagement. Daignez donc agréer une faible marque de mon dévouement respectueux: elle serait beaucoup plus considérable, si j’osais me flatter qu’elle fût acceptée, mais je ne compte que sur sa médiocrité, pour me sauver la honte d’un refus, qui me mortifierait cruellement! Je suis avec le plus profond respect, mademoiselle,

Votre, etc.

J’ai renvoyé le présent, qui m’avait été glissé à l’église, et j’ai eu le temps de dire au laquais, avant d’avoir lu la lettre, que je ne prétendais pas mortifier son maître par un refus, mais lui faire entendre que je ne pouvais rien accepter. J’ai gardé la lettre très sciemment: aussi, lorsque le marquis s’est offert à ma vue, ne m’a-t-il paru qu’affligé, mais nullement en colère. Le même jour, mon petit page s’est trouvé tout près de moi, comme je montais la dernière en carrosse, et il m’a dit: «Je suis lieutenant d’hier; je ferai mon chemin rapidement, si vous voulez me faire seulement la promesse de m’être fidèle? – Allez, lui ai-je dit, je vous attends lieutenant-général, et alors nous verrons.» J’ai lâché cela pour m’en débarrasser, et même, je l’avoue, pour ne pas éteindre l’envie de bien faire dans un jeune gentilhomme. Il l’a pris au sérieux; il a baisé ma robe, comme j’entrais dans la voiture, et je l’ai vu très satisfait. J’en suis charmée; avant qu’il en soit là, il m’aura oubliée, et je ne lui aurai pas fait un refus trop dur: car je n’aime causer de peine à personne.

Je ne te dirai rien de mes autres amants, pas même de mon financier, tout risible qu’il est. Mais je t’avouerai que j’ai copié une partie de ta lettre pour montrer à différentes personnes d’ici les amours de notre bonne sœur Brigitte: on les a trouvées plaisantes, et l’on en a beaucoup ri, à l’exception de Mme Parangon, qui les a louées, avec une sorte d’attendrissement. Elle m’a dit tout à l’heure qu’elle devait écrire à Edmond, et cette confidence a été accompagnée d’un soupir, qui m’a fait comprendre qu’il lui donne quelques nouveaux chagrins. J’ai témoigné de l’inquiétude; et il m’a semblé, par sa réponse, qu’Edmond contrarie encore son plan favori. Il faut que ce soit cette voisine de Mme Parangon, dont tu m’as dit un mot; car pour Edmée, quoique très aimable, Mlle Fanchette, qui la vaut au moins pour la figure, la passe pour la naissance, la fortune, et toutes les autres convenances.

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