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Historiettes, Contes Et Fabliaux

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Historiettes, Contes Et Fabliaux
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– Oh juste ciel, s’écrie Dutour en reconnaissant sa femme… quoi, c’est vous madame… monsieur, quelle bizarre plaisanterie, vous mériteriez… cette scélérate…

– Un moment, un moment, homme fougueux, c’est vous qui méritez tout, apprenez, mon ami, qu’il faut être un peu plus circonspect avec les gens qu’on ne connaît pas, que vous ne le fûtes hier avec moi. Ce malheureux Raneville que vous avez traité si mal à Orléans… c’est moi-même, monsieur; vous voyez que je vous le rends à Paris; au reste, vous voilà bien plus avancé que vous ne le croyiez, vous vous imaginiez n’avoir fait cocu que moi et vous venez de vous le faire vous-même.

Dutour sentit la leçon, il tendit la main à son ami, et convint qu’il n’avait que ce qu’il méritait.

– Mais cette perfide…

– Eh bien, ne vous imite-t-elle pas, quelle est la loi barbare qui enchaîne inhumainement ce sexe en nous accordant à nous toute liberté, est-elle équitable? et par quel droit de la nature, enfermerez-vous votre femme à Sainte-Aure, pendant qu’à Paris et à Orléans vous faites des époux cocus? Mon ami, cela n’est pas juste, cette charmante créature dont vous n’avez pas su connaître le prix, est venue chercher d’autres conquêtes: elle a eu raison, elle m’a trouvé; je fais son bonheur, faites celui de Mme de Raneville, j’y consens, vivons tous les quatre heureux, et que les victimes du sort ne deviennent pas celles des hommes.

Dutour trouva que son ami avait raison, mais par une fatalité inconcevable, il redevint amoureux comme un fou de son épouse; Raneville, tout caustique qu’il était, avait l’âme trop belle pour résister aux instances de Dutour pour ravoir sa femme, la jeune personne y consentit, et l’on eut dans cet événement unique sans doute un exemple bien singulier des coups du sort et des caprices de l’amour.

IL Y A PLACE POUR DEUX

Une très jolie bourgeoise de la rue Saint-Honoré, d’environ vingt-deux ans, grasse, potelée, les chairs les plus fraîches et les plus appétissantes, toutes les formes moulées quoique un peu remplies, et qui joignait à tant d’appas de la présence d’esprit, de la vivacité, et le goût le plus vif pour tous les plaisirs que lui interdisaient les lois rigoureuses de l’hymen, s’était décidée depuis environ un an à donner deux aides à son mari qui, vieux et laid, lui déplaisait non seulement beaucoup, mais s’acquittait même aussi mal que rarement des devoirs qui peut-être un peu mieux remplis eussent pu calmer l’exigeante Dolmène, ainsi s’appelait notre jolie bourgeoise. Rien de mieux arrangé que les rendez-vous qu’on indiquait à ces deux amants: Des-Roues, jeune militaire, avait communément de quatre à cinq heures du soir, et de cinq et demie à sept arrivait Dolbreuse, jeune négociant de la plus jolie figure qu’il fût possible de voir. Il était impossible de fixer d’autres instants, c’était les seuls où Mme Dolmène fût tranquille: le matin il fallait être à la boutique, le soir il fallait quelquefois y paraître de même, ou bien le mari revenait, et il fallait parler de ses affaires. D’ailleurs Mme Dolmène avait confié à une de ses amies qu’elle aimait assez que les instants de plaisirs se succédassent ainsi de fort près: les feux de l’imagination ne s’éteignaient pas, prétendait-elle, de cette manière, rien de si doux que de passer d’un plaisir à l’autre, on n’avait pas la peine de se remettre en train; car Mme Dolmène était une charmante créature qui calculait au mieux toutes les sensations de l’amour, fort peu de femmes les analysaient comme elle et c’était en raison de ses talents qu’elle avait reconnu que, toute réflexion faite, deux amants valaient beaucoup mieux qu’un; relativement à la réputation cela devenait presque égal, l’un couvrait l’autre, on pouvait se tromper, ce pouvait être toujours le même qui allait et revenait plusieurs fois dans le jour, et relativement au plaisir quelle différence! Mme Dolmène qui craignait singulièrement les grossesses, bien sûre que son mari ne ferait jamais avec elle la folie de lui gâter la taille, avait également calculé qu’avec deux amants, il y avait beaucoup moins de risque pour ce qu’elle redoutait qu’avec un, parce que, disait-elle en assez bonne anatomiste, les deux fruits se détruisaient mutuellement.

Un certain jour, l’ordre établi dans les rendez-vous vint à se troubler, et nos deux amants qui ne s’étaient jamais vus, firent comme on va le voir connaissance assez plaisamment. Des-Roues était le premier mais il était venu trop tard, et comme si le diable s’en fût mêlé, Dolbreuse qui était le second, arriva un peu plus tôt.

Le lecteur plein d’intelligence voit tout de suite que de la combinaison de ces deux petits torts devait naître malheureusement une rencontre infaillible: aussi eut-elle lieu. Mais disons comment cela se passa et si nous le pouvons, instruisons-en avec toute la décence et toute la retenue qu’exige une pareille matière déjà très licencieuse par elle-même.

Par un effet de caprice assez bizarre – mais on en voit tant chez les hommes – notre jeune militaire las du rôle d’amant, voulut jouer un instant celui de maîtresse; au lieu d’être amoureusement contenu dans les bras de sa divinité, il voulut la contenir à son tour: en un mot ce qui est dessous, il le mit dessus, et par ce revirement de partie, penchée sur l’autel où s’offrait ordinairement le sacrifice, c’était Mme Dolmène qui nue comme la Vénus callipyge, se trouvant étendue sur son amant, présentait en face de la porte de la chambre où se célébraient les mystères, ce que les Grecs adoraient dévotement dans la statue dont nous venons de parler, cette partie assez belle en un mot, qui sans aller chercher des exemples si loin, trouve tant d’adorateurs à Paris. Telle était l’attitude, quand Dolbreuse accoutumé à pénétrer sans résistance, arrive en fredonnant, et voit pour perspective ce qu’une femme vraiment honnête ne doit, dit-on, jamais montrer.

Ce qui aurait fait grand plaisir à beaucoup de gens, fit reculer Dolbreuse.

– Que vois-je, s’écria-t-il… traîtresse… est-ce donc là ce que tu me réserves?

Mme Dolmène qui dans ce moment-là se trouvait dans une de ces crises où une femme agit infiniment mieux qu’elle ne raisonne, se résolvant à payer d’effronterie:

– Que diable as-tu, dit-elle au second Adonis sans cesser de se livrer à l’autre, je ne vois rien là de trop chagrinant pour toi; ne nous dérange pas, mon ami, et loge-toi dans ce qui te reste; tu le vois bien, il y a place pour deux.

Dolbreuse ne pouvant s’empêcher de rire du sang-froid de sa maîtresse, crut que le plus simple était de suivre son avis, il ne se fit pas prier, et l’on prétend que tous trois y gagnèrent.

L’ÉPOUX CORRIGÉ

Un homme déjà sur le retour imagina de se marier quoiqu’il eût vécu sans femme jusqu’alors, et ce qu’il fit peut-être de plus maladroit d’après ses sentiments ce fut de prendre une jeune fille de dix-huit ans, de la figure du monde la plus intéressante et de la taille la plus avantageuse. M. de Bernac, c’était le nom de cet époux, faisait une sottise d’autant plus grande en prenant une femme, qu’il était on ne saurait moins dans l’usage des plaisirs que donne l’hymen, et il s’en fallait de beaucoup que les manies dont il remplaçait les chastes et délicats plaisirs du nœud conjugal, dussent plaire à une jeune personne de la tournure de Mlle de Lurcie, ainsi s’appelait la malheureuse que Bernac venait de lier à son sort. Dès la première nuit des noces, il déclara ses goûts à sa jeune épouse, après lui avoir fait jurer de ne rien révéler à ses parents; il s’agissait, ainsi dit le célèbre Montesquieu, de ce traitement ignominieux qui ramène à l’enfance: la jeune femme dans l’attitude d’une petite fille qui mérite correction, se prêtait ainsi quinze ou vingt minutes, plus ou moins, aux caprices brutaux de son vieil époux, et c’était dans l’illusion de cette scène qu’il réussissait à goûter cette ivresse délicieuse du plaisir que tout homme mieux organisé que Bernac n’eût certainement voulu sentir que dans les bras charmants de Lurcie. L’opération parut un peu dure à une fille délicate, jolie, élevée dans l’aisance et loin du pédantisme; cependant comme on lui avait recommandé d’être soumise, elle crut que c’était l’usage de tous les époux, peut-être même Bernac avait-il favorisé cette idée, et elle se prêta le plus honnêtement du monde à la dépravation de son satyre; tous les jours c’était la même chose, et souvent plutôt deux fois qu’une. Au bout de deux ans, Mlle de Lurcie que nous continuerons d’appeler toujours de ce nom puisqu’elle était encore aussi vierge que le premier jour de ses noces, perdit son père et sa mère, et avec eux l’espoir de leur faire adoucir ses peines, comme elle commençait à le projeter depuis quelque temps.

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