Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
Sixte se mit à rire doucement, mais si doux que fût ce rire, il était encore formidable. Catherine, malgré elle, frissonna. Le pape tout à coup, se tourna vers elle:
– Votre fils Henri, madame, est un pauvre prince. Lorsque Guise, malgré sa défense, est venu à Paris, lorsqu’il est allé le braver jusque dans le Louvre, c’était le moment pour le roi de se défaire d’un homme qui pouvait le perdre. Il fallait alors…
Il s’arrêta brusquement… Catherine s’était penchée comme pour recueillir avidement la parole qui autorisait, sanctifiait pour ainsi dire le meurtre du duc de Guise. La parole ne tomba pas, mais la vieille reine avait compris!
– Guise, reprit le pape, m’a demandé de l’argent pour exterminer l’hérésie en France. Cet argent, je l’ai apporté, madame; Cajetan vous dira que trente mules chargées d’or arrivent sur Paris.
La reine frémit.
– Je vous remercie, continua Sixte, de m’avoir révélé un Guise que je ne connaissais pas; les millions qui viennent s’en retourneront à Rome.
La reine respira.
– C’est vrai, poursuivit le vieillard, j’ai eu peur d’Henri de Béarn. J’ai eu peur de voir l’hérésie s’asseoir avec cet homme sur le trône de France. J’ai vu que votre fils tout entier à l’orgie ne pouvait lutter avec le Huguenot. La France, perdue pour l’Église, madame, c’était une de ces catastrophes auxquelles les papes doivent parer coûte que coûte. Malgré toute mon affection pour vous, j’ai donc dû abandonner Henri III. Je l’ai fait en pleurant du chagrin que j’allais vous causer. Et je me suis tourné vers Guise… J’avoue que le duc m’apparaissait avec la Ligue comme le champion des destinées de l’Église. Je me suis trompé… vous venez de me le prouver… Et que dois-je faire à présent?… Votre fils est faible… Qui donc va nous sauver de l’hérésie!…
Catherine, alors, se redressa lentement; et elle qui n’avait encore rien dit, elle qui avait écouté en silence cette sorte de monologue du pape, répondit:
– Moi!… Me, me adsum!… Je suis là, moi!… Ce qui m’épouvantait, Saint-Père, ce qui me paralysait, c’était de savoir que Votre Sainteté n’était pas avec nous. Que dis-je!… Vous étiez contre nous! Vous étiez avec l’ennemi mortel de ma maison, avec Guise!… Ah! Saint-Père, que je sois simplement assurée de votre neutralité, je n’en demande pas plus, et vous me verrez à l’œuvre!… Est-ce que mon fils compte? Ce qui compte, c’est moi! J’ai de l’argent: je trouverai des hommes. Je me charge, à moi seule, vieille combattante, de fomenter la destruction de l’hérésie, de rétablir toute l’autorité de l’Église, et de cimenter l’autorité royale… Par le sang de mon père, mes mains ne tremblent pas… Quant à Guise, j’en fais mon affaire!
– Et que faut-il pour tout cela? demanda Sixte en souriant.
– Votre neutralité, d’abord!…
– Elle vous est acquise: je ne me mêlerai des affaires de France que lorsque vous m’appellerez… Ensuite?
– L’appui de Philippe d’Espagne!…
– Dès aujourd’hui j’enverrai Cajetan au roi Philippe et le sommerai de vous venir en aide… Ensuite?…
– Votre bénédiction, Saint-Père! dit Catherine en tombant à genoux.
Sixte Quint leva la main droite et bénit des trois doigts la reine prosternée. Et en même temps que la bénédiction, tombait sur Catherine le sourire énigmatique du vieillard.
– Saint-Père, dit la vieille reine en se relevant, pendant toute votre secrète présence à Paris, mon hôtel est à vous. Daignerez-vous accepter l’humble et pieuse hospitalité de la plus fervente et de la plus soumise de vos filles?
– Oui, dit gaiement Sixte Quint. Je suis trop vieux pour me remettre en route sans avoir pris quelques jours de repos. Mais je ne serai votre hôte qu’à la condition expresse que vous continuerez à demeurer dans votre hôtel. Je me contenterai d’un appartement pour moi et ma suite…
Catherine s’inclina dans la plus majestueuse et la plus servante des révérences. Lorsqu’elle fut sortie, Sixte Quint s’assit à une table, demeura rêveur pendant quelques minutes, puis se mit à écrire longuement. Quant il eut terminé, il fit appeler Cajetan, le seul de ses cardinaux en qui il eût une confiance absolue.
– Cajetan, lui dit-il, vous allez partir à l’instant. Hors Paris, vous lirez avec attention ce papier qui renferme des instructions précises, puis vous le détruirez quand vous aurez compris…
– Où dois-je aller, Saint-Père? demanda le cardinal.
– Il s’agit, mon bon Cajetan, de déployer toute votre diplomatie, tout cet esprit de finesse et de force qui fait de vous le plus ferme soutien de mon trône… Il s’agit de conquérir, d’amener à nous… le seul homme capable de tout entendre et de tout comprendre, capable de sauver l’Église et de restaurer l’autorité royale en France…
– Et qui est cet homme, Saint-Père?…
Sixte Quint regarda fixement le cardinal et répondit:
– C’est un huguenot. Il s’appelle Henri de Bourbon. Il est roi de Navarre en attendant d’être roi de France… Allez, Cajetan!…
XV SAÏZUMA
Pendant trois jours, le chevalier de Pardaillan et Charles d’Angoulême battirent Paris pour retrouver une trace quelconque de la petite bohémienne. Mais ce fut en vain. Pipeau lui-même, que le chevalier alla chercher à la Devinière, n’indiqua aucune piste, soit que les traces fussent inventées, soit que le chien eût perdu le flair.
– C’est fini, dit Charles avec abattement. Je ne la retrouverai plus.
– Pourquoi cela? ripostait Pardaillan. Une femme se retrouve toujours, vous pouvez m’en croire.
– Pardaillan, je suis au désespoir, reprenait le jeune homme, qui en effet avait toutes les peines à dissimuler ses larmes.
Le chevalier le regarda avec une expression de fraternelle pitié. Et il soupira, comme s’il eût bien voulu, lui aussi, être à l’heureux âge où l’on pleure parce qu’une jolie fille a disparu.
– Ah! çà, s’écria-t-il, je voudrais bien comprendre, moi! Lorsque madame votre mère me fit l’insigne honneur de me prier de veiller sur vous, je croyais que vous veniez à Paris avec des pensées d’ambition… Sur le plateau de Chaillot, je vous ai proposé de conquérir le trône vacant…
– Le trône! murmura le duc d’Angoulême en tressaillant.
– Eh! oui, par tous les diables! Pourquoi ne seriez-vous pas roi? N’êtes-vous pas de sang royal? Que manque-t-il à votre tête pour que vous ayez une figure de Majesté? Une couronne, voilà tout!
Pardaillan examinait son jeune ami avec une sorte d’inquiétude.
– Non! dit fermement le jeune homme. Non, Pardaillan, ce n’est pas pour cela que je suis venu à Paris!
Le visage du chevalier s’éclaira.
– Ainsi, dit-il, vous ne rêvez pas la royauté?…
– Non, mon ami…
– Vraiment! vous n’avez pas fait ce joyeux rêve?…
– Peut-être, Pardaillan. Mais je me suis éveillé.