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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Savez-vous si elle connaissait la petite chanteuse?

– Qui peut savoir ce que pense Saïzuma? Elle est un mystère vivant. Son visage même nous est inconnu, car elle porte toujours un masque. Si elle connaissait Violetta, si elle avait pour elle de l’affection ou de la haine, voilà ce qu’il est impossible de dire. La Simonne eût pu seule vous parler de Violetta, qu’elle appelait sa fille. Mais la Simonne est morte…

Pardaillan demeura silencieux et pensif. Cette mystérieuse bohémienne surexcitait sa curiosité. Qui était-elle? Sans aucun doute, une complice de Belgodère… La pensée lui vint tout à coup que peut-être cette femme était encore à l’Auberge de l’Espérance. Il songea à la douleur de Charles d’Angoulême. Il se dit que s’il pouvait retrouver la piste de la disparue, s’il pouvait créer près de lui ce bonheur de deux amants réunis grâce à lui, ce lui serait une joie presque aussi puissante que de retrouver Maurevert.

Il se mit donc en route pour l’Auberge de l’Espérance et y pénétra au moment même où l’hôte fermait les portes, à cause du couvre-feu qui sonnait. Mais pour certains cabarets borgnes de Paris, alors comme aujourd’hui, la fermeture n’était qu’apparente. Au contraire, c’est une fois le couvre-feu sonné que le patron faisait ses meilleures affaires, grâce à la spéciale clientèle nocturne qui se glissait à ce moment dans la salle commune.

En entrant, le chevalier vit que cette salle était occupée par une vingtaine de buveurs, hommes ou femmes, et il alla s’installer à une table, comptant se renseigner aussitôt auprès de l’hôte. L’honorable assemblée qui s’abreuvait d’hypocras et de liqueurs pimentées se composait, bien entendu, de truands et de ribaudes. L’une de ces femmes, voyant le chevalier prendre place à une table isolée, quitta le groupe dont elle faisait l’ornement pour s’approcher de Pardaillan. Elle s’assit devant lui, les coudes sur la table et se mit à rire.

Devant ce rire, Pardaillan demeura grave et paisible. Alors la ribaude jugea que le moment était venu d’employer un discours qu’elle savait par cœur, attendu qu’il avait servi en des milliers d’occasions déjà.

– Beau gentilhomme, dit-elle, vous ne m’offrez rien à boire?…

Admirable discours, en vérité, si complet, si éloquent si expressif, qu’il s’est transmis de génération en génération.

– Par la tête et le ventre! cria à ce moment l’un des buveurs, veux-tu venir ici, Loïson!

Le chevalier tressaillit et pâlit. Ce nom brusquement jeté par une voix avinée à une fille de basse galanterie fit monter à son cerveau une bouffée de souvenirs.

– Tu t’appelles Loïson? demanda-t-il à la ribaude.

– Loïse, mon prince…

– Loïse! répéta sourdement le chevalier qui, d’un trait, avala le gobelet de vin qu’on venait de placer devant lui.

Un instant, il ferma les yeux. Puis, rudement, il secoua la tête.

– Ah çà! gronda le buveur, truand trapu à la tignasse rouge, aux yeux sanglants, faudra-t-il que je vienne te chercher?

– C’est bon, Rougeaud, grommela la ribaude, laisse-moi gagner ma vie… et la tienne!

– Tenez, ma fille, dit Pardaillan avec une grande douceur, prenez cet écu, et allez boire avec votre ami le Rougeaud…

Loïson fut stupéfaite. Elle prit l’écu que le chevalier lui tendait, baissa la tête, et chercha comment elle pourrait remercier une pareille générosité. Et comme elle ne trouvait pas, elle se contenta de murmurer:

– Je demeure dans la rue, la porte en face du cabaret…

La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Loïson n’ayant à donner aucune belle parole, se donnait elle-même; ce lui était plus court et plus facile. Ayant ainsi fait preuve de reconnaissance, la ribaude se leva et rejoignit le Rougeaud qui, à la vue de l’écu, avait louché fortement et jeté un mauvais regard sur Pardaillan.

Celui-ci fit signe au patron du cabaret de venir à lui. L’hôte s’approcha avec empressement de ce client peu ordinaire, et le chevalier s’apprêtait à l’interroger sur Saïzuma, lorsque, de différents côtés, des cris s’élevèrent.

– Et la bohémienne? disait l’un.

– Ohé! cabaretier du diable, tu ne nous montres pas la diablesse rouge? grognait un autre.

– La bonne aventure! glapissaient des femmes.

– C’est bon, c’est bon, mes agneaux, répondit l’hôte, je vais chercher la femme au masque!… Tenez-vous en repos, et qu’on boive!… En payant d’avance, bien entendu!

– Qui est cette bohémienne qu’on vous réclame? demanda Pardaillan.

– Une malheureuse, une folle, mon gentilhomme! On me l’a laissée en gage.

– En gage? Une femme?…

– Figurez-vous qu’il y a quelques jours s’est installée dans mon honorable auberge une troupe de baladins. Ces gens mangeaient chacun comme quatre et buvaient comme six. En sorte que la note a pris en moins de rien des proportions mirifiques. Or, ils ont tout à coup disparu… Alors, vous comprenez?…

– Je comprends, mais faites comme si je ne comprenais pas, dit Pardaillan.

– Eh bien, mes bateleurs ont oublié d’emmener la diseuse de bonne aventure. Et, pour me rembourser de mes frais, tous les soirs j’oblige cette femme à raconter à chacun la petite histoire qu’elle lit dans les mains: il en coûte deux deniers [10] par personne, et comme de juste…

– Vous empochez les deniers. C’est fort bien vu. Allez donc la chercher, car voici votre clientèle qui s’impatiente.

En effet, les cris et les jurons redoublaient d’intensité. Le cabaretier fendit la foule, disparut par une porte de derrière et revint bientôt accompagné de la bohémienne. À son aspect, le silence s’établit soudain et un frisson parcourut cette assemblée de ribaudes et de tire-laine.

Saïzuma, drapée dans ses vêtements bariolés, son masque rouge sur la figure, sa splendide chevelure éparse sur ses épaules, entra de ce pas majestueux et spectral que nous avons déjà signalé. Elle passa à travers les tables, tandis que les buveurs s’écartaient pour ne pas être frôlés par sa robe, et elle s’arrêta au milieu de la salle, dans un silence d’épouvante.

– Allons, bohémienne, dit tout à coup le cabaretier avec un rire contraint, raconte-nous un peu ton histoire…

– Non, non! grommela le Rougeaud, qu’elle nous dise la bonne aventure!…

– Qu’elle dise l’une et l’autre! cria un truand.

Puis le silence se rétablit plus profond: Saïzuma venait de faire un geste. Elle avait levé lé bras, lentement, puis ramenant la main à ses cheveux, elle en caressait doucement les boucles opulentes.

– Vous tous qui m’écoutez, dit-elle alors, seigneurs et hautes dames assemblés dans cette cathédrale, pourquoi me regardez-vous ainsi? J’ai dit la vérité. L’imposture est sur les lèvres de l’évêque et non sur les miennes… Malheureuse! Pourquoi l’ai-je aimé?…

Elle parlait d’une voix morne et dont pourtant chaque syllabe se détachait par saccades. Cette voix d’une infinie douceur secouait des frissons dans l’air. Pardaillan l’écoutait avec l’étonnement qu’on éprouve en présence de ce qui est mystère.

– Écoutez, reprenait Saïzuma qui pressa son front dans ses deux mains Écoutez, puisque vous voulez savoir l’histoire du malheur. Cette histoire, qui me l’a contée à moi-même? Je ne sais. Il y a une voix qui parle et que j’écoute. Que dit la voix?

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[10] Denier: ancienne monnaie valant la douzième partie d’un sou.

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