Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: de Sade Marquis Alphonse Francois
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– De mes travers, répond l’époux flegmatiquement, ignores-tu donc que je me sauve, ma chère amie, en couchant avec ma cousine la religieuse? On nettoie son âme dans une si sainte intrigue, c’est s’identifier à l’Être suprême, c’est incorporer le Saint-Esprit en soi: aucun péché, ma chère, avec des personnes consacrées à Dieu, elles épurent tout ce qui se fait avec elles et les fréquenter, en un mot, est s’ouvrir la route de la béatitude céleste.
Mme d’Esclaponville, assez peu contente des succès de sa remontrance, ne dit mot mais jure au fond d’elle-même qu’elle trouvera un moyen d’une éloquence plus persuasive… Le diable à cela est que les femmes en ont toujours un tout prêt: pour peu qu’elles soient jolies, elles n’ont qu’à dire, les vengeurs pleuvent de tous côtés.
Il y avait dans la ville un certain vicaire de paroisse qu’on appelait M. l’abbé du Bosquet, grand égrillard d’une trentaine d’années courant après toutes les femmes et faisant une forêt de tous les fronts des époux de Saint-Quentin. Mme d’Esclaponville fit connaissance avec le vicaire, insensiblement le vicaire fit connaissance aussi avec Mme d’Esclaponville, et tous deux se connurent enfin si parfaitement qu’ils auraient pu se peindre des pieds à la tête sans qu’il fût possible de s’y méprendre. Au bout d’un mois chacun vint féliciter le malheureux d’Esclaponville qui se vantait d’être échappé seul aux redoutables galanteries du vicaire, et qu’il était dans Saint-Quentin le seul front que ce pendard n’eût pas encore souillé.
– Cela ne se peut pas, dit d’Esclaponville à ceux qui lui parlaient, ma femme est sage comme une Lucrèce, on me le dirait cent fois que je ne le croirais pas.
– Viens donc, lui dit un de ses amis, viens donc que je te convainque par tes propres yeux, et nous verrons après si tu douteras.
D’Esclaponville se laisse entraîner, et son ami le conduit à une demi-lieue de la ville, dans un endroit solitaire où la Somme, resserrée entre deux haies fraîches et couvertes de fleurs, forme un bain délicieux aux habitants de la ville; mais comme le rendez-vous était donné à une heure où communément l’on ne se baigne pas encore, notre pauvre mari a le chagrin de voir arriver l’un après l’autre et son honnête femme et son rival, sans que personne puisse les interrompre.
– Eh bien, dit l’ami à d’Esclaponville, le front commence-t-il à te démanger?
– Pas encore, dit le bourgeois en se le frottant néanmoins involontairement, elle vient peut-être là pour se confesser.
– Restons donc jusqu’au dénouement, dit l’ami…
Ça ne fut pas long: à peine arrivé à l’ombre délicieuse de la haie odoriférante, que M. l’abbé du Bosquet détache lui-même tout ce qui nuit aux voluptueux attouchements qu’il médite, et se met en devoir de travailler saintement à ranger pour la trentième fois peut-être le bon et honnête d’Esclaponville au rang des autres époux de la ville.
– Eh bien, crois-tu maintenant? dit l’ami.
– Retournons-nous, dit aigrement d’Esclaponville, car à force de croire, je pourrais bien tuer ce maudit prêtre et on me le ferait payer meilleur qu’il n’est; retournons-en, mon ami, et garde-moi le secret, je te prie.
D’Esclaponville rentre chez lui tout confus, et peu après sa bénigne épouse vient se présenter pour souper à ses chastes flancs.
– Un moment, mignonne, dit le bourgeois furieux, depuis mon enfance j’ai juré à mon père de ne jamais souper avec des putains.
– Avec des putains, répond bénignement Mme d’Esclaponville, mon ami, ce propos m’étonne, qu’avez-vous donc à me reprocher?
– Comment, carogne, ce que j’ai à vous reprocher, qu’est-ce que vous avez été faire cet après-midi aux bains avec notre vicaire.
– Oh, mon Dieu, répond la douce femme, ce n’est que ça, mon fils, ce n’est que ça que tu as à me dire.
– Comment, ventrebleu, ce n’est que cela…
– Mais, mon ami, j’ai suivi vos conseils, ne m’avez-vous pas dit qu’on ne risquait rien en couchant avec des gens d’Église, qu’on épurait son âme dans une si sainte intrigue, que c’était s’identifier à l’Être suprême, faire entrer l’Esprit Saint dans soi et s’ouvrir en un mot la route de la béatitude céleste… eh bien, mon fils, je n’ai fait que ce que vous m’avez dit, je suis donc une sainte et non pas une catin
Ah! je vous réponds que si quelqu’une de ces bonnes âmes de Dieu a le moyen d’ouvrir, comme vous dites, la route de la béatitude céleste, c’est certainement M. le vicaire, car je n’ai jamais vu une aussi grosse clef.
LE COCU DE LUI-MÊME ou le raccommodement imprévu
Un des plus grands défauts des personnes mal élevées est de hasarder sans cesse une foule d’indiscrétions, de médisances ou de calomnies sur tout ce qui respire, et cela devant des gens qu’elles ne connaissent pas; on ne saurait imaginer la quantité d’affaires qui sont devenues le fruit de pareils bavardages: quel est l’honnête homme en effet qui entendra dire du mal de ce qui l’intéresse sans redresser le sot qui le hasarde? On ne fait pas suffisamment entrer dans l’éducation des jeunes gens ce principe d’une sage retenue, on ne leur apprend pas assez à connaître le monde, les noms, les qualités, les attenantes des personnes avec lesquelles ils sont faits pour vivre; l’on met à la place mille bêtises qui ne sont bonnes qu’à fouler aux pieds dès qu’est atteint l’âge de raison. Il semblerait toujours que ce fussent des capucins qu’on élève: à tout instant du bigotisme, des mômeries ou des inutilités, et jamais une bonne maxime de morale. Allez plus loin, interrogez un jeune homme sur ses véritables devoirs envers la société, demandez-lui ce qu’il se doit à lui-même et ce qu’il doit aux autres, comment il faut qu’il s’y conduise pour être heureux: il vous répondra qu’on lui a appris à aller à la messe et à réciter des litanies, mais qu’il n’entend rien à ce que vous voulez lui dire, qu’on lui a appris à danser, à chanter mais non pas à vivre avec les hommes. L’affaire qui devint la suite de l’inconvénient que nous peignons, ne fut pas sérieuse au point de répandre du sang, il n’en résulta qu’une plaisanterie et c’est pour la détailler que nous allons abuser quelques minutes de la patience de nos lecteurs.
M. de Raneville, âgé d’environ cinquante ans, avait un de ces caractères flegmatiques qu’on ne rencontre point sans quelque agrément dans le monde: riant peu, mais faisant beaucoup rire les autres et par les saillies de son esprit mordant et par la manière froide dont il les disait, il trouvait souvent, ou par son seul silence, ou par les expressions burlesques de sa physionomie taciturne, le secret d’amuser mille fois plus les cercles où il était admis, que ces lourds bavards pesants, monotones, ayant toujours un conte à vous faire dont ils rient une heure à l’avance sans être assez heureux pour dérider seulement une minute le front de ceux qui les écoutent. Il possédait un assez gros emploi dans les fermes, et pour se consoler d’un fort mauvais mariage autrefois contracté par lui à Orléans, après y avoir délaissé sa malhonnête épouse, il mangeait tranquillement à Paris vingt ou vingt-cinq mille livres de rentes avec une très jolie femme qu’il entretenait et quelques amis aussi aimables que lui.