Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
Guise pâlit et chancela presque sous le coup terrible que Catherine venait de lui porter tout en levant au ciel ses yeux mouillés de larmes. Henri de Béarn, roi de Navarre, était le seul qui pût lui tenir tête. C’était son cauchemar.
La reine, qui avec une prodigieuse habileté semblait admettre que le trône de France était dès lors vacant, assomma donc Henri de Guise d’un vrai coup de massue en lui rappelant soudain ce redoutable compétiteur.
– Hélas! continua-t-elle, qui donc est capable d’arrêter le huguenot dans sa marche à la couronne?… Mon fils en fuite, presque proscrit, sans soldats, ne peut rien… Et vous, mon cousin, comment feriez-vous la guerre au Béarnais? Vous n’avez pas de troupes suffisantes, et pas d’argent pour en lever!…
Ainsi, la question n’était plus de discuter les intérêts de Guise et d’Henri III… elle était d’empêcher le Béarnais de devenir roi de France!…
– Ah! madame, s’écria Guise, je mettrai le royaume à feu et à sang… mais Henri de Navarre n’arrivera pas à Paris!…
– Quelle autorité avez-vous pour conduire à bien cette entreprise? dit Catherine. Il faudrait donc tout d’abord vous faire proclamer roi! C’est-à-dire déposer mon fils, ce qui serait un crime abominable…
– Quelle que soit ma répugnance à ce crime, il faudra pourtant le commettre, madame!…
Et le duc de Guise frappa du talon le parquet. Son visage s’enflamma. Ses yeux jetèrent de sombres éclairs.
– C’est la guerre civile déchaînée, dit Catherine, et Dieu sait au profit de qui elle tournera…
Une fois encore, elle semblait abandonner son fils!… Elle admettait la royauté de Guise!
– Voyez-vous un autre moyen d’arrêter le Béarnais? demanda le duc avec une insolente ironie.
– Il y en a un, dit Catherine gravement, un seul… c’est d’attendre la mort de mon fils…
Guise tressaillit violemment. Catherine, à ce moment, paraissait auguste de douleur et de majesté. Elle poussa un profond soupir.
– Vous savez, dit-elle d’une voix infiniment douce et triste, que le pauvre enfant est condamné; vous savez que les médecins les plus experts ne lui accordent pas plus d’un an à vivre maintenant… Duc, écoutez-moi… Ne voyez en moi qu’une mère affligée, une chrétienne qui veut mourir en paix, en accomplissant jusqu’au bout son devoir… Henri est mon dernier enfant… tous les autres sont morts… Après lui, la dynastie des Valois est donc éteinte.
Guise, maintenant, écoutait avec une telle attention que le chapeau qu’il tenait à la main lui glissa des doigts et roula jusqu’aux pieds de Catherine sans qu’il s’en aperçût… Sur ce chapeau, la reine posa le bout de son pied…
Un imperceptible sourire, rapide et livide comme un éclair d’orage, balafra ses lèvres minces.
– Mon fils meurt dans quelques mois, reprit-elle avec ce calme terrible d’une mère qui a renoncé à tout au monde en présence de la catastrophe attendue, qui va succéder à la race des Valois éteinte?… Qui donc, sinon celui que le roi Henri III aura désigné lui-même?…
– Achevez, madame, balbutia Guise en prenant une attitude plus respectueuse.
– Et qui donc Henri III désignera-t-il, sinon celui que je lui aurai nommé moi-même? car grâce à Dieu, si je ne suis plus reine, je suis encore mère; si je n’ai plus de pouvoir à la cour, j’ai gardé tout mon pouvoir sur le cœur de mon enfant… Il reste donc uniquement à savoir qui est celui que je désignerai!… Vous voyez, duc, que je puis encore beaucoup… et que moi morte… car je mourrai de la mort de mon fils… c’est encore celui qui m’aura agréé qui aura le plus de chance de régner sur ce pays…
– Et celui-là, madame, palpita Guise, qui est-il?…
À ces mots, Catherine comprit que la victoire lui appartenait. Elle vit tout le travail qui venait de s’accomplir dans l’esprit de Guise, et qu’il se rendait à discrétion.
– Celui-là, dit-elle avec cette sorte d’indifférence qu’elle avait adoptée, celui-là, c’est celui qui m’aidera, je veux dire aidera mon fils à terrasser pour toujours le Béarnais… Par la naissance, la force, l’énergie et la grandeur, je ne vois qu’un homme capable de remplir ce rôle: c’est vous, mon cousin.
Guise s’inclina profondément, prêt à s’agenouiller devant cette femme si vraiment supérieure par sa connaissance du cœur humain. Le duc frémissait d’espoir et d’orgueil. Ce que lui offrait Catherine, c’était la royauté assurée, la royauté sans la conquête, sans la guerre avec Henri III, sans la guerre avec les huguenots, la victoire sûre, la reconnaissance de ses prétentions par le roi légitime!… Et pour cela, que lui demandait-on en revanche?…
D’attendre que le roi fût mort.
Pas d’avantage. Un an à peine, et Guise était roi sans contestation possible. Un an?… Qui savait?… Et si la mort était trop lente au gré du prétendant, ne pouvait-on la hâter?…
Voilà les effroyables pensées qui s’agitaient à cette minute dans l’esprit de Guise. Et il éprouvait un immense soulagement à se dire que l’intervention de la vieille reine arrangerait la situation d’un seul coup. Ainsi le duc de Guise, qui une heure avant était résolu à pousser sa victoire, à se faire sacrer roi et à commencer la guerre, songeait maintenant à faire de la diplomatie.
Guise était un loup: il oublia qu’il devait agir en loup… En cette minute, peut-être, il consentit sa perte! Aux dernières paroles de Catherine, il répondit en se redressant:
– Madame, quand voulez-vous que j’aille chercher le roi pour le ramener triomphant à son Louvre?
Catherine ferma un instant les paupières comme pour réfléchir, en réalité pour voiler l’éclair de malice et de gaieté sinistre qui pétillait dans ses yeux.
– Mon cousin, dit-elle, nous irons ensemble. Mais pour nos Parisiens, il faudra que la rentrée de mon fils soit précédée de quelque discussion. Ne craignez pas de demander beaucoup… pour vous et pour vos amis: il ne faut pas que vous ayez eu l’air de vous soumettre, si vous voulez que les ligueurs vous demeurent fidèles au jour… prochain hélas! où vous serez sacré Majesté…
– Madame, dit Guise ébloui, j’admire la profondeur de votre génie. Il sera donc fait comme vous dites. Je me présenterai au roi en lieutenant-général de la Ligue… et non…
– Et non en sujet par trop fidèle! acheva Catherine avec un sourire aigu. Seulement, prenez-y garde: vous aurez à combattre de redoutables malveillances… À propos, ajouta-t-elle en toussant et en jetant un rapide regard vers la tapisserie, il sera de toute nécessité de vous assurer le concours de Rome…
Le duc de Guise haussa les épaules.
– Rome! fit-il sourdement. Tenez, madame, il est temps que le pape s’occupe un peu plus des affaires de l’Église et un peu moins des affaires de la France. Le roi votre fils a montré jusqu’ici une incroyable faiblesse vis-à-vis de Sixte…
– Le roi de France est le fils aîné de l’Église…
– Soit! Mais à condition que le pape se montre bon père. Sixte est envahissant. Ce vieillard ombrageux, hypocrite et ambitieux à l’excès, rêve peut-être je ne sais quel asservissement du royaume. Il faudra compter…
– Prenez garde, mon fils… Sixte est puissant…